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Söderling : "Au moins plusieurs fois par semaine, on me parle de ce match"

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Robin Söderling - Rafael nadal, Roland-Garros 2009.

Crédit: Eurosport

ParLaurent Vergne
30/05/2020 à 23:17 | Mis à jour 31/05/2020 à 09:35
@LaurentVergne

ROLAND-GARROS – En 2009, Rafael Nadal subissait sa première défaite dans son royaume parisien. Un choc immense, dont la caisse de résonnance a tenu autant à son apparente invincibilité qu'à l'identité de son bourreau. Robin Söderling signait là l'exploit d'une vie, auquel il restera associé jusqu'à la fin de ses jours.

Rome, 30 avril 2009. Une fraiche soirée sur le Foro Italico. Mais pas la moindre goutte de sueur froide pour Rafael Nadal. A la lumière des projecteurs, le roi de la terre, également devenu celui du monde en étendant son Empire à l'ensemble de la planète tennis via ses triomphes des derniers mois à Wimbledon, Pékin ou Melbourne, vient de s'imposer 6-1, 6-0 contre Robin Söderling en huitièmes de finale du Masters 1000 italien. Quelques jours plus tard, il décrochera le titre. Rien ni personne ne semble devoir ou pouvoir l'empêcher de boucler bientôt son premier quinquennat à Roland-Garros.

Paris, 31 mai. Un mois et un jour plus tard, la terre tremble comme jamais. Une dernière volée de coup droit mal maitrisée, la balle qui s'échappe dans le couloir et Robin Söderling provoque une des plus grandes sensations de toute l'histoire du tennis. 6-2, 6-7, 6-4, 7-6. Ce qui n'aurait dû constituer qu'une étape comme une autre sur l'escalier du nouveau triomphe de Nadal s'est transformée en page d'histoire. Personne ne l'avait vue venir. A part, peut-être, les intéressés eux-mêmes.

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Rafael Nadal battu par Robin Söderling à Roland-Garros 2009

Crédit: AFP

Prendre 6-1, 6-0... et ne pas être loin

D'abord parce que la boucherie romaine avait bien caché son effet trompe-l'œil. Si Söderling, écœuré, avait fini par lâcher l'affaire, la première demi-heure fut acharnée. C'est ce qu'a tenu à rappeler le Suédois dans un entretien accordé à Mats Wilander pour Eurosport ces derniers jours. "Ça parait étrange à dire, mais c'était un match serré, souligne-t-il. J'étais là, je n'étais pas loin. Bien sûr, quand il m'a breaké en début de 2e set, j'ai décroché. Mais, à part le score, ce match m'a plutôt aidé en fait, parce que j'en suis sorti avec l'impression de ne pas être loin et de pouvoir le battre." Après avoir pris 1 et 0, l'analyse pourrait relever, au choix, du syndrome de Stockholm ou de la forfanterie mal placée.

Sauf que Rafael Nadal n'avait pas été loin de fournir la même au soir de cette raclée. Le Majorquin n'avait pas manqué de le relever après la rencontre : "Je pense vraiment que le match a été dur. Pas le résultat, certes, mais le match, oui. Je mène 4-1, mais j'aurais très bien pu me retrouver mené 4-1. Il a fallu que je joue mon meilleur tennis sur terre battue pour gagner ce set."

Par nature, par politesse ou parce que c'est là sa manière de communiquer, Rafael Nadal a parfois tendance à surjouer l'adversité dans ses conférences de presse. C'est le fameux "tough opponent", un adversaire difficile en gros, formule qu'il serait capable d'utiliser quand bien même il affronterait un 15-2 vétéran. Mais sur ce coup précis, Rafa avait raison. Le 6-1, 6-0 collé à Söderling traduisait assez mal la nature de leur débat, au moins dans sa première partie. Il avait d'ailleurs fallu près d'une heure et demie pour boucler ces treize petits jeux.

Nadal, le genou et l'angine

Mais quand même. Si, avec la meilleure volonté du monde, il était possible d'admettre que le séquoia (1,93m) de Tibro disposait de quelques armes susceptibles de contrarier Nadal sur terre, personne n'aurait eu l'outrecuidance d'avancer qu'elles lui autorisaient le moindre espoir dans une bataille au meilleur des cinq sets sur la brique pilée.

