Amélie Mauresmo, directrice de Roland-Garros : "Personne n'arrivera à égaler ce que Rafael Nadal a pu faire ici"

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Roland-Garros commence à frétiller. La semaine des qualifications a été lancée ce lundi, Rafael Nadal est arrivé pour s'entraîner... Quelques jours auparavant, Amélie Mauresmo, directrice du tournoi, nous a accordé une interview exclusive pour nous brosser le portrait de ce rendez-vous que tout le monde attend et de la der de Nadal, qui sera l'événement majeur de la quinzaine.

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L'édition 2024 de Roland-Garros débute cette semaine avec les qualifications. Amélie Mauresmo, LA grosse innovation de cette année réside dans la présence d'un toit sur le court Suzanne-Lenglen. Il y en avait déjà un sur le Chatrier, en quoi est-ce important d'en avoir un deuxième ?
Amélie Mauresmo : Déjà, il y avait du soulagement de voir le toit du Philippe-Chatrier arriver. Et puis là, en termes de programmation par rapport au toit du Lenglen, ça ouvre plus de perspectives. On sait que la météo n'est pas forcément toujours favorable. Donc, c'est important. Historiquement, on s'est parfois retrouvés un peu en difficulté en fin de cette semaine-là pour finir tous les matches. Ça peut nous aider.
Ensuite, pendant la quinzaine du tableau final, là, ça nous donne la possibilité, encore une fois, s'il y a de la pluie, de pouvoir proposer du tennis à 25 000 personnes, 15 000 ici sur le Chatrier, 10 000 là-bas, de façon certaine. Donc ça, c'était vraiment une priorité pour nous parce qu'on sait que notre stade n'est pas extensible. C'est le plus petit des quatre tournois du Grand Chelem. Et quand il pleut, ça amène des difficultés par rapport aux personnes qui sont dans le stade. Là, déjà, ça apportera ce confort. En termes de programmation, ça nous facilitera un tout petit peu la vie aussi. Si on arrive à avoir un peu de retard, on a un deuxième court couvert disponible quand il pleut. Et puis, en termes de programmation télé, on peut proposer deux matches plutôt qu'un à toutes les télés dans le monde entier, que ce soit en France ou à l'international. Ça donne quand même une sécurité, une sérénité par rapport à tous ces points-là. Ensuite, quand on finit la journée du samedi de la première semaine du tableau final, on sait que notre tournoi, il est fait, en tout cas pour les tableaux principaux.
C'est aussi une question de standing pour le tournoi. Il y a quand même un statut à défendre, c'est important. Tous les autres Grands Chelems avaient déjà deux toits...
A.M. : Absolument. On sait qu'on était un petit peu à la traîne de ce point de vue-là. Donc c'était aussi l'objectif de se dire : Il y a une fraternité, mais il y a aussi une concurrence avec les autres, que ce soient les Grands Chelems ou les autres tournois du circuit. Donc on a envie de rester à la page, de rester leader et de rester compétitifs de ce point de vue-là.
Il y a une chose qui ne change pas, c'est l'arbitrage, puisque vous avez fait le choix de garder les juges de lignes. Est-ce vraiment une solution à long terme ?
A.M. : C'est vrai que dès 2025, l'ATP a annoncé qu'ils allaient complètement enlever les juges de lignes sur toutes les surfaces. Moi, je crois en l'humain, je crois en la machine aussi évidemment, mais c'est vrai que je trouve que la terre battue, c'est particulier. Il y a une trace, il y a une interprétation de la trace. On a vu Rafa s'étonner à Rome d'une trace qui était quand même pas tout à fait ce que les écrans montraient sur la machine. Il y aura de toute façon une réflexion après l'édition 2024 de Roland-Garros.
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On voit quand même que le monde du tennis est en pleine évolution. On est en train de parler de révolutionner le calendrier. Il y a deux projets qui s'opposent : un projet Grand Chelem avec Craig Tiley, puis un projet saoudien avec l'ATP...
A.M. : Oui, ça évolue, ça se parle, surtout, ça communique. Donc je crois que c'était ça, la priorité, selon moi. Et puis, j'espère qu'il y aura un consensus autour d'une gouvernance un peu globale parce que c'est ce qui fait défaut depuis 30 ans ou plus. Donc, on va voir comment ça se passe. Mais je crois qu'il faut que tout le monde se pose calmement, parce que ce n'est pas toujours évident. Les intérêts ne sont pas forcément les mêmes, mais il faut faire preuve d'un petit peu d'intelligence.
Le grand sujet sportif est la venue de Rafael Nadal pour son dernier Roland-Garros. Comment vous le sentez ?
