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Top 50 dames : Sublime et cruel, le Graf-Hingis de 1999 est notre N°1

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Finale 1999 de Roland-Garros : Steffi Graf dompte Martina Hingis.

Crédit: Getty Images

ParEurosport
29/05/2020 à 17:04 | Mis à jour 04/06/2020 à 22:11

ROLAND-GARROS - Le Grand Chelem parisien aurait dû se tenir ces deux prochaines semaines. Vous êtes en manque ? En attendant le "vrai" Roland, espérons-le au début de l'automne, nous vous proposons de retrouver notre Top 50 des matches les plus marquants de l'ère Open dans le tournoi féminin. Tout au long de la journée de vendredi, découvrez notre Top 10.

Dossier réalisé par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

  • 1re partie : De la 50e à la 41e place
  • 2e partie : De la 40e à la 31e place
  • 3e partie : De la 30e à la 21e place
  • 4e partie : De la 20e à la 11e place
Roland-Garros

"Les meilleures finales dames du XXIe siècle" : Votez pour le Roland dont vous rêvez sur Eurosport !

27/05/2020 À 12:56

1. Steffi Graf - Martina Hingis

Edition : 1999
Finale
Vainqueur : Steffi Graf (Allemagne)
Adversaire : Martina Hingis (Suisse)
Score : 4-6, 7-5, 6-2

Parce qu'il ne symbolise pas le paroxysme d'une quelconque rivalité, nous avons, avouons-le, hésité à placer ce match en haut de l'affiche. Et puis, nous avons réalisé qu'il incarnait sans doute mieux qu'aucun autre tout ce que le tennis a de grand en termes de dramaturgie, d'émotion mais également de cruauté. Il est aussi le parfait trait d'union entre deux siècles, deux générations, deux championnes tellement opposées dans la manière de voir le jeu et de penser la vie...

Pas grand-chose, pourtant, ne prédisposait ce 5 juin 1999 à rentrer dans l'histoire, sinon que ce jour devait être celui de la consécration pour Martina Hingis. Peu de monde – et surtout pas elle – doutait que l'écrasante n°1 mondiale, 18 ans, victorieuse de l'Open d'Australie en début de saison, allait remportait là le dernier titre du Grand Chelem qui lui manquait encore.

Pour Graf, c'était une autre histoire. Près de 3 ans après sa victoire à l'US Open, et bien des déboires entre temps, la légendaire joueuse allemande, à bientôt 30 ans, était déjà bien contente de retrouver une finale majeure. D'autant qu'elle avait secrètement décidé que ce Roland serait son dernier.

Débuté avec un peu de retard en raison de la pluie, le match commence selon le scénario attendu. Hingis se détache 6-4, 2-0. Elle a certes montré quelques signes de nervosité en récoltant un avertissement pour une raquette cassée, mais rien d'inquiétant encore.

Et puis, tout se joue là, à 2-0, sur le premier point du jeu. La Suissesse expédie un retour de coup droit annoncé faute. L'arbitre, Anne Lasserre-Ullrich, descend vérifier la marque en faisant appel à sa juge de ligne. Mais les deux femmes ont "perdu" la trace. Dans ce cas, le règlement prévoit de s'en ternir à l'annonce initiale. Au grand dam de Hingis qui réclame de rejouer le point, fait appel au juge-arbitre ainsi qu'à la superviseur et, chose interdite, traverse le terrain pour inspecter elle-même l'impact, sous l'œil atterré de son adversaire restée bien neutre dans cette affaire.

Le point de bascule de la finale Hingis - Graf à Roland-Garros en 1999.

Crédit: Getty Images

Résultat des courses : Hingis écope d'un point de pénalité, se retrouve à une étape de la disqualification et s'attire les foudres du public, déjà largement en faveur de Graf. La suite n'est qu'un long calvaire pour elle qui va progressivement plonger, physiquement et mentalement, à mesure que Steffi va élever son niveau. Hingis sert toutefois pour le match à 5-4. Mais Graf, créative à souhait, souriante et ouverte au public comme jamais, porte une nouvelle accélération pour revenir à une manche partout au terme d'une fin de set qui confine au sublime.