Car jamais Söderling n'avait encore réussi à exploiter son indéniable potentiel. "J'avais été capitaine de l'équipe de Suède de Coupe Davis pendant quelques années et je savais que si sa concentration tenait sur la durée du match, il pouvait embêter Nadal, glisse Mats Wilander. Mais évidemment, même s'il avait battu David Ferrer pour aller en huitièmes, non, je n'imaginais pas provoquer cette énorme surprise."

Mais Nadal était-il vraiment Nadal, dans ce Roland-Garros ? Sans doute pas tout à fait. On apprendra vite que son genou gauche clignotait rouge. C'est paradoxalement après avoir laminé Lleyton Hewitt en 16es de finale, deux jours avant de chuter contre Söderling, que l'Espagnol a compris que la tâche s'avèrerait insurmontable, comme nous l'avait confié en 2017 son oncle et entraîneur, Toni Nadal : "Rafael avait très mal. Après le match contre Hewitt, le soir à l'hôtel, il était calme mais triste. Il souffrait. Il espérait quand même gagner ce tournoi, mais il savait qu'il ne pourrait s'exprimer à 100%." A cela se serait donc ajouté une angine pour finir de l'affaiblir, ainsi que Jo-Wilfried Tsonga l'évoquait pas plus tard que cette semaine.

Rafael Nadal quitte pour la première fois le court Philippe-Chatrier dans la peau du battu. Cette défaite contre Söderling, c'est une des plus grosses sensations de l'histoire du Grand Chelem.

Crédit: Getty Images

"Vous devez être celui qui dicte le jeu"

Mais il serait injuste, pour Robin Söderling, de reporter l'intégralité de la cause de ce séisme sur le seul Nadal. Le Scandinave a sorti ce jour-là le match parfait pour réussir ce que si peu de joueurs sont capables de faire : bousculer Nadal sur terre. Il avait cet exploit dans le bras, mais peut-être plus encore dans la tête.

Sa drôle de conviction romaine l'avait renforcé, et sans doute davantage encore le fait d'être passé tout près de le battre à Wimbledon en 2007. Bien sûr, c'était sur herbe, mais il savait ce qu'il avait à faire, comme il nous l'explique : "La clé, pour moi, serait de prendre ma chance. Si vous voulez battre Rafa sur terre, vous devez être extrêmement agressif. Prendre votre chance chaque fois qu'elle se présente. Vous devez être celui qui dicte le jeu, parce que, dans le cas contraire, ça devient mission impossible."

Le reste appartient à l'histoire. Un premier set survolé par le Suédois, comme pour mettre dans les cordes Nadal, d'entrée. L'Espagnol s'en est trouvé estourbi, comme le public. Ou Mats Wilander, en cabine sur le Chatrier pour commenter ce huitième de finale sur Eurosport. "On pouvait sentir, sur le visage de Rafa, et aux expressions de Toni, que ça allait mal, se souvient l'ancien numéro un mondial. Puis il faisait gris, froid, humide, et la balle ne rebondissait pas haut comme parfois avec lui." "Le fait de gagner le 1er set assez facilement m'a beaucoup aidé, je me suis relaxé et j'ai pu jouer sereinement jusqu'à la fin du match", évoque de son côté Söderling.

Malgré un sursaut dans la 2e manche et sa légendaire combativité, Rafael Nadal connait donc ce jour-là sa première défaite à Roland-Garros, et même son premier revers sur terre battue dans un match en trois sets gagnants. Onze ans plus tard, le Majorquin a désormais joué 120 rencontres sur ocre au meilleur des cinq manches. Pour 118 victoires. Après Söderling, il n'a subi qu'un autre échec dans ce contexte. A Roland-Garros, aussi, contre Novak Djokovic, en 2015. Mais Söderling, plus Batman que Robin ce 31 mai 2009, restera à jamais le premier.

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"J'ai essayé d'oublier tout de suite ce match contre Rafa"

A chaud, le protégé de Magnus Norman, qui joua d'ailleurs un grand rôle pour convaincre son poulain de sa capacité à déboulonner la statue de Manacor, a tenté de se protéger de son exploit. "Dix minutes après le match, nous confie-il, je me suis dit 'OK, même si tu as l'impression d'avoir gagné le tournoi, c'était juste un huitième de finale.' Alors j'ai essayé d'oublier tout de suite ce match contre Rafa. Ça n'a pas été simple, parce que mon téléphone n'a pas arrêté de sonner pendant deux jours. Tous les médias voulaient me parler."

