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Pour Monfils, la route est droite, mais la pente est forte

Pour Monfils, la route est droite, mais la pente est forte

Le 03/06/2019 à 19:31Mis à jour Le 03/06/2019 à 19:32

ROLAND-GARROS – Gaël Monfils n'a pas fait le poids face à Dominic Thiem. Décevant, mais pas infamant. L'Autrichien a acquis de telles certitudes sur terre battue qu'il s'inscrit dans une dimension à laquelle n'appartient pas le Français. Mais Monfils, stabilisé sportivement par son coach, Liam Smith, doit continuer de s'inscrire sur la durée. Même si le sommet est encore très loin.

J'avais évoqué, ici-même, une forme de droit au scepticisme avant que Gaël Monfils ne vienne défier Dominic Thiem sur le Central, lundi. Parce que c'était Monfils. Et, peut-être plus encore, parce que c'était Thiem. Une victoire contre l'Autrichien aurait constitué ni plus ni moins que la plus grande du Français en Grand Chelem dans toute sa carrière. C'est dire si la marche était haute.

Plus que son passé dans les Majeurs, c'est aussi tout ce qu'il n'avait pas montré en ce printemps 2019 durant la préparation sur terre battue, où l'on pouvait légitimement attendre beaucoup de lui après la nette embellie hivernale, qui incitait à la prudence. La force de son adversaire a fait le reste.

A son meilleur niveau, Dominic Thiem est inaccessible à la quasi-totalité du circuit sur terre battue. Monfils, comme les autres. Pour avancer en quarts de finale, le Français avait besoin d'un Thiem en demi-teinte, au minimum. Le Thiem de la première semaine, disons. Mais il a aujourd'hui trop de certitudes sur ocre pour passer au travers. Il a battu tout le monde sur terre ces trois dernières années. Y compris Nadal et Djokovic. Et pas qu'une fois.

Face à Monfils, il avait minutieusement préparé son affaire et le Thiem vu sur le Chatrier n'avait pas grand-chose à voir avec celui, plus erratique, aperçu contre Cuevas et plus encore lors de ses deux premiers matches face à Bublik et Paul. Ce que Monfils a résumé d'une formule lâchée avec le sourire, mais qui dit tout : "on m'avait dit 'il n'a fait que des matches en quatre sets, il fait des fautes...' Je les attends encore, les fautes."

Vidéo - Dévoré par Thiem, Monfils n'a même pas eu le temps d'y croire : Les temps forts du match

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Même si on peut déplorer la rudesse de la défaite et la totale impuissance de Monfils, le voir s'incliner contre Thiem n'a rien d'une surprise ou d'un scandale. Il est à sa place. Ni plus ni moins. Il a fait son tournoi. Pas celui que l'on pouvait rêver, mais celui que l'on pouvait attendre. Il a gagné les matches qu'il devait gagner, et plutôt proprement. On lui a assez souvent reproché de traîner inutilement en route dans les premiers tours pour ne pas le souligner. Il a simplement perdu celui qu'il devait perdre. Il n'y a ni regrets ni tourments. Aujourd'hui, il y a encore un gouffre entre un Thiem, en tout cas à Roland-Garros, et un joueur comme Gaël Monfils.

Evidemment, si la chute est brutale, c'est aussi parce que Monfils lui-même avait clairement posé ses intentions sur la table. En affichant haut et fort ses rêves et presque ses ambitions (cf. cette interview presque lunaire sur France 3, où il s'imaginait, je cite : "le dimanche 9 juin, au petit-déjeuner, un peu stressé avant de jouer ma (sa) première finale de Grand Chelem"), il s'était de fait placé parmi les prétendants alors qu'il n'était qu'un outsider parmi beaucoup d'autres. Forcément, certains attendaient avec délectation (on a les plaisirs qu'on peut dans la vie) de lui retourner ce boomerang-là. Il n'est pas passé de la parole aux actes mais, après tout, si on peut regretter le second point, je ne suis pas sûr qu'il faille le blâmer pour le premier.

Gaël Monfils

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Après sa défaite lundi, Gaël Monfils a dit avoir des "objectifs très élevés" tout en étant conscient que "les difficultés qui s'annoncent sont très élevées aussi". Mais au moins semble-t-il savoir où il veut aller, même si ça ne garantit en rien l'issue du voyage. Mais il a trouvé un équilibre, que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle et son coach, Liam Smith, lui apporte beaucoup. C'est sur la durée qu'il faudra juger ce tandem-là, puisqu'il semble (restons prudent) que Gaël a vraiment décidé de s'inscrire sur le temps long. Bref, pour paraphraser un ancien Premier ministre, la route est droite, mais la pente est forte.

Tout n'est pas à jeter, sans à considérer que seule la victoire finale en Grand Chelem constitue une forme de réussite et que tout le reste ne vaut rien. S'il n'avait pas croisé la route de Thiem si tôt, peut-être aurait-il pu franchir un tour de plus (le Nishikori qui a glissé entre les doigts de Benoît Paire aurait, par exemple, constitué une proie très accessible pour Monfils, j'en suis convaincu) mais, au fond, ça ne change rien.

Alors que l'été approche, Gaël Monfils va très vraisemblablement boucler cette première moitié de saison dans le Top 10 à la Race. C'est une très bonne base. Le plus important, pour lui, est de conserver ses bonnes résolutions et son cap. Mine de rien, voilà peut-être une tâche aussi complexe pour lui que celle incarnée par Dominic Thiem lundi. Mais il n'a plus le choix.

Gael Monfils

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