Open d'Australie 2026 – Jannik Sinner, alias John Isner : comment l'Italien est devenu une machine à aces
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 28/01/2026 à 07:07 GMT+1
Jannik Sinner jouera ce mercredi matin les quarts de finale de l'Open d'Australie face au possible meilleur serveur du monde, Ben Shelton. Mais l'Italien, qui a battu à deux reprises son record d'aces en Grand Chelem cette année à Melbourne, a lui-même réalisé ces derniers mois des progrès fantastiques au service. Et si c'était désormais sa meilleure arme ?
Shelton peut-il créer la surprise ? "Son côté imprévisible ne suffira pas"
Video credit: Eurosport
En quelque sorte, sciemment au non, il avait un peu brouillé les pistes. Depuis sa sèche défaite face à Carlos Alcaraz en finale du dernier US Open, Jannik Sinner n'avait eu de cesse de clamer sa volonté de s'inspirer de son grand rival pour pratiquer comme lui un tennis plus varié, plus imprévisible, bref, plus seulement basé sur les cadences infernales. Et effectivement, on a bel et bien vu l'Italien s'initier récemment à un tennis créatif, avec d'ailleurs un certain bonheur. Mais rien de révolutionnaire non plus, pour être honnête. Sinner reste tout avant un sniper méthodique, qui prend ses rivaux à la gorge et fait en sorte de ne plus les lâcher, jusqu'à l'étouffement.
Ce qui est, en revanche, loin de relever du micro-détail, ce sont les changements qu'il a portés à son service en l'espace de quelques mois. L'intéressé ne s'est pas forcément beaucoup épanché à ce sujet, moins en tout cas qu'Alcaraz qui a lui-même réalisé un vaste chantier sur son service la saison dernière. Mais les progrès sont tout aussi fulgurants. Nous en avions déjà parlé ici en fin de saison dernière, durant les ATP Finals, remportés par le numéro deux mondial en se montrant impressionnant derrière sa première balle. Et ça fait plus que se confirmer cette saison.
Si l'on en juge sa première partie de parcours à l'Open d'Australie, où il défiera ce mercredi (9h en France) Ben Shelton pour une place dans le dernier carré, le service est probablement le coup qui ressort le plus, et le mieux, dans l'artillerie déjà bien lourde de Jannik Sinner. Celui, en tout cas, qui lui a valu de s'épargner des heures supplémentaires fort inutiles dans la fournaise de Melbourne. Et qui lui a permis de soigner ses stats, en battant à deux reprises son record d'aces en Grand Chelem : 18 au deuxième tour contre James Duckworth ; puis 19 en huitièmes contre Luciano Darderi. Pour deux victoires en trois petits sets.
S'il avait eu des matches plus compliqués, Jannik Sinner serait probablement en tête du nombre d'aces inscrits depuis le début du tournoi (60). Devant Shelton (63), son adversaire du jour. Et devant Alexander Zverev (80), qui a pour sa part un match de plus puisqu'il est d'ores et déjà en demie. Bref, devant deux joueurs plus communément cités comme deux des meilleurs serveurs du circuit. Mais c'est justement grâce à son service que Sinner a évité de s'embarquer dans des combats plus compliqués. CQFD.
Qui c'est le meilleur serveur ? Evidemment, c'est Sinner !
Revenons ainsi quelques instants sur son entame de huitième de finale face à son compatriote Luciano Darderi. Premier jeu du match. Au début, le 24e joueur mondial ne semble pas intimidé plus que cela par le contexte et s'offre d'entrée deux balles de break (d'affilée). Il est cueilli par un service gagnant puis un ace. Sur le moment, ça n'a l'air de rien. Mais cela suffit pour le refroidir pour un long moment. Derrière, il lui faudra attendre la fin du troisième set pour s'offrir quatre nouvelles opportunités. En vain, là encore.
