Open d'Australie | Pier Gauthier sur Gaël Monfils : "S'il avait fait les choses autrement, le tennis l'aurait gavé"
Eurosport sur GoogleAncien joueur de haut niveau, Pier Gauthier a été l'un des premiers coaches de la carrière professionnelle de Gaël Monfils, entre 2006 et 2007. Celui qui est aujourd'hui préparateur mental nous livre son sentiment sur l'évolution du Français, sur les attentes qui l'ont accompagné tout au long de son parcours et sur les sommets qu'il aurait pu, et même dû selon certains, atteindre.
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Pier Gauthier, vous avez été entraîneur de Gaël Monfils au début de sa carrière. Lorsque vous voyez son niveau et son parcours, pensez-vous qu'il aurait pu aller plus haut ?
Pier Gauthier : "Quand j'ai commencé à entraîner Gaël, j'ai été estomaqué, bluffé, impressionné par les qualités physiques et techniques et de frappe de balle de ce joueur. Si on parle de potentiel, c'est impressionnant. Pour moi, c'était au niveau des plus grands. J'ai une anecdote assez rigolote. Quand j'étais au Qatar, où j'étais responsable du développement du tennis, j'étais entouré de plusieurs coaches étrangers. Une année [2012, NDLR], Gaël joue Nadal en quart de finale à Doha. Les entraîneurs viennent me voir et me demandent : 'Pier, tu as entraîné Gaël, que va-t-il faire contre Nadal ?' Je leur réponds que ça dépend de Gaël et que s'il a vraiment envie, il va gagner. Les coaches sont un peu surpris et me disent : 'Comment cela peut-il dépendre de Gaël ? On parle de Nadal quand même.' Ils m'ont demandé mon avis, je le leur ai donné. Il joue Nadal, il gagne 6-3, 6-4 en dominant vraiment la rencontre.
C'est le match que Monfils nous a récemment décrit comme celui qu'il avait le plus maîtrisé durant sa carrière…
P. G. : C'est celui-ci. Tous les entraîneurs étaient revenus me voir pour me dire : 'Pier, c'est incroyable. Comment tu savais ça ? Et comment se fait-il que Gaël ne soit pas Top 3 mondial ?' Je leur ai répondu d'attendre le lendemain. Le lendemain, il perd [face à Jo-Wilfried Tsonga, NDLR] en deux manches. Gaël, c'est ça. Si on parle de potentiel technique ou physique, il est incroyable. Mais être numéro un mondial, ce n'est pas seulement être fort et bien taper dans la balle. Il faut une capacité à être ultra-régulier, une capacité à gérer des super gros tournois, être capable d'être à son meilleur niveau dans les moments où ça compte. Et dans tous ces domaines, Federer, Nadal et Djokovic sont plus forts, oui. C'est une certitude.
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Quand vous le voyez évoluer à ce niveau-là, aujourd'hui, à 38 ans, qu'est-ce qui prédomine chez vous ? Un peu de nostalgie, déjà ? De la fierté de le voir durer aussi longtemps ?
P. G. : Non, il n'y a pas de nostalgie. Vous savez, avec Gaël, on entend toujours dit : 'ah mais s'il avait ça ou ça, peut-être qu'il serait allé encore plus haut'. Mais peut-être pas finalement. Peut-être que s'il avait fait les choses autrement, le tennis l'aurait gavé plus tôt, et qu'il se serait donc arrêté plus tôt. C'est très difficile. Et Gaël a quand même eu une carrière de fou quand on y pense. Bien sûr, il y a toujours le rêve absolu : le Maradona qui s'entraîne comme Deschamps. Mais un Maradona qui s'entraîne comme Deschamps, ce n'est peut-être pas Maradona.
Mais lorsque l'on est son entraîneur, ça doit quand même être difficile à accepter…
P. G. : Bien sûr que ça l'est. Le très haut niveau, c'est beaucoup plus que du talent et du potentiel. Il faut que l'athlète comprenne qu'il est engagé dans une course contre les autres. La réalité, c'est que celui qui est devant à la fin, c'est celui qui progresse plus vite et mieux que les autres. Je crois beaucoup à ça. Toni Nadal disait une chose très intéressante. En France, on parle beaucoup de talent, de belle technique, de balle qui sort bien de la raquette. Lui, il disait : 'le talent que je préfère, c'est celui qui a la capacité à progresser et à travailler.' Et il n'a pas tort. C'est vrai que nous, on privilégie d'autres talents. Mais les grands champions avec qui j'ai pu discuter ou travailler, c’étaient des gens qui avaient une grande intelligence en comprenant plus vite que les autres, en appliquant des choses plus vite aussi.
Donc oui, c'est frustrant parce que moi, je suis convaincu que Gaël aurait pu progresser sur certains points et aller encore plus haut. Mais c'est simplement ce que je pense. Il n'y a aucune certitude. Parce que, comme je vous le disais, peut-être qu'en fait, ça l'aurait desservi, il aurait été moins fort, etc. Parce qu'il a aussi cette grande qualité d'être fun. Et peut-être que si on le fait plus travailler, on lui enlève ça.
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Quand on l'a interrogé, il nous disait que ça lui avait pris beaucoup de temps de comprendre vraiment qui il était. Est-ce que le fait qu'il se connaisse plutôt bien maintenant, à 38 ans, peut le libérer et finalement faire tomber des barrières qu'il n'aurait pas pu faire tomber avant ? Il y a quand même moins d'attente de la part du public désormais.
P. G. : Oui. Car, pour lui comme pour un Richard Gasquet par exemple, il y avait énormément d'attentes autour. C'est pour ça que même la manière avec laquelle je vous réponds depuis tout à l'heure est étonnante : Gaël, c'est un mec qui a été Top 10 mondial pendant plusieurs années et moi, je suis là à vous expliquer qu'on peut avoir des regrets. C'est quand même fou. Tout le monde a eu des attentes énormes pour eux. On ne s'en rend pas compte mais eux le perçoivent et doivent faire avec. Et c'est tout sauf évident. Aujourd'hui, il y a peut-être un peu moins d'attente. On est un peu plus dans l'optique de profiter de lui et du super joueur qu'il est, beaucoup moins dans l'exigence. Ce ne serait donc pas surprenant que, consciemment ou non, ça lui offre plus d'espace, un peu plus de liberté. Il se sent moins obligé de décrocher certains résultats, et ça l'aide."
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