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Roland-Garros, quoi qu'il en coûte

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Le court Philippe-Chatrier

Crédit: Getty Images

ParLaurent Vergne
17/03/2020 à 19:37 | Mis à jour 17/03/2020 à 22:34
@LaurentVergne

Roland-Garros 2020 aura donc bien lieu. En annonçant le report du tournoi du Grand Chelem parisien, ses organisateurs ont dévoilé dans le même temps ses nouvelles dates : du 20 septembre au 4 octobre. Ayant pris de court les joueurs, l'ATP, la WTA et ses cousins majeurs, Roland l'a jouée perso et l'assume : il fallait sauver cette édition 2020 à tout prix.

A contexte exceptionnel, décision exceptionnelle. Voilà comment Bernard Giudicelli, président de la fédération française de tennis, qui a la charge de l'organisation de Roland-Garros, a justifié mardi soir le déplacement dans le calendrier de la manche parisienne du Grand Chelem. De fin mai – début juin, il va donc se téléporter à fin septembre- début octobre.

Un choix clairement assumé, même s'il va entrainer des conséquences en termes de calendrier pour les joueurs et les joueuses, mais aussi pour les tournois initialement prévus sur ces deux semaines. Qu'importe, Bernard Giudicelli et Guy Forget, le patron du tournoi, assument tout. Il fallait sauver le soldat Roland. Quoi qu'il en coûte, selon une autre formule présidentielle.

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Crédit: Getty Images

Il nous semblait totalement inenvisageable de dire 'on supprime Roland-Garros du calendrier'

"Ce n'était pas une décision simple, elle est courageuse compte tenu de cette période à la fois exceptionnelle et évolutive", estime le président de la FFT. Partant du constat qu'il était impossible, compte tenu des nouvelles mesures drastiques prises par le gouvernement, d'achever les derniers travaux préparatoires, il a fallu acter que le tournoi n'aurait pas lieu aux dates prévues. Or, comme l'a précisé Benard Giudicelli, "il nous semblait totalement inenvisageable de dire 'on supprime Roland-Garros du calendrier.'"

Mais repositionner une quinzaine, dans un programme déjà surchargé à l'année, ne pouvait se faire sans dégâts. "On a cherché la quinzaine la moins pénalisante pour les autres circuits", assure-t-il, avant de fixer les dates du 20 septembre et du 4 octobre. Sous réserve d'autres bouleversements, Roland-Garros commencera donc une semaine seulement après la finale de l'US Open messieurs, et les qualifications du tournoi parisien débuteront même le lendemain de la finale new-yorkaise.

Si les organisateurs ont pris la peine de prévenir, ils n'ont pas consulté. Et là aussi, ils assument. "Avant la prise de décision, nous avons échangé avec les présidents de l'ATP, de la WTA et de l'ITF, explique Giudicelli. Nous avons aussi informé les autres tournois du Grand Chelem, mais c'est vrai qu'au final, c'est une décision qui nous appartient, car nous sommes seuls comptables des moyens et des actions que nous engageons." Contacté par le journaliste de Sports Illustrated Jon Wertheim, un représentant de l'ATP a confirmé : "ils (les organisateurs de Roland-Garros) ont demandé pardon, pas une autorisation. Parce qu'ils savaient qu'ils ne l'obtiendraient pas. Mais je ne susi pas sûr qu'ils obtiennent le pardon non plus."

Dans le même ordre d'idées, la présence de la Laver Cup du sieur Roger Federer en plein milieu de cette inédite quinzaine automnale n'émeut pas beaucoup la FFT. Tony Godsick, l'agent du champion suisse, a été informé par Guy Forget, mais rien de plus. Le cas des tournois ATP organisés fin septembre – début octobre était plus délicat. A commencer par celui de l'Open de Moselle, qui se retrouve dans une très fâcheuse posture. Il doit se tenir du 21 au 27 septembre. Attirer des joueurs du Top 20 est déjà une gageure pour ce genre de tournoi 250. Là, il sera compliqué d'avoir des joueurs du Top... 200.

L'intérêt supérieur de la France

On sent évidemment la fédération plus sensible à ce dommage collatéral-là qu'à d'autres. Julien Boutter, le directeur du tournoi lorrain, a été le premier informé par l'organisation de Roland-Garros. Les plus grandes perdantes sont évidemment les compétitions organisées aux mêmes dates que ce Roland-Garros automnal. "C'est un tournoi auquel je suis attaché, on sera à leur écoute, à leur soutien, assez Bernard Giudicelli. On organisera pendant le tournoi une journée de la Moselle, une journée du Grand Est."

Mais l'homme fort de la fédé met en avant "l'intérêt supérieur de la France". En filigrane, il glisse aussi que, sans Roland-Garros, il ne resterait pas grand-chose de l'Open de Moselle : "on continuera à le soutenir comme nous l'avons toujours fait, mais si la FFT a les moyens de soutenir l'Open de Moselle, ces moyens viennent essentiellement de Roland-Garros." Sauver Roland, c'est donc sauver la patrie tennistique française au sens large. Même si, en Lorraine, ce discours-ci risque d'avoir un peu de mal à passer.

Les joueurs, eux aussi, se retrouvent devant le fait accompli. Si Guy Forget a pris soin d'appeler Rafael Nadal, figure emblématique du tournoi avec ses 12 titres, l'immense majorité des joueurs et des joueuses ont appris la nouvelle sur Twitter. Beaucoup s'en sont émus, de Stan Wawrinka à Naomi Osaka. Et ce n'est sans doute pas fini. Du côté de l'organisation, on comprend les râleurs du jour, mais on ne s'en fait pas trop. "On peut comprendre ce sentiment de surprise aujourd'hui, concède le président Giudicelli, mais je ne doute pas que, très rapidement, l'envie de disputer un tournoi des conditions exceptionnelles reprendra le dessus."

Stan Wawrinka à Roland-Garros en 2019

Crédit: Getty Images

Avant 2020, le tournoi serait passé à la trappe

Dans son malheur, Roland a de la "chance". Si le coronavirus avait déboulé avec son funèbre cortège avant 2020, le tournoi parisien n'aurait eu aucune solution de repli. L'apparition du toit sur le court Philippe-Chatrier et l'éclairage installé sur tous les courts devraient permettre de tenir une programmation convenable. Car, si la nuit tombe bien plus vite et si les soirées sont plus fraiches, ces dernières années, il a souvent fait plus beau au tout début de l'automne qu'à la fin du printemps sur la région parisienne. Roland-Garros a d'ailleurs déjà ouvert ses portes en septembre, pour la Coupe Davis ou la Fed Cup.

Convaincu d'avoir sauvé sa quinzaine, Roland-Garros s'apprête à mettre un beau chantier dans une saison qui ne ressemble d'ores et déjà plus à grand-chose. La saison sur terre battue se résumera très probablement au seul Majeur parisien. Un argument qui a aussi pesé, à en croire Bernard Giudicelli : "nous ne pouvions pas envisager que cette saison se déroule sans aucun évènement majeur sur terre battue, on doit aussi défendre notre surface qui est notre patrimoine."

Rendez-vous dans six mois, donc. Même si, dans cette période de grande incertitude planétaire, en un semestre, beaucoup de choses peuvent encore avoir le temps de bouleverser une situation qui, à la petite échelle du tennis mondial, n'est plus très loin d'être abracadabrantesque.

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