Wawrinka, Murray : gagner un Grand Chelem donnera-t-il forcément des ailes à Thiem ?

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ROLAND-GARROS - Vainqueur de son premier tournoi du Grand Chelem à Flushing Meadows, Dominic Thiem a enfin mis la main sur un trophée après lequel il a très longtemps couru. Une consécration qui en appelle d’autres ? La logique n’a rien d’évidente tant, psychologiquement, un tel accomplissement a provoqué des réactions opposées parmi d’anciens vainqueurs tardifs.

Crédit: Getty Images

Il est tellement neuf qu’on a fini par oublier qu’il n’était plus le petit jeunot de service. Voilà tout le paradoxe de Dominic Thiem, tout juste 27 ans et enfin sacré en Grand Chelem après une éternité passée dans l’ombre de l’infernal trio Djokovic-Nadal-Federer. Petit rappel avant l’ouverture du dernier Majeur de la saison : depuis Flushing 2016, personne en dehors de ce "Big Three" n’avait remporté de tournois du Grand Chelem. Depuis la surprise Marin Cilic à l’US Open 2014, aucun nouveau nom n’était venu remplir les grimoires du tennis. L’accomplissement de Thiem, après une quête personnelle faite de sacrifices et de travail hors-norme, après cette finale aussi improbable qu’inoubliable, marque d’ores et déjà son temps.
Mais la suite, c’est quoi ? A 27 ans et 10 jours, Thiem est devenu le 6e joueur le plus vieux à soulever un premier Majeur dans l’ère Open. Pas tout jeune mais pas encore vieux. Dans sa classe d’âge, certains se sont servis de ce premier sacre comme un catalyseur, un accélérateur de particules. Pour d’autres, ce sera resté comme l’accomplissement d’une vie. Typologie des exemples à suivre pour l’Autrichien. Ou pas.

Les exemples à suivre : Andy Murray et Stan Wawrinka

Difficile de faire plus récent et plus pertinents qu’Andy Murray et Stan Wawrinka. Les deux hommes serviront fatalement de modèle à l’Autrichien. Car eux aussi ont longtemps mordu la poussière face au trio. Mais ils ont fini par trouver la lumière. C’est à Flushing en 2012, à 25 ans, que l’Ecossais y est parvenu. C’est à Melbourne, à 28 ans, que le Suisse y est arrivé. Deux trajectoires différentes mais un même bilan : trois Majeurs dans l’escarcelle.
Le sacre aura ainsi agi en accélérateur de particules. Et en conviction qu’ils avaient ce qu’il fallait. Andy Murray, à l’orée de son deuxième titre en Grand Chelem, avouait que ce déclic mental l’avait beaucoup aidé : "Sur les trois, quatre, cinq dernières années, je me mettais tellement de pression, expliquait l’Ecossais. Je me sens tellement tranquille désormais, presque libéré après mon US Open". Cette pression ressentie par Murray, c'est celle qui a presque paralysé l’Autrichien dans ce dernier set horrible techniquement mais épique psychologiquement à l’US Open.
Pour Wawrinka, la mue fut différente. Plus lente. Moins attendue aussi tant le Suisse aura longtemps ressemblé à un esthète du circuit qui coinçait au moment de conclure. Mais de sa défaite mythique face à Djokovic à Melbourne en 2013 à son premier sacre majeur, il aura réussi à devenir "Stan the Man". A cet égard, sa victoire en 2016 à… Melbourne l’aura convaincu d’une chose : il en était capable.
Avant son troisième sacre majeur à New York, le Vaudois avait d’ailleurs parfaitement analysé la chose. "C'est vrai que j'ai subitement franchi un palier dans ma carrière, analysait-il. Quand j'aborde une finale maintenant, je me dis que je peux la gagner car j'ai produit généralement du bon tennis pour en arriver là". C’est cette conviction-là que dois embrasser Thiem désormais. Avant Flushing, il avait perdu trois finales de Grand Chelem. Mais gagner, même dans des conditions particulières, a tout de l’antidote parfait pour se débloquer mentalement.