Au final, si l'on excepte un troisième tour très particulier face à Eliot Spizzirri, qui a profité de son coup de chaud pour le breaker à six reprises, Jannik Sinner n'a donc pas perdu une seule fois son service jusqu'à présent à Melbourne. Où, en sus de son ratio d'aces, il affiche des stats plus que solides : 67% de premières balles (un pic à 72 contre Darderi) et 79,5% de points gagnés cette première balle. Or, Sinner n'étant pas un servebot, c'est-à-dire un joueur cherchant le K.-O. à chaque service, ce sont probablement ces stats-là qui l'intéressent le plus. Bien davantage que son nombre d'aces ou de services gagnants.
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Un 18e ace sur la balle de match : Sinner congédie Duckworth
Video credit: Eurosport
Et c'est tout le sens du travail que l'Italien réalise depuis maintenant plusieurs années sur ce coup qui n'avait jamais été considéré chez lui, jusqu'à un passé encore récent, comme une arme de destruction massive. Après s'être lourdement attaqué au gros œuvre en 2023 en modifiant les fondations techniques de son geste (changements au niveau des appuis, de la posture de départ et de l'armé), il s'est attelé à fignoler les détails ces derniers mois, notamment après cette finale de l'US Open où il avait longtemps pesté après sa prestation au service.
"J'avais toujours le sentiment que le service était un coup sur lequel j'avais besoin de m'améliorer, a-t-il détaillé en Australie après son premier tour remporté sur abandon contre Hugo Gaston. Nous nous sommes attelés à modifier le rythme de mon mouvement, qui était un peu trop rapide auparavant. Par ailleurs, j'ai légèrement modifié mon lancer de balle, qui avait tendance à m'échapper à certains moments. Aujourd'hui, je lance la balle un peu moins devant moi, et un peu moins sur la droite, de manière à mieux garder le contrôle. Ce sont des détails mais qui peuvent changer beaucoup de choses."
Même si je sers mieux que l'an dernier, je crois toujours que j'ai une marge d'amélioration sur ce coup.
C'est bien connu en effet : le diable se niche dans les détails. C'est là où se fait la différence entre les très grands joueurs et les autres. Car au fond, on a eu beau parler de ses progrès (réels) sur le plan physique ces dernières années, on constate que l'évolution de Sinner dans la hiérarchie mondiale s'est faite aussi au diapason de son évolution au service. Au classement des serveurs établis chaque année par l'ATP sur une combinaison de six critères différents (pourcentage de premières balles, pourcentage de points gagnés sur premières et sur deuxième, taux de jeux de service remportés, ratio d'aces et de doubles fautes par match), Sinner n'était que 33e mondial en 2021 et 2022. Puis 10e en 2023 ; 4e en 2024. Et enfin, numéro un mondial en 2025.
Oui, vous avez bien lu. Qui est le meilleur serveur du monde actuellement ? Ce n'est pas Ben Shelton, ce n'est pas Alexander Zverev. Pas davantage Giovanni Mpteshi Perricard ou Reilly Opelka. C'est bel et bien Jannik Sinner. Et même s'il faut évidemment relativiser l'information en rappelant que les statistiques au service sont automatiquement corrélées à la qualité du joueur en général, il n'en reste pas moins étonnant de voir Sinner continuer de travailler un coup sur lequel il est déjà au sommet. C'est juste qu'il en veut toujours plus.
"Même si je sers mieux que l'an dernier, je crois toujours que j'ai une marge d'amélioration sur ce coup, notamment en deuxième balle où ma vitesse a tendance parfois à chuter un peu, estime pour sa part le joueur transalpin, qui a surtout considérablement amélioré son pourcentage de première balle au fil des ans, tout en réduisant drastiquement son taux de doubles fautes et en apprenant à trouver le bon équilibre entre efficacité et prise de risques. De toute façon, il faut travailler sur ce coup qui est sans nul doute l'un des plus importants dans le tennis actuel."
Là-dessus, personne ne le contredira. Et surtout pas Ben Shelton. Entre les deux hommes, deux techniques et deux visions radicalement opposées dans la façon de servir. Mais une efficacité commune, pour un duel qui s'annonce explosif.
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