Au début du 3e set, les deux joueuses prennent une longue pause toilettes. A leur retour, Graf est ovationnée, Hingis conspuée. La Suissesse résiste encore pour revenir de 0-3 à 2-3, balle de 3-3. Mais c'est la rémission du mourant. En réalité, la jeune femme est au bord de la crise de nerfs.

Menée 5-2, Hingis tente un ultime coup de malice avec un service à la cuillère pour effacer une première balle de match. Ça fonctionne. Elle recommence sur la deuxième balle de match, mais rate cette fois son coup.La Suissesse réclame deux balles, sous une bronca générale. Le boucan est tellement d'enfer qu'elle doit grimper sur la chaise de l'arbitre pour discuter avec elle. Mais là encore, elle n'aura pas gain de cause. Finalement, c'est Steffi elle-même qui vient sonner la fin de la récré et mettre un terme aux palabres. Balle de match, donc. L'échange s'instaure, jusqu'à ce qu'un ultime revers trop long de Hingis ne tire définitivement le rideau sur cette véritable pièce de théâtre de 2h24.

2. Chris Evert - Martina Navratilova

Edition : 1985
Finale
Vainqueur : Chris Evert (Etats-Unis)
Adversaire : Martina Navratilova (Etats-Unis)
Score : 6–3, 6–7(4), 7–5

Cette finale de Roland-Garros 1985 marque peut-être l'apogée du tennis féminin. Chris Evert et Martina Navratilova sont alors au sommet de leur popularité, de leur gloire et de leur rivalité. Chrissie vient d'atteindre la trentaine, Smartina s'en approche, mais les deux Américaines continuent de truster l'immense majorité des honneurs du circuit en attendant l'émergence d'une tornade venue d'Allemagne de l'Ouest. Mais pour être tout à fait juste et précis, l'une de ces deux reines toise nettement la première : Navratilova domine le circuit comme jamais.

Après son extraordinaire saison 1984 (86 victoires, 1 défaite), personne, même Chris Evert, ne peut freiner son rythme. Une Evert que Martina a d'ailleurs battu 13 fois de suite entre 1982 et 1985. Dépassée par le jeu plus athlétique et plus rapide de sa rivale, Evert va devoir se réinventer. Lors de la finale de l'US Open 1984, elle parvient à lui prendre enfin un set. Une première depuis deux ans ! Mais elle s'incline après avoir longtemps eu le contrôle de la partie et quitte le court déprimée ("je n'ai jamais été aussi mal après un match de tennis", dira-t-elle).

A Roland-Garros, avant cette finale 85, Chris Evert veut y croire. Elle vient enfin de battre Navratilova et elle semble avoir retrouvé un fil conducteur. Et ça paie. Après un set et demi, elle mène 6-3, 4-2 et 15-40 sur le service de Navratilova. C'est alors que le fantôme de Flushing va planer. La gauchère sauve son service et débreake. A partir de là, lors des 90 minutes suivantes, cette finale va confiner au sublime, avec des retournements de situations incessants, des points dantesques et une tension permanente. En résumé :

. Navratilova obtient une balle de set à 5-4.
. Evert sert pour le match à 6-5.
. Navratilova revient à un set partout en remportant le tie-break, 7-4.
. Dans le 3e, Evert mène 3-1.
. Navratilova recolle à 3-3 puis se refait breaker.
. Evert sert à nouveau pour le match à 5-3.
. Navratilova débreake puis mène 0-40 sur le service adverse à 5-5.
. Finalement, à 6-5, Evert conclut sur un dernier break.

Les deux derniers jeux, particulièrement, sont extraordinaires. Chaque coup exécuté sous la pression bonifie celle qui en a la charge. "Les deux plus grands jeux de l'histoire du tennis féminin", dira Bud Collins sur le moment. Trente-cinq ans après, c'est probablement toujours vrai.

