Elle a déboulé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Peu importe qui lui a fait face lors de cette quinzaine parisienne, Iga Swiatek avait réponse à tout et a tout démoli sur son passage. En tout et pour tout, elle aura concédé 28 jeux en 7 matches (soit 4 par tour en moyenne et 5 au maximum), une performance tellement rare que seule la légendaire Steffi Graf peut se targuer d’avoir fait mieux à Roland-Garros lors de l’édition 1988 (20 jeux perdus). C’est dire si la jeune Polonaise a bien des raisons d’avoir la tête qui tourne.

D’ailleurs, pendant son discours lors de la remise des trophées, l’émotion était palpable dans sa voix tremblotante. Quand un succès de cette ampleur vous tombe dessus, difficile de rester insensible. Surtout quand vous avez 19 ans et qu’il s’agit du premier titre de votre carrière naissante. Mais Iga Swiatek a bien vite retrouvé le calme qui lui a permis d’exprimer pleinement son potentiel sur le court pour décrire ce qu’elle ressentait.

Roland-Garros
Swiatek, une première avec la manière
10/10/2020 À 14:36
J'ai encore beaucoup à faire pour rattraper Radwanska

"Je suis fière de moi, j’ai fait un bon tournoi ces deux dernières semaines et je ne m'attendais pas à gagner le trophée. C'est une expérience qui va changer ma vie. J'en rêvais, mais cela me paraissait très lointain. Maintenant que je suis championne de Grand Chelem, cela me paraît complètement fou. On croit à quelque chose, mais on sait que cela va demander un travail considérable pour parvenir à cette victoire rêvée. Quand vous y arrivez, c'est quelque chose qui vous submerge", a-t-elle confié.

Si elle n’a peut-être pas encore totalement pris la mesure de sa performance, elle a pleinement conscience de sa portée historique. Première Polonaise à s’octroyer un Majeur, elle sait qu’elle devrait être portée aux nues à son retour chez elle, car sa performance est inédite. Mais un exploit ne fait pas une carrière, Swiatek le sait très bien. "Je sais que ce sera un peu la folie. Il faut que je m'y habitue, mais cela ne devrait pas être un problème pour moi. Agnieszka Radwanska avant moi a joué à un niveau élevé pendant je ne sais pas combien d’années, peut-être 12. Beaucoup vont peut-être nous comparer. Mais j'ai encore beaucoup à faire pour la rattraper."

Cette humilité, Swiatek l’a cultivée tout au long du tournoi. Et c’est sans doute ce qui lui a permis d’être aussi constante dans son expression tennistique. Car elle l’a avouée, lorsque la saison a repris en août dernier sur le dur américain, elle s’était mise trop de pression. Consciente de l’absence de plusieurs des meilleures joueuses du circuit outre-Atlantique en raison du coronavirus, la jeune femme savait qu’elle avait peut-être une occasion unique d’en profiter. Et patatras, une élimination d’entrée "à" Cincinnati puis une autre au 3e tour de l’US Open – malgré les compliments de Victoria Azarenka, future finaliste, qui l’avait battue – lui avaient fait revoir ses ambitions à la baisse.

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Le déclic de l'exploit contre Halep

C’est donc sans attente particulière que Swiatek s’est présentée Porte d’Auteuil, ce qui lui a permis de jouer totalement libérée. "C'était tellement incroyable pour moi d'avoir gagné contre Halep (en huitième de finale, NDLR) que je voyais déjà ce tournoi comme la réalisation d'une vie. Je ne voulais pas me stresser. Je me suis dit : ‘Ce n'est pas grave que je gagne ou perde’. Et finalement, j'ai juste profité", a-t-elle encore expliqué. Un état d’esprit qui lui a permis finalement d’aller au bout, alors qu’elle n’a pas encore 20 printemps, comme un certain Rafael Nadal en 2005.

La Polonaise adore le gaucher espagnol, et si contrairement à lui elle est droitière, elle ne s’est pas privée pour autant de s’inspirer de son tennis et notamment de son coup droit lifté. Une arme redoutable dont Sofia Kenin, sa victime du jour, a reconnu sans mal l’efficacité. Est-elle elle-même consciente de son effet dévastateur ? "C'est difficile à dire de mon point de vue, parce que peut-être si j'avais pu jouer contre moi je pourrais vous répondre. Je sais que mes amis me disent que mes coups droits liftés peuvent être dangereux. J'ai toujours aimé donner de l'effet à la balle et lifter mes balles, mais je joue par instinct, cela m'a beaucoup aidée", a-t-elle glissé tout sourire.

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Un travail mental déjà ambitieux

Swiatek fera son entrée dans le top 20 pour la première fois de sa carrière lundi, à la 17e place mondiale. Impressionnante de solidité durant cette quinzaine, elle a déjà le jeu complet pour voir bien plus haut, et comme Nadal, peut-être ajouter bien des lignes à son palmarès. Mais elle est encore loin de l’idole, car le plus dur reste à faire désormais : confirmer sans bénéficier de l’effet de surprise. "Je n'ai que 19 ans, je sais que mon jeu n'est pas totalement abouti. Le plus gros challenge pour moi va être de rester régulière. C'est ce qui pose problème dans le tennis féminin. C'est pour cela qu'il y a tellement de nouvelles gagnantes de Grand Chelem, parce que nous ne sommes pas aussi constantes que peuvent l'être Rafa et Novak."

Pour y parvenir, Swiatek dispose autour d’elle d’une équipe rapprochée et soudée avec deux personnes fondamentales pour elle : son père et Daria Abramowicz, la psychologue qui la suit sur le circuit. "Le rôle de la psychologie dans ma performance est considérable. J'utilise la visualisation et je médite notamment pendant les pauses de match. Cela me prépare mentalement, cela me permet de faire face au stress et à la pression." A l’image de sa rivale canadienne Bianca Andreescu, la Polonaise a donc cerné tôt les différentes composantes qui font le succès d’une joueuse professionnelle. Cette intelligence est sans doute la meilleure garantie d’éventuels succès futurs.

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