Il passerait presque inaperçu. Diego Schwartzman se présente en quart de finale de ce Roland-Garros sans avoir perdu le moindre set. Mieux, il n’a abandonné sur son chemin que 30 petits jeux, soit 7 seulement de plus que le maître des lieux Rafael Nadal. Après sa première finale en Masters 1000 à Rome, l’Argentin faisait logiquement partie des outsiders. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a répondu aux attentes. Et pourtant, il a presque traversé le tournoi sans faire de bruit.
Le doit-il à un manque de charisme ? Peut-être. Schwartzman n’est pas vraiment attiré par les projecteurs, et ce n’est pas lui faire injure que de constater qu’il n’a ni l’aura ni la régularité dans les résultats des principales stars du circuit. Néanmoins, le petit Argentin a fait progressivement son trou : grâce à ce parcours sans tache à Paris, il va jouer le 4e quart de finale de sa carrière en Grand Chelem – son meilleur résultat – après les US Open 2017 et 2019, ainsi que l’édition 2018 de Roland-Garros. Indéniablement, on ne peut plus parler de surprise le concernant.

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Dominic est au top de sa carrière, mais je l'ai déjà battu
Alors pourquoi ce relatif anonymat ? Avant tout, semble-t-il, parce que tous les "projecteurs" justement sont braqués sur l’hydre à trois têtes Nadal-Djokovic-Thiem auquel le titre semble promis depuis le début de ce Roland-Garros. Mais "Peque", comme on le surnomme en raison de sa taille modeste (1 mètre 70 selon le site), traverse peut-être la période la plus faste de sa carrière : il flirte même avec le top 10 depuis sa finale romaine (14e actuellement). "Vous savez, on ne sait jamais où va être le plafond, où l’on va se situer, si on va être en quarts de finale, dans un grand tournoi. Arriver à ce type de résultat, c'est une bonne chose qui me donne énormément de confiance en moi, qui me montre que je peux m'améliorer", fait-il d’ailleurs remarquer.
Alors, ce surplus de confiance peut-il aider Schwartzman à secouer le cocotier ? Ce qui est sûr, c’est que l’Argentin représente une réelle menace pour son ami Dominic Thiem qu’il défiera pour accéder au dernier carré d’un Majeur pour la première fois. "Dominic est au top de sa carrière après l'US Open. Il sait jouer ici, puisque depuis trois ans, il a été au moins en demi-finale à chaque fois (il est même double finaliste sortant, NDLR). Il sait jouer sur le court central. Je dois jouer parfaitement si je veux avoir des chances, et je dois saisir les occasions. Je l'ai déjà battu. Et c'est important", glisse-t-il fort à propos.
Car si Thiem a remporté 6 de leurs 8 duels et les trois derniers en date, Schwartzman a donc déjà fait tomber le numéro 3 mondial, et plutôt récemment puisque sa dernière victoire remonte à la saison passée, déjà sur terre battue, devant son public à Buenos Aires (2-6, 6-4, 7-6). Les deux acolytes, qui aiment partager quelques dîners et autres parties de PlayStation à l’occasion, n’ont cependant jamais croisé le fer en Grand Chelem. L’Argentin saura-t-il tenir une très haute intensité au meilleur des cinq sets ? S’il n’y a aucun moyen de l’affirmer avec certitude, les derniers signes sont plutôt encourageants pour lui.

Diego Schwartzman à Roland-Garros en 2020

Crédit: Getty Images

Joue-la comme Gaston

Dans les conditions lourdes et humides de cette quinzaine, sa couverture de terrain et sa faculté à coller à la balle en permanence pourraient bien s’avérer décisives. D’autant que Schwartzman a eu, avant de s’atteler à la tâche lui-même, l’exemple parfait à suivre venu d’un autre petit format diablement accrocheur. "J'ai vu le cinquième set, les 4 ou 5 derniers jeux. C'était un match incroyable. Hugo Gaston a joué de manière fantastique. Compte tenu de la manière dont je joue, les deux dernières semaines que j'ai faites sur terre battue montrent que j'ai des chances. Gaston a gagné le troisième et le quatrième set contre Dominic, et cela lui a réussi. Je vais essayer de faire la même chose, et de le garder derrière la ligne de fond", souligne-t-il.
Schwartzman n'a pas le même toucher que le Français, mais un sacré timing pour lui. Il y a d’ailleurs peut-être d’autant plus un coup à jouer pour "Peque" s’il parvient à allonger les échanges. Le constat peut paraître paradoxal face à l’un des meilleurs athlètes du circuit, Dominic Thiem. Mais l’Autrichien a semblé fréquemment au bord de la rupture physiquement lors de son huitième de finale. Et curieusement, l’intéressé n’a pas caché ses doutes à ce sujet en conférence de presse. "A mon sens, tout va être question de récupération. Les dernières semaines ont été dures. Je ne suis pas à 100 %. Il faut que je récupère du mieux possible. Si j'y arrive, ce sera un match sympa. Si je n'y arrive pas, c'est lui qui aura un bon match mardi", a confié la tête de série numéro 3.
Une chose est sûre : Schwartzman abordera la partie frais comme un gardon. Plus diesel à la reprise sur dur en août, il n’a pas joué une quinzaine pleine à l’US Open. "Mon redémarrage sur le court n'a pas été le meilleur. Je ne me sentais pas prêt à jouer en cinq sets. C'était un match difficile (sa défaite au 1er tour à Flushing contre Cameron Norrie, NDLR), physiquement, pour moi. J'ai fini avec des crampes. J'avais mal à la main gauche et encore deux semaines après. Je me disais : ‘Il y a le tennis, on peut jouer, il faut que je trouve un moyen de continuer à m'entraîner, de tout faire de manière joyeuse, dans le bonheur’. Je crois que c'est la clé dans ma vie, de continuer à avoir la tête haute", considère-t-il encore.

Avec des courses à n'en plus finir et de jolis coups, Schwartzman a fait tomber Nadal

En battant Nadal, il a brisé un premier plafond de verre

Cette fraîcheur mentale, dans un contexte par ailleurs aussi lourd, lui a sans doute permis de franchir un cap. A Rome, il est ainsi parvenu à briser un plafond de verre en dominant Rafael Nadal pour la première fois en 10 confrontations, et ce avec la manière (6-2, 7-5). La performance est d’autant plus intéressante qu’elle a eu lieu en session nocturne, à la fraîche, dans des conditions qui se rapprochent de celles de Roland. En admettant qu’il passe l’obstacle Thiem, la logique voudrait que, pour créer une immense sensation dans cette édition 2020, il enchaîne contre le "Taureau de Manacor" puis le "Djoker" en demi-finale et en finale.
Mission impossible ? Les statistiques sont en tout cas évidemment contre Schwartzman. Contre le "Big 3", il n’a pas gagné le moindre match en Grand Chelem en 8 tentatives. Mais à Roland-Garros, l’Argentin a déjà causé quelques soucis au duo Djokovic-Nadal : le Serbe s’en était tiré en 5 sets en 2017, et l’année suivante, l’Espagnol était mené d’un set et d’un break avant une interruption salvatrice par la… pluie. Un tel scénario ne pourra se reproduire cette année, toit sur le Chatrier oblige, et Schwartzman a peut-être le secret espoir d’en profiter. Mais chaque chose en son temps : il s’agira mardi déjà de dépasser une autre limite, celle des quarts de finale en Majeur.
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