Ils ont presque réussi à nouveau : Marin Cilic et Andy Roddick

Pour eux, la première est restée une dernière. Là encore, avec une temporalité bien plus proche de la sienne, Thiem pourra évidemment prendre appui sur l’expérience de Marin Cilic, qu’il a d’ailleurs battu à Flushing. C’est à 25 ans et dans un contexte ultra-concurrentiel (le trio dans la fleur de l’âge) que le Croate a décroché la timbale. Dans un tournoi un peu fou aussi avec une finale sans Top 10 et deux membres de l’éternel trio éliminés en demies.
Armé de confiance, Cilic a rapidement repris son chemin vers les sommets. Des ampoules à Wimbledon en 2017 et un grand match face à son bourreau Federer à Melbourne 2018 auront fini de sceller son destin en Majeur. "Un peu comme Stan quand il a gagné à Melbourne en 2014, le titre de Marin à New York lui a donné une énorme confiance en lui, avait jugé Federer avant la dernière finale du Croate. Depuis, dans les grands tournois, dans les grands moments, il sait qu'il peut le faire. Il a cette conviction-là. Ça ne veut pas dire qu'il y arrivera toujours, mais il a ça en lui désormais". La dernière phrase fut prémonitoire. Mais son sacre américain aura eu le bénéfice de l’installer durablement dans le Top 5 mondial.
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Crédit: Getty Images

Andy Roddick en aura passé des semaines dans ce Top 5-là aussi. Victorieux à presque 22 ans de l’US Open 2003, l’Américain devait, c’était presque écrit, capitaliser sur cette victoire éclatante pour en gagner bien d’autres, notamment à Wimbledon. La suite ? Le même bourreau que Cilic. 4 finales, toutes perdues face à Federer (3 à Londres, 1 à New York). Pour Roddick, l’histoire est injuste car elle ne retient (presque) que ses échecs, dont la somptueuse finale 2009 de Wimb’. Cruelle aussi car il est tombé sur un monstre sacré. "Je me suis offert la paix intérieure quand j’ai pris la décision de ne plus me comparer à Roger", expliquait l’Américain en fin de carrière. Le leçon pour Thiem ? Il ne réussira qu’en étant lui-même, surtout pas en se focalisant sur un trio qu’il est encore amené à croiser.

Le premier comme finalité : Thomas Johansson, Albert Costa et… Thomas Muster

Voici tout ce que voudra éviter Thiem. Un one-shot et plus grand-chose derrière. Thomas Johansson, vainqueur de l’Open d’Australie 2002 à presque 27 ans à l’issue d’un tableau complètement décousu et d’une finale ratée par Marat Safin, l’avait expliqué d’une manière toute simple : "Je n’ai jamais pensé que je serai vainqueur d’un Grand Chelem mais j’ai joué mon meilleur tennis sur ces deux semaines". Autrement dit, pour le Suédois, ce rêve ne sera resté qu’une parenthèse enchantée. Jamais il ne parviendra à rejoindre à nouveau une finale de Grand Chelem malgré une carrière honorable de presque quinze ans sur le circuit.
"Jamais je n’aurais osé rêver de gagner un Majeur un jour". Le son de cloche est similaire pour Albert Costa, vainqueur de Roland-Garros dans une année 2002 un peu folle. A 27 ans également, l’Espagnol atteignait l’apogée de sa carrière et le zénith de sa confiance : "Le plus dur, c'était de croire en moi. Maintenant, j'ai la foi', expliquera-t-il après coup. Mais à peine quatre ans plus tard, retombé au-delà de la 200e place mondiale, il tirait un trait sur son aventure.
Mais, irrémédiablement, c’est aussi vers Thomas Muster, son ancien coach, que Thiem se tournera. Vainqueur de Roland-Garros en 1995, année où il remportera 11 (!) trophées, l’Autrichien n’aura jamais confirmé en Majeur malgré une demie à Melbourne. "Gagner ce Grand Chelem n’a pas changé ma vie et ça ne la changera pas", expliqua-t-il notamment en 1996. Sûr que le récent vainqueur de Flushing ne voit pas les choses de la même manière…
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