3. Steffi Graf – Monica Seles

Edition : 1992
Finale
Vainqueur : Monica Seles (Etats-Unis)
Adversaire : Steffi Graf (Allemagne)
Score : 6-2, 3-6, 10-8

L’apogée d’une rivalité qui aurait pu être l’une des plus marquantes de l’histoire du tennis féminin. Mais la folie d’un homme, Günter Parche, agresseur un peu moins d’un an plus tard à Hambourg de Monica Seles, a vraisemblablement privé les deux championnes de bien des retrouvailles mythiques. Car avant cette finale parisienne, le circuit WTA avait changé de cannibale : devenue numéro 1 mondiale depuis un peu plus d’un an, la jeune Yougoslave restait sur quatre tournois du Grand Chelem remportés sur les cinq derniers joués.

Après un Grand Chelem calendaire doré en 1988 et un Petit Chelem en 1989, Steffi Graf avait donc vu sa domination absolue contrariée par l’émergence de Seles qui l’avait battue en finale de Roland-Garros 1990. Double tenante du titre, la jeune femme (18 ans seulement) a ainsi fait de la terre battue parisienne son nouveau royaume, mais Graf est bien décidée à le reconquérir. La finale s’annonce somptueuse entre les têtes de série numéro 1 et 2, elle surpassera même les attentes.

Entre Seles, la gauchère aux frappes à deux mains, et Graf et son coup droit ravageur, l’opposition de styles est idéale. Les deux rivales maîtrisent les angles courts croisés à la perfection, ce match est un véritable petit bijou, peut-être le plus beau en termes de qualité pure de l’histoire du simple dames à Roland-Garros. La Yougoslave prend le meilleur départ et impose son rythme à son adversaire qui change son fusil d’épaule pour varier davantage les effets et les trajectoires de balles. Mais elles nous réservent le meilleur pour la fin.

Un troisième set d’anthologie, long de 18 jeux et de plus d’une heure et demie. Graf et Seles sont aussi proches au score l’une de l’autre qu’éloignées dans leurs expressions. Si l’Allemande reste presque imperturbable et silencieuse à chaque frappe, Seles, elle monte dans les décibels à mesure que la finale se prolonge. Mais l’essentiel se passe sur le court. Bien que plus offensive et percutante, Graf se heurte à la résistance adverse. "C’est vraiment une dure", lâchera-t-elle en guise de compliment après la finale.

Le neuvième jeu est à l’image de la confrontation, sublime. Menée 5-3, Graf refuse d'abdiquer et écarte pas moins de quatre balles de match pour rester en vie. C’est finalement à 9-8 contre elle, sur un retour de coup droit dans le filet qu’elle cède à la 6e occasion adverse de conclure. Avec un troisième sacre consécutif à Roland-Garros, Seles réalise, elle, un exploit que seule Justine Henin reproduira dans l'ère Open chez les femmes. Pour le symbole, elle reçoit d’ailleurs le trophée de mains de Chris Evert, championne à sept reprises à Paris, un autre record. Qui sait jusqu’où aurait pu aller Seles si elle n'avait pas été poignardée ? Elle devra finalement attendre jusqu’en 1999 pour battre à nouveau Graf (pour la dernière fois) en Grand Chelem, en Australie.

4. Kathy Horvath – Martina Navratilova

Edition : 1983
Huitième de finale
Vainqueur : Kathy Horvath (Etats-Unis)
Adversaire : Martina Navratilova (Etats-Unis)
Score : 6-4, 0-6, 6-3

Kathy Horvath détient un record dans l'histoire du tennis : en 1979, à 14 ans et 5 jours, elle est devenue la plus jeune joueuse de l'histoire à disputer un match à l'US Open. Un record indépassable. Phénomène de précocité, elle a aussi remporté son premier titre sur le circuit WTA à 15 ans et demi. Dans sa très honorable carrière, elle a atteint le Top 10 mondial en 1984. Mais d'elle, ne reste au fond qu'un match, un seul, qui pèse lourd dans son bilan personnel comme dans l'histoire du tennis féminin. Et c'est à Roland-Garros, au printemps 1983, qu'il s'est déroulé.

