Cori Gauff est un paradoxe. En finale de Grand Chelem à seulement 18 ans, elle personnifie la précocité, et pourtant elle s'est aguerrie sur le circuit depuis un bout de temps. Tant et si bien qu'il y a presque une forme de logique à la voir accomplir ce genre de performances, contrairement à une Emma Raducanu par exemple l'an passé à l'US Open.
"Elle progresse à son rythme. Ce n'est pas quelqu'un qui a explosé et a gagné un Grand Chelem, venant un peu de nulle part. Et c'est mieux, d'une certaine manière, parce qu'elle construit des fondations solides pour le futur", a d'ailleurs confirmé Patrick Mouratoglou, qui la connaît très bien, au micro de notre consultant Mats Wilander. "Tout le monde pensait qu'elle gagnerait un Majeur très tôt à cause de ses résultats à Wimbledon, mais elle n'était pas prête. Il lui manquait beaucoup de choses d'abord sur le plan technique : elle frappait 15 à 20 doubles fautes par match par exemple. Elle n'était pas stable émotionnellement. Et elle a fait beaucoup de progrès dans ces domaines", a-t-il ajouté. Coup de projecteur sur les grandes étapes de sa progression.
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Cori Gauff à Roland-Garros en 2022

Crédit: Getty Images

1er juillet 2019 : A 15 ans, Gauff déboulonne l'idole

C'est le phénomène et la grande histoire du début de l'édition 2019 de Wimbledon. A 15 ans et 122 jours, Cori Gauff, 313e mondiale, devient la plus jeune joueuse de l'histoire de Wimbledon à s'extirper des qualifications. Et comme baptême du feu dans le grand tableau du "Temple du tennis", elle se retrouve face à l'une de ses idoles de 24 ans son aînée : Venus Williams, cinq fois sacrée sur le gazon anglais. Alors intimidée ? Pas le moins du monde. Gauff met deux jeux à s'adapter à la puissance du service adverse puis fait le break et le tient pour mener d'une manche. Un autre break dans la seconde et elle conclut l'affaire à sa 4e balle de match. Shocking ! Sur sa lancée, elle poursuit même l'aventure jusqu'en seconde semaine.
  • Ce qu'elle en a dit : "C'est la première fois que je pleure après avoir gagné un match. Venus m'a félicitée et m'a encouragée à continuer. Elle m'a souhaité bonne chance et je l'ai remerciée pour tout ce qu'elle a fait : je ne serais pas là si elle ne m'avait pas inspirée."

1er septembre 2019 : Terrassée et… consolée par Osaka

Quelques semaines plus tard, "Coco" est naturellement également devenue la coqueluche du public US qui l'attend de pied ferme à Flushing Meadows. Et l'adolescente ne déçoit pas puisqu'elle se présente bien au rendez-vous tant attendu depuis le tirage au sort du 3e tour de cet US Open face à la numéro 1 mondiale et tenante du titre Naomi Osaka. Mais dans la night session new-yorkaise et devant 23711 spectateurs, la Japonaise ne fait pas de quartier et balaie sa jeune rivale (6-3, 6-0) en à peine plus d'une heure. L'apprentissage est dur pour Gauff qui ne peut retenir ses larmes. Osaka, émue, l'invite à partager l'interview d'après-match. Une séquence marquante et unanimement saluée.
  • Ce qu'elle en a dit : "Pour moi, la meilleure définition d'une athlète est la suivante : c'est quelqu'un qui vous traite comme son pire ennemi sur le court, mais qui peut être votre meilleure amie sur le court. Je pense que c'est exactement ce qu'elle a fait ce soir."

Séquence émotion : Osaka et Gauff en larmes sur le court après leur match

13 octobre 2019 : Un premier titre et le Top 100

Décidément, Cori Gauff semble avoir un destin tout tracé. Au coeur de l'automne, alors qu'elle vient d'échouer au 2e tour des qualifications du tournoi de Linz en Autriche, elle intègre finalement le tableau comme "lucky loser". Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle saisit sa seconde chance. S'ensuit ainsi un parcours remarquable avec des victoires sur Kiki Bertens (alors numéro 8 mondiale, son premier succès sur une Top 10) en quart, Andrea Petkovic en demie et Jelena Ostapenko, ancienne membre du Top 5 et sacrée à Roland-Garros en 2017, en finale (6-3, 1-6, 6-2). Cerise sur le gâteau : elle fait son entrée parmi les 100 meilleures joueuses du monde (71e) dans la foulée, elle qui avait commencé la saison hors du Top 600.
  • Ce qu'elle en a dit : "Je suis sous le choc. C'est fou de me dire que c'est déjà mon premier titre sur le circuit. Ce n'était vraiment pas dans les plans en début d'année parce que je ne pensais pas que j'aurais une chance d'entrer dans les tableaux. Et maintenant, je suis la championne."