A.M. : En fait, moi, je prends un peu de recul par rapport à ça, dans le sens où c'est lui qui est en maîtrise de la chose. Et encore, ce n'est pas forcément lui complètement. Je sais qu'on le voit, c'est son corps qui va dicter cette décision. Donc, je suis un peu philosophe par rapport à tout ça. Bien sûr, on a envie de le voir ici. On a envie de le voir à Roland-Garros. Il est chez lui. Il le dit lui-même, c'est le tournoi le plus important de sa carrière. Rafa et Roland-Garros, leur histoire est intimement liée maintenant. Donc oui, on a envie de le revoir ici. Mais physiquement, je n'ai pas l'impression qu'il ait eu de souci sur les derniers tournois qu'il a pu jouer.
A priori, il devrait être là. Avez-vous réfléchi à une manière de lui rendre hommage ?
A.M. : Non non... (rires) Bien sûr qu'on a réfléchi. Ça fait longtemps qu'on réfléchit. Moi, j'aime bien faire les choses au feeling, à l'image de ceux qu'on remercie. Et je crois que, sans rien vous dévoiler, parce que je ne vais pas vous le dévoiler, mais ce qu'il faut garder en tête, c'est probablement que Rafa, c'est quelqu'un de simple, qui est beaucoup dans l'émotion, il est proche des gens, c'est un compétiteur hors normes. On va essayer d'avoir ces mots-là en tête pour réfléchir à ce qu'on va lui proposer.
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Est-ce que vous pouvez nous décrire la relation qu'il a, pas avec le tournoi, mais avec les gens du tournoi, avec vous, avec les gens dans le vestiaire. Il est comme chez lui ?
A.M. : Il est chez lui, il a une relation de proximité. En même temps, il se protège aussi parce que, quand il arrive ici à Roland-Garros, il a une concentration maximale et surtout, il a une pression maximale. Donc peut-être qu'il arrivera dans des conditions un petit peu différentes s'il vient cette année. Mais historiquement, il est toujours ouvert et proche des gens, mais il a aussi ses moments où il se protège et où il a besoin de se concentrer, tout simplement. Mais après, il est chez lui, il se sent très bien sur ce court Philippe-Chatrier, et on a envie de le voir une dernière fois.
Rafa doit beaucoup à Roland-Garros mais qu'est-ce que Roland-Garros doit à Rafa ?
A.M. : C'est très difficile de mettre des mots là-dessus, de savoir exactement ce qu'il en est. La légende entre les deux, je ne sais pas, je n'arrive pas à trouver le mot qui pourrait aller, mais c'est unique. Pour moi, c'est unique. Le tournoi a son histoire avec Rafa et ça restera à vie parce qu'a priori, personne n'arrivera à égaler ce qu'il a pu faire ici. Le mythe, il a fait grandir le tournoi aussi, bien sûr. Physiquement, mentalement, c'est une performance hallucinante. En 20 ans à peu près, même pas, 18 ans de Roland-Garros, gagner 14 fois, c'est irréel. Au meilleur des 5 sets, on est sur une surface qui est probablement la plus exigeante du circuit à l'année. Pour moi, c'est un des plus grands exploits dans le sport en général.
S'il y a un match que vous voulez ressortir, ou une édition qui vous a le plus marquée, ce serait lequel ou laquelle ?
A.M. : S'il y a un match, je ressortirai peut-être le match contre Paul Henri Mathieu, en 2006, qui a été le premier vrai gros combat, je pense, de Rafa à Roland-Garros. Il n'en a pas eu tant que ça. Il en a eu avec Novak, Söderling qui l'a battu aussi. Mais il n'en a pas eu tant que ça, des gros combats. Je crois que contre Isner, il fait 5 sets aussi en 2011. Mais pour moi, le premier où Paulo a réussi à le faire pas rompre, mais plier un petit peu, c'était celui qui m'a le plus marqué, probablement.
Vous souvenez-vous de la première fois que vous l'avez vu ?
A.M. : Je pense qu'on a tous en tête sa première victoire ici, parce que la première fois qu'il jouait Roland-Garros, il arrive, 19 ans et il s'envoie le tournoi. Donc c'est là qu’il annonce la couleur direct. Je le vois encore, les bras en croix, allongé sur ce Chatrier. Il l'a fait souvent après, mais ça, c'est : "J'annonce la couleur direct". A l'époque, c'était en 2005, on disait : "Ce gars-là, il ne gagnera jamais à Wimbledon". Sur dur, ça va être compliqué aussi, etc. Et la façon dont il a fait évoluer son jeu, c'est absolument remarquable. Et pour gagner autant ici, c'est qu'il a eu cette intelligence-là, que tout son staff a eu cette intelligence-là d'évoluer quand tu n'avances pas. Lui a toujours eu ça en tête, malgré le fait qu'il gagnait.
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Amélie Mauresmo regardant Rafael Nadal à l'entraînement à Roland-Garros

Crédit: Getty Images

C'est sans doute la dernière de Rafa, mais ce sera aussi sans doute la dernière d'Andy Murray. C'est quelque chose qui, forcément, va vous toucher particulièrement aussi...