La jeune Horvath, alors âgée de 17 ans, se hisse en huitièmes de finale, où elle défie l'ogresse Martina Navratilova. Nous sommes le 28 mai. Un samedi. Navratilova a remporté ses 36 premiers matches de la saison. Horvath n'est même pas tête de série. Pour tout le monde, ce huitième n'est qu'une formalité de plus pour la numéro un mondiale. "Mais je savais que si vous commenciez bien le match, elle pouvait parfois se frustrer et, alors, il pouvait y avoir une fenêtre", a-t-elle confié au New York Times en 2017. Horvath démarre si bien son match qu'elle remporte le 1er set, 6-4.

Martina se fâche tout rouge. 6-0 dans la 2e manche. L'alerte passée, tout rentre donc dans l'ordre. Ou pas. Reprenant sa tactique ultra-agressive, Horvath rend folle Navratilova et s'impose 6-3 dans le dernier set. Pour mesurer le choc provoqué par la défaite de la gauchère américaine, ce sera son unique revers sur l'ensemble de l'année 1983, bouclée avec un bilan de 86 victoires en 87 rencontres. Ce match, sur le fond (à défaut de rivaliser avec sa forme improbable), est au tennis féminin ce que le Chang - Lendl sera aux messieurs six ans plus tard.

Le lendemain, Martina Navratilova vire sa coach, Renée Richards. "C'est la raison pour laquelle Martina me déteste encore aujourd'hui", plaisante à moitié Kathy Horvath dans le New York Times à propos de sa victoire. Au tour suivant, elle sera balayée en quarts de finale par Mima Jausovec, 6-1, 6-1. Personne ne s'en souvient. Peu importe. Son match contre Navratilova s'est imposé, plus encore avec le recul, comme une vraie grande page d'histoire. Un moment à part, un peu hors du temps et de la logique, devenu une question du Trivial Pursuit ou de Jeopardy aux Etats-Unis. Un truc culte, en somme.

5. Arantxa Sanchez - Steffi Graf

Edition : 1989
Finale
Vainqueur : Arantxa Sanchez (Espagne)
Adversaire : Steffi Graf (Allemagne)
Score : 7-6(6), 3-6, 7-5

D’un extrême à l’autre. Ou presque. Tout juste un an après avoir infligé un double "bagel" (6-0, 6-0) tristement célèbre à Natalia Zvereva en 34 minuscules, Steffi Graf retrouvait la finale de Roland-Garros sans se douter que cette fois, un match marathon l’attendait et qu’elle en serait la victime surprise. Surprise, le mot est faible. Numéro 1 mondiale depuis presque deux ans (août 1987), l’Allemande domine outrageusement le circuit féminin.

Graf a alors remporté les cinq derniers Majeurs en jeu, s’offrant au passage un Grand Chelem calendaire doré (médaille d’or olympique en plus) en 1988, un exploit unique. Personne ne la voyait donc battue à Paris, et surtout pas par une Catalane de 17 printemps qui disputait alors sa première finale majeure et n’avait pas pris le moindre set à l’Allemande lors de leurs trois duels précédents.

Mais Arantxa Sanchez croit en sa bonne étoile, et ce d’autant plus que cette édition 1989 sourit particulièrement aux jeunes audacieux. "J'ai vu Michael Chang battre Ivan Lendl (en huitième de finale, ndlr) et je me suis dit ‘Pourquoi pas ?’", révélera-t-elle après sa victoire. Inspirée par la performance du jeune Américain (17 ans comme elle, ça ne s’invente pas), l’Espagnole applique à la lettre une stratégie simple préparée avec son nouveau coach Juan Nunez : pilonner le revers adverse, point faible identifié de l’Allemande.

Et ça marche. Gênée, Graf commet un nombre de fautes directes très inhabituel (71 en tout) et Sanchez s’adjuge in extremis le premier set. En championne, l’Allemande réagit et renverse le rapport de forces en sa faveur jusqu’à servir pour le match à 5-3 dans la troisième manche. La messe est dite, du moins le pense-t-on. Car l’improbable se produit. La numéro 1 mondiale craque totalement et n’inscrira plus que quatre petits points, s’inclinant finalement après 2h55 de combat. Elle termine même le match exsangue : affaiblie par des problèmes gastriques, Graf avait perdu près de trois kilos et demi avant la finale.