24 janvier 2020 : La revanche contre Osaka

Quatre mois et demi ont passé depuis la leçon de Flushing quand Cori Gauff s'engage dans ce troisième grand tableau consécutif en Grand Chelem. La jeune Américaine a pris de l'assurance avec son premier titre et de la consistance sur le plan physique. La découverte de Melbourne se fait donc au pas de course avec une victoire sur Venus Williams, comme à Wimbledon, pour se lancer. Et au 3e tour, comme à l'US Open, Naomi Osaka, encore championne sortante, se présente à nouveau sur sa route. Mais cette fois, totalement libérée et ultra-performante au service (75 % de premières balles), Gauff réalise l'exploit. La pression a changé de camp et la Japonaise reconnaît avoir mal géré la crainte de se faire battre par une gamine de pas encore 16 ans.
  • Ce qu'elle en a dit : "J'étais un peu incrédule. Je ne savais pas vraiment quoi faire. J'essayais juste de profiter et de savourer le moment. Je dirais que je n'y suis pas encore habituée."

Gauff - Osaka : Le résumé

9 juin 2021 : Un premier quart frustrant en Grand Chelem

Logiquement freinée dans sa progression par une saison 2020 totalement tronquée par la pandémie de coronavirus (cinq mois de suspension de compétition), Gauff reprend sa progression de plus belle en 2021. Dans la foulée de son 2e titre en carrière sur la terre battue de Parme, elle débarque à Roland avec le statut de tête de série 22 et en profite pour éclater son plafond de verre des huitièmes. En quart sans perdre le moindre set, elle semble maîtriser les événements en début de match contre Barbora Krejcikova : en tête 3-0, elle obtient même cinq balles de set avant de céder la première manche au tie-break. L'Américaine perd alors le fil et, malgré cinq balles de match sauvées, s'incline 7-6, 6-3 face à la future championne tchèque.
  • Ce qu'elle en a dit : "Elle a bien joué les points sous pression, en changeant de direction pour me faire faire des erreurs. Je savais qu'elle allait jouer un tennis-pourcentage très intelligent. La prochaine fois, je me concentrerai davantage et me ferai plus confiance. J'ai l'impression que sur mes balles de set, j'ai été un peu passive."

Coco Gauff à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

2 juin 2022 : Déjà une finale en Majeur

Roland-Garros est le tournoi du Grand Chelem des premières pour Gauff. En 2018, alors qu'elle n'était pas encore sur le circuit, elle y avait décroché le trophée chez les juniors à 14 printemps seulement. Et un an après y avoir atteint les quarts, l'Américaine confirme qu'elle a encore pris en maturité. Elle balaie ainsi tout sur son passage jusqu'en finale (aucun set laissé en route). Plus consistante et sûre d'elle, elle jouit déjà d'une expérience exceptionnelle pour ses 18 ans. La qualité de son service et de sa couverture de terrain lui permettent de ne faire qu'une bouchée (6-3, 6-1) de Martina Trevisan - l'Italienne qui l'avait battue au 2e tour en 2020 - en demie. Visera-t-elle dans le mille dès son premier essai en Majeur ?
  • Ce qu'elle en a dit : "On était toutes les deux tendues au début, commettant beaucoup de fautes directes, mais après j'ai déroulé. Avant, j'étais dans ma bulle et obsédée par le tennis. Mais j'ai parlé avec ma famille et ma grand-mère notamment qui m'a dit qu'il y avait des choses plus importantes dans la vie et que je devais me détendre. J'ai pris du recul : c'est juste un match de tennis, pas la fin du monde."

Visuel Cori Gauff à Roland-Garros en 2022 Crédit : Quentin Guichard

Crédit: Eurosport

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