A.M. : J'ai un attachement particulier à Andy. Je pense que lui aussi, il est capable de s'infliger des choses vraiment très dures avec beaucoup de douleur. Je l'ai vu souffrir aussi et ça fait déjà un moment parce que moi, j'ai arrêté de bosser avec lui en 2016. Donc, ça fait longtemps qu'il encaisse physiquement des choses qui ne sont pas forcément très agréables. Et je sais que sûrement, parfois, il a envie de continuer, parfois, il a envie d'arrêter. J'espère juste qu'il va trouver le bon moment pour lui, pour son corps, dans sa tête surtout, pour se dire : "OK, là, c'est le moment d'arrêter tranquillement". Si c'est son dernier, ce sera son dernier. Si ce n'est pas son dernier, on le reverra et tant mieux. Mais juste qu'il soit, lui, serein par rapport à tout ça.
Pas de Wild Card pour Dominic Thiem, pas de Wild Card pour Simona Halep. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce choix ?
A.M. : On a fait le choix des Français. Historiquement, pour le tournoi de Roland-Garros, ça a très souvent été le cas. Il y a eu quelques exceptions, mais globalement, on a fait le choix des Français et des Françaises, de la jeunesse aussi. À certains moments, je pense aux qualifications, notamment. Donc voilà, pour le cas de Dominic, évidemment, quand on se pose la question, évidemment que c'est très compliqué de lui dire : "Non, tu joueras en qualif". Mais voilà, on a décidé aussi d'aider des jeunes Français à la place. On peut en débattre très longtemps mais c'est ce qu'on a fait. Et puis, à un moment donné, il faut trancher. Donc on a tranché.
Pour Simona : si elle avait été blanchie dans son appel au tribunal du sport, peut-être qu'on aurait pris une décision différente. Aujourd'hui, elle n'a pas été blanchie. On a estimé qu'on préférait privilégier d'autres joueuses et des joueuses françaises, certaines jeunes, plutôt que Simona par rapport à tout ce qui s'était passé. Il y avait Caroline Wozniacki également qui avait fait une demande. Ce sont des choix très compliqués à faire. Ce sont les premiers choix, en s'appuyant sur la DTN, sur les propositions de la DTN, ce sont les premiers choix du tournoi avec Gilles, le président, que nous avons à faire, qui ne sont pas évidents. On sait qu'on fera des déçus et c'est toujours difficile. Ça me fait penser au choix de capitaine de l'équipe de France où, de toute façon, tu prends des décisions, tu avances avec, c'est comme ça et tu ne regardes pas derrière, mais forcément, il y a des déçus.
C'est sans doute le tournoi le plus ouvert depuis 20 ans. Du côté de l'organisation, c'est un aspect positif ?
A.M. : L'ouverture du tournoi, côté masculin en tout cas, on la reçoit comme elle l'arrive et ça va créer des surprises, très certainement. Est-ce qu'il y aura une surprise en toute fin de tournoi avec celui qui lèvera le trophée ? Peut-être, peut-être pas. Mais en tout cas, moi, je suis contente personnellement que ça se passe comme ça. Je trouve que de toute façon, on savait que ce moment-là allait arriver. C'est cette année que c'est le plus ouvert. Et puis finalement, soyons heureux de voir ce que le tournoi va nous proposer. Cette incertitude est jolie aussi. Pendant des années, on a entendu dire : "c'est Rafa qui va gagner". Les gens étaient presque blasés. Moi, je ne l'étais pas parce que je trouve cette performance incroyable. Mais voilà, maintenant, on s'ouvre sur d'autres choses peut-être.
Du côté féminin, Iga Swiatek fait figure de grande favorite, avec un quatrième titre dans le viseur. Est-ce qu'elle peut en viser 14 ?
A.M. : C'est la reine de la terre battue et de Roland-Garros sur les quatre dernières éditions. Elle a trois victoires. Donc clairement, son jeu s'exprime d'une façon incroyable et sur terre. Et surtout ici, sur ce court, ce grand court. Elle s'exprime vraiment bien. Mentalement, en tout cas l'année dernière, elle nous a montré qu'elle avait bien les clés, qu'elle avait maîtrisé ses nerfs pour vraiment bien contrôler son esprit et la pression qui allait avec la défense du titre, notamment. Donc oui, elle arrivera en favorite. Aryna Sabalenka, vainqueur à l'Open d'Australie, arrive aussi avec beaucoup de certitude. Rybakina, Coco Gauff.... On commence à avoir côté féminin un paysage un peu réduit sur les potentiels vainqueurs. On peut toujours avoir des surprises, mais en tout cas, sur la ligne de départ, on sait que ça tournera un peu autour de ces quatre joueuses-là.
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