"Ce n'est pas moi qui joue en ce moment. Je ne mets pas de pression, je ne frappe pas. Au moins, on ne me parlera plus de Grand Chelem maintenant, j'imagine", constate-t-elle, dépitée. Une remarque d’autant plus pertinente qu’elle gagnera Wimbledon et l’US Open en fin de saison : il ne lui aura donc manqué qu’un jeu pour accomplir cette sensationnelle performance deux ans d'affilée.

6. Jennifer Capriati - Kim Clijsters

Edition : 2001
Finale
Vainqueur : Jennifer Capriati (Etats-Unis)
Adversaire : Kim Clijsters (Belgique)
Score : 1-6, 6-4, 12-10

"Il y a 11 ans, je jouais ici pour la première fois à 14 ans. J’essaie vraiment de me réveiller, c’est un rêve." Extatique, Jennifer Capriati vient de prendre une immense revanche sur elle-même en ce samedi de juin 2001. Annoncée comme une future terreur du circuit WTA après sa demi-finale à Roland-Garros pour sa première participation, la New-Yorkaise, championne olympique à 16 ans à Barcelone en 1992, avait peu à peu perdu le fil de sa carrière, sombrant dans la délinquance et l’alcool.

Puis elle s’était reprise en main, et après la déchéance, vint le temps de l’éclatante renaissance concrétisée quelques mois plus tôt par un premier sacre en Grand Chelem en Australie. Sur sa lancée, ni Serena Williams en quart, ni Martina Hingis en demie ne peuvent lui résister à Paris. Mais en finale, une jeune Flamande de 18 ans, Kim Clijsters, n’a rien à perdre non plus de l’autre côté du filet. Tous les ingrédients sont réunis pour un bouquet final inoubliable, et après s’être partagé les deux premiers sets, les deux finalistes offrent une ultime manche d’anthologie aux spectateurs du court central, tout juste rebaptisé "Philippe-Chatrier", en hommage au mythique président de la Fédération française de tennis disparu un an plus tôt.

Pour sa première finale de Grand Chelem, Clijsters n’est nullement intimidée et rivalise avec l’Américaine en puissance et dans la qualité de ses frappes. "C'était d'une extraordinaire intensité. C'était presque ma vie que je défendais et, au final, la lutte a payé", considérera d’ailleurs Capriati après avoir remporté ce duel de cogneuses au suspense hollywoodien, sous le regard de l’acteur Sean Connery notamment. Bien que souriante et fière des "deux plus belles semaines de [sa] vie" (du moins à l’époque), Clijsters devra attendre quatre ans avant de glaner son premier Majeur à l’US Open. Entre-temps, elle aura perdu sa deuxième (et dernière jusqu’ici) finale à Roland contre sa rivale wallonne Justine Henin en 2003.

7. Steffi Graf - Martina Navratilova

Edition : 1987
Finale
Vainqueur : Steffi Graf (Allemagne)
Adversaire : Martina Navratilova (Etats-Unis)
Score : 6-4, 4-6, 8-6

Une star est née. Et pour marquer le coup, quoi de mieux que de s’offrir une légende vivante au terme d’une finale à suspense ? Steffi Graf a soigné son entrée dans le club fermé des championnes en Grand Chelem. A pas encore 18 printemps, et pour sa première finale majeure, elle a triomphé de nulle autre que Martina Navratilova. Comme un passage de témoin entre une des plus grandes championnes de son temps et celle qui est destinée à lui succéder. L’histoire du jeu fait parfois très bien les choses.

Spectatrice attentive dans les tribunes de la finale Evert-Navratilova l’année précédente, la jeune Allemande a bien préparé son coup. Dans la position de l’outsider face à la numéro 1 mondiale, elle aborde la partie décomplexée et motivée à l’idée de prendre sa revanche de la demi-finale de l’US Open quelques mois auparavant. Elle avait alors déjà montré qu’elle appartenait à la cour des grandes, ne cédant qu’au bout du tie-break décisif (6-1, 6-7(3), 7-6(8)). Preuve d’un caractère bien affirmé, elle ne se laisse pas distraire par des conditions venteuses qui nuisent au spectacle en ce jour de finale. L’opposition de styles tient ses promesses entre une Navratilova toujours aussi offensive et une Graf, campée sur sa ligne de fond, qui fait admirer sa technique impeccable au passing.