La mission sera accomplie. Après ce monument, il parviendra à battre Nikolay Davydenko puis Fernando Gonzalez pour disputer sa première finale de Grand Chelem. "En quarts, j'ai joué un grand match (Davydenko ne lui a pris que cinq jeux, ndlr). C'est peut-être quelque chose dont je suis encore plus fier que le simple fait d'avoir battu Nadal. J'ai réussi à très bien jouer jusqu'à la fin du tournoi."

Malheureusement pour lui, une semaine pile après avoir écarté le quadruple tenant du titre, Söderling va buter en finale sur Roger Federer. Une défaite en trois sets, pour le premier et unique sacre du Suisse à Roland-Garros. "Mentalement, avoue-t-il, j'ai été submergé. Les deux semaines avaient été éprouvantes et affronter Roger pour ma première finale majeure, c'était... Lui avait dû en jouer, je ne sais pas, au moins 20. Il était tellement plus expérimenté que moi."

En dominant Nadal, le Suédois a néanmoins bouleversé son destin, scellé sa place dans la légende de Roland-Garros, et contribué à changer le cours de l'histoire du tennis. Sans cela, qui sait, Federer aurait peut-être toujours un trou béant à son palmarès. "J'attends toujours ses remerciements pour avoir battu Rafa", plaisantait Robin il y a deux ans lors de son passage porte d'Auteuil.

"J'aurais aimé battre Roger et Rafa la même année..."

En 2010, il atteint une nouvelle fois la finale. Nouvel échec. Encore en trois sets. Face à... Rafael Nadal. "Pourtant, là, dans la tête, je me sentais prêt, assure le cogneur nordique. Prêt à gagner mon premier grand titre. Mais l'année avait été un peu difficile physiquement et j'ai manqué d'énergie." Quelques jours plus tôt, il avait encore apporté sa contribution à l'histoire tennistique en boutant Federer du tableau au stade des quarts de finale. Le Bâlois restait alors sur 23 demi-finales consécutives. Un record qui pourrait tenir encore un long, très long moment.

Deux finales de rang à Paris, en scalpant Nadal puis Federer, ça vous pose un homme. Avec une pointe de regrets quand même : "Il y a tant de fois où je me suis dit que j'aurais aimé battre Roger et Rafa la même année, et pas sur deux années différentes..." Avec le recul, cette double présence le dernier dimanche relève quand même de l'improbable, pour lui qui a mis si longtemps à apprivoiser la terre battue. "Au début de ma carrière, poursuit-il, je détestais jouer sur terre. Mais peu à peu, j'ai commencé à comprendre comment évoluer dessus, comment construire des points. Et quand j'ai arrêté, j'adorais la terre."

Il adorait Roland-Garros, aussi, surtout. Depuis ce dernier jour de mai 2009, l'endroit est devenu presque magique pour lui : "Je me rappelle qu'en 2010, je n'avais pas été bon sur terre battue. Mais dès que je suis arrivé à Paris, que j'ai commencé à m'entraîner à Roland-Garros, je me suis senti mieux. C'était un peu 'c'est chez moi ici, j'ai fait de grandes choses l'année dernière et je peux le refaire.'"

De lui, plus que sa dizaine de titres (dont un Masters 1000, à Bercy), sa 4e place mondiale ou même ses deux finales de Grand Chelem, il reste d'abord ce match contre Nadal, dont il aura été, et continue d'être un peu prisonnier. Il a appris à l'accepter. "Moi, je n'y pense pas beaucoup, jure-t-il. Mais chaque fois que je croise quelqu'un qui a envie de me parler tennis, ce match revient dans la conversation. Donc je dirais que, au moins plusieurs fois par semaine, on me parle de ce match. C'est toujours 'je me souviens du match où tu avais battu Nadal !'."

Six mois plus tard, fin 2009, Söderling allait signer une nouvelle victoire contre l'Espagnol, au Masters, lors de la phase de poules. Alors, quand il se lasse que la terre entière lui parle de SA "victoire contre Nadal", il répond toujours : "De Laquelle parlez-vous ?'"

Robin Soderling à Roland-Garros en 2009

Crédit: Getty Images

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