"Il va donner beaucoup de joie". L'hommage rendu spontanément par Dominic Thiem sur le court Philippe-Chatrier après s'en être sorti par un trou de souris est on ne peut plus juste. Mais on a quand même envie de corriger l'Autrichien : Hugo Gaston a déjà donné beaucoup de joie. En quatre matches, le jeune Français aura été le grand rayon de soleil de cette première semaine et, rien que pour ça, rien que pour lui, il aurait été dommage que cette édition 2020 ne se tienne pas. Il a fait du bien à un tennis français assez moribond et, au-delà, au tennis tout court.
Le grand public a découvert ce joueur qui a fêté ses 20 ans la veille de l'ouverture du tournoi, mais il n'a pas été le seul. Il fallait voir Dominic Thiem secouer la tête par moments dimanche, comme pour dire "mais d'où il sort, celui-là ?". Plus encore que le fond, à savoir ce huitième de finale qui a valeur d'acte de naissance pour lui sur le circuit, c'est la forme qui a séduit. Ce tennis créatif, varié, subtil, intelligent et souvent déroutant pour l'adversaire.
Il sera difficile désormais de penser "amortie" sans avoir Hugo Gaston en tête. Si ce coup a fini par l'enterrer en toute fin de 5e set contre Thiem, sans doute parce que la fatigue a engendré un déficit de lucidité, il l'aura globalement utilisé avec beaucoup d'à-propos. Je ne sais pas s'il a "battu le record du monde du nombre d'amorties" comme l'a dit John McEnroe pendant la rencontre, mais c'est une arme souvent fatale dans son jeu.
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Thiem se souviendra longtemps des amorties de Gaston : en voici un florilège

Reste qu'il serait dommage de le réduire à ça, à une sorte d'amuseur public distillant ses fantaisies pour épater la galerie. Gaston a une palette bien plus étoffée. Il est capable de tenir en cadence à l'échéance (et celles de Wawrinka et Thiem ne sont pas les moins imposantes), possède une faculté d'adaptation, un sens de l'anticipation et une étonnante capacité à prendre la balle très tôt. Oui, il a un côté Zébulon des courts qui fait son charme, mais derrière les artifices, il y a du concret.
Et ce n'est pas tout. Son bras a régalé, mais la tête et les jambes ont bluffé. Jamais il n'a lâché mentalement. Mené deux sets à rien contre Dominic Thiem, il aurait pu avoir une forme de résignation devant l'ampleur monumentale de la tâche. Elle l'était déjà au départ, mais avec deux manches de retard... Mais non. En restant dans son match, il a fini par le faire tourner. L'Autrichien ne s'y est d'ailleurs pas trompé, louant "ses qualités de combattant" autant que son toucher de balle.

Gaston, à un cheveu de l'exploit : le résumé de son formidable bras de fer face à Thiem

Puis ce physique... Deux matches en cinq sets en quarante-huit heures, face à deux ténors du circuit imposant dans ce domaine un défi éreintant, mais à l'exception des deux-trois derniers jeux face à Thiem, où on a senti que les crampes tapaient au carreau, il n'a pas flanché. Le gabarit du Toulousain n'impressionne pas a priori, mais il y a de la caisse et du coffre. Ce n'est pas le moins intéressant pour lui à l'heure de dresser le bilan de son Roland. Il n'avait jamais joué de match en cinq sets, encore moins contre de tels rhinocéros. Il le pressentait peut-être, il le sait maintenant : il peut mener ces batailles-là.
Qu'il s'agisse de sa victoire contre Wawrinka ou de sa défaite face à Thiem, il y a des tonnes d'enseignements positifs à sortir. Peut-être même encore davantage de cette dernière. Parce que c'était sur le Central, qu'il était davantage attendu, qu'il fallait digérer physiquement et émotionnellement son succès face au Suisse et, surtout, parce que c'était Thiem. Arriver à rendre fou un champion avec des certitudes aussi bien ancrées que ne le sont en ce moment celles du vainqueur de l'US Open, ce n'est pas rien. Un grand bravo donc pour l'ensemble de son œuvre cette semaine et peut-être plus encore un immense merci pour avoir ensoleillé cette première moitié de quinzaine.

"On est déçu pour Gaston car il nous a fait croire que c'était possible"

Bien sûr, le plus dur commence maintenant. Dans l'idéal, il ne devra pas se départir d'une forme d'insouciance qui lui a permis de s'exprimer sans arrière-pensée. Plus facile à dire qu'à faire et même, sans doute, impossible. Hugo Gaston devra assimiler beaucoup de choses, retourner sur des petits tournois, écumer les challengers où il sera une cible et l'effet de surprise ne jouera plus sur les scènes plus imposantes. La tentation de vouloir tout, tout de suite, sera grande après tant de promesses. On parle là de ses propres attentes, pas des nôtres ou des vôtres, dont tout le monde se fout. Lui devra s'en foutre, en tout cas.
C'est sur la durée qu'une grande carrière se construit. Son plus grand défi sera de banaliser ce qui nous est apparu extraordinaire. C'est un beau défi, mais l'air très tranquille du jeune homme peut inciter à l'optimisme. Chaque chose en son temps. Quoi qu'il arrive, ça n'enlèvera rien à ces moments-là.

Hugo Gaston.

Crédit: Getty Images

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