Forte de sa victoire écrasante sur sa rivale de toujours Chris Evert en demi-finale, la numéro 1 mondiale, d’abord dominée, reprend ses esprits au prix de quelques acrobaties au filet dont une volée réflexe pour revenir à hauteur, une manche partout. Finaliste malheureuse lors des deux éditions précédentes, Navratilova pousse son avantage et croit même tenir le bon bout dans l’ultime acte pour mener 5-3. Mais à la surprise générale, c’est elle, la plus expérimentée, qui craque et s’incline sur une symbolique double faute en forme d’adieu à ses derniers rêves de troisième sacre parisien. De son côté, Graf devient la plus jeune championne de Roland-Garros. Et ce n’est que le début puisqu’un Grand Chelem doré l’attend l’année suivante. Le circuit a changé de reine.

8. Mary-Joe Fernandez - Gabriela Sabatini

Edition : 1993
Quart de finale
Vainqueur : Mary-Joe Fernandez (Etats-Unis)
Adversaire : Gabriela Sabatini
Score : 1-6, 7-6(4), 10-8

Peut-être la "remontada" la plus fameuse de l'histoire... Cette année 1993, à 23 ans, Gabriela Sabatini, lasse d'être un peu l'éternel "meilleur second rôle", a des envies de changement. Elle a troqué son entraîneur de longue date, Carlos Kirmayr, contre l'Américain Dennis Ralston, ex-coach de Chris Evert et de Yannick Noah notamment. Elle joue magnifiquement bien mais il y a toujours un "petit truc" qui bloque : au printemps, elle a perdu consécutivement les trois finales d'Amelia Island, Berlin et Rome.

Ce sera bien pire à Roland Garros. Parvenue en quarts de finale en déroulant (13 jeux perdus), l'Argentine semble partie pour une nouvelle démonstration sur le court n°1 face à l'une de ses grandes rivales et néanmoins amie, l'Américaine Mary Joe Fernandez (21 ans), double finaliste à l'Open d'Australie en 1990 et 1992. Elle a d'ailleurs sorti deux fois Sabatini en Grand Chelem l'année précédente. Mais cette fois, Gaby mène 6-1, 5-1, avantage service, en 58 minutes. Une boucherie, on vous dit.

Mais l'Argentine a alors la mauvaise idée d'enchaîner deux doubles fautes consécutives. "Cela m'a un peu tendue et derrière, je crois que j'ai perdu ma concentration", dira-t-elle après coup. Malgré tout, Sabatini a encore trois opportunités – dont deux d'affilée - à 5-3, sur son service. Puis encore une à 5-4. Elle en manque deux sur deux horribles revers, et Fernandez en sauve deux sur deux très beaux revers, parfait symbole des vases communicants qui sont en train de se produire. "Elle a un peu hésité... Si elle m'avait mis plus de pression, elle aurait gagné", dira l'une. "Elle s'est mise d'un coup à jouer incroyablement bien, je ne pouvais plus attaquer", lui répondra l'autre.

Sabatini aura l'immense mérite de se battre jusqu'au bout dans un 3e set homérique, sauvant de son côté quatre balles de match avant de céder sur la 5e, d'un parfait revers gagnant long de ligne, après 3h36. L'accolade est aussi superbe que ne l'a été le match. Tout comme ce commentaire plein d'humour de Fernandez, qui ira ensuite en finale, battue par Steffi Graf : "Je n'ai jamais douté !"

9. Maria Sharapova - Simona Halep

Edition : 2014
Finale
Vainqueur : Maria Sharapova (Russie)
Adversaire : Simona Halep (Roumanie)
Score : 6-4, 6-7(5), 6-4

Quand elle triomphait sur le gazon de Wimbledon en 2004 à 17 ans, qui aurait pu croire que Roland-Garros serait finalement le tournoi du Grand Chelem qui réussirait le mieux à Maria Sharapova ? Sûrement pas l’intéressée elle-même qui s’estimait aussi à l’aise sur terre battue qu’une "vache sur une patinoire". Et pourtant, de ses cinq Majeurs au compteur, c’est bien l’épreuve parisienne qui est la seule à figurer deux fois à son palmarès.

En 2014, la Porte d’Auteuil consacre ainsi le dernier très grand moment de la carrière de la longiligne Russe. Peut-être le plus grand d’ailleurs, tant l’adversité fut au rendez-vous et a exigé de la tsarine Maria qu’elle aille chercher des ressources insoupçonnées au plus profond d’elle-même. Treize ans après le Capriati-Clijsters de 2001, ce dernier samedi de quinzaine face à Simona Halep met fin à plus d’une décennie de finales féminines sans grand relief et plus ou moins à sens unique. Malgré ses grands compas, Sharapova y montre l’étendue de ses progrès dans ses déplacements latéraux pour prendre logiquement l’avantage.

Mais son adversaire, pour la première fois en position de gagner en Grand Chelem après un parcours sans tache, n’a pas l’intention de passer à côté. Aussi rapide que contreuse remarquable, elle parvient à arracher le tie-break du deuxième set. L’intensité, le suspense et la qualité de jeu, surtout, sont au rendez-vous de cette superbe empoignade. C’est à qui tirera la première, les coups gagnants pleuvent. A force de volonté et comme un symbole après avoir gagné ses trois matches précédents en trois sets, la Russe finit par l’emporter après 3h02 de bataille rangée. A deux minutes de la finale la plus longue de l’histoire du tournoi entre Steffi Graf et Arantxa Sanchez Vicario. Sacrée référence.

10. Steffi Graf – Natascha Zvereva

Edition : 1988
Finale
Vainqueur : Steffi Graf (RFA)
Adversaire : Natascha Zvereva (URSS)
Score : 6-0, 6-0

La légende raconte que cette finale, la plus expéditive de l'histoire, a duré 34 minutes, à peine le temps d'une petite sieste digestive. C'est partiellement vrai. En réalité, elle a été interrompue pendant une heure alors que Graf menait 3-0 dans le 1er set. Pour Zvereva, ce fut une sorte de douche froide. Comme si cette pause lui avait fait d'un coup réaliser l'ampleur de l'événement. Avant l'interruption, elle avait fait illusion quelques minutes, quelques secondes, le temps de se procurer une balle de 1-1, annulée d'un bon retour de coup droit sur une 2e balle bien faiblarde.

Après la pluie, ce fut la débande. Zvereva ne marqua qu'un seul point jusqu'à la fin du 1er set, qu'elle concéda en expédiant sur son adversaire un smash de « débutant ». C'est d'ailleurs sur un schéma un peu similaire qu'elle perdra le tout dernier point. Dans le 2e, elle "résista" davantage, 2 minutes et 3 points de plus exactement. Elle en marquera 13 au total. Dont deux gagnants, deux passings de revers salués par un tonnerre d'applaudissements. Oui, comme on avait une demi-heure à tuer, on a tout revu...

Pour la jeune Soviétique (désormais Biélorusse), 15e mondiale à 17 ans, sacrée un an avant chez les juniors, et tombeuse de Navratilova en huitièmes, c'était tout simplement trop tôt. Même si elle s'en défendit, elle est apparue ultra nerveuse, très lente, commettant des erreurs grossières.

En face, Graf, à presque 19 ans, était il est vrai au paroxysme de son art. La n°1 mondiale n'avait perdu que 20 jeux pour arriver en finale, dont 9 en demies face à Sabatini. Alors que la pauvre Zvereva avait été incapable de parler durant la cérémonie protocolaire, c'est elle-même qui vint la réconforter dans les vestiaires. "Je lui ai dit qu'elle devait oublier ça, qu'elle avait fait un super tournoi quoi qu'il en soit."

Oublier ça ? Pas évident quand les livres d'histoires vous le rabâchent sans cesse. C'était seulement la deuxième fois de l'histoire qu'une finale de Grand Chelem s'achevait par un "double bagel". La première, c'était en 1911 à Wimbledon, quand la Britannique Dorothea Lambert-Chambers avait battu sur ce score sa compatriote Dora Boothby. Même là, on n'a pas oublié...

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