Roland-Garros : Si beau, si froid... le court Philippe-Chatrier est-il un atout ou un handicap pour le tournoi ?

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Inauguré en grande pompe pour l'édition 2020 avec son toit rétractable, le nouveau court Philippe-Chatrier est un bijou architectural, et pourtant, il ne fait l'unanimité ni chez les joueurs ni chez les spectateurs. Couleur des gradins, placement et remplissage des loges, ambiance : il manque indéniablement de chaleur. Mais il répond aussi à des impératifs économiques.

Trop chauvins ou trop timides : les spectateurs français en font-ils trop ?

Video credit: Eurosport

"Quand les parties basses du stade ne sont pas très pleines, même si c'est plus rempli en haut, ça peut paraître un peu froid. J'ai vécu de super émotions sur ce court, mais aussi de grands moments de solitude." Ainsi décrivait Caroline Garcia sa relation "compliquée" avec le court Philippe-Chatrier mercredi après sa défaite au 2e tour de Roland-Garros face à Sofia Kenin. S'il s'agit d'une opinion par définition subjective, elle est loin d'être isolée.
La météo n'aide pas, certes, mais l'esthétique du nouveau Central, inauguré lors de l'édition 2020 du tournoi avec son toit rétractable composé d'ailes en référence au biplan de l'aviateur Roland Garros, ne contribue pas à réchauffer l'atmosphère. Constamment fermé à cause de la pluie ces derniers jours, avec ses marches et ses gradins couleur gris métallisé et blanc crème, il donne l'impression aux spectateurs et téléspectateurs qu'il y fait nuit toute la journée. Alors, pour ne pas risquer de s'assoupir hypnotisé par l'éclairage, il est préférable que l'atmosphère y soit électrique.

Gris metallisé et loges vides : la chaleur manque

Et c'est bien là où le bât blesse aussi. Comme son devancier et ses sièges verts, le nouveau Chatrier expose aux caméras de télévisions des loges souvent vides car réservées, pour la plupart, à la clientèle des partenaires du tournoi dont les préoccupations sont plus commerciales et relationnelles que sportives. À l'heure du déjeuner – malheureusement extensible –, la situation est particulièrement critique de ce point de vue.
Diane Parry l'a expérimenté jeudi lors de son 2e tour face à Elina Svitolina : le stade sonnait clairement creux pour commencer, avant de se remplir peu à peu, ce qui a coïncidé avec son meilleur passage dans le deuxième set. "Plus le court est grand, plus il est dur à remplir. J'ai toujours préféré jouer sur un plus petit court qui soit rempli et qu'on sente que les gens soient proches de nous. Mais le Central est magnifique. C'est une vraie réussite avec le toit. L'éclairage ne me dérange pas trop, ça m'a plus dérangée sur le Lenglen (équipé aussi d'un toit cette année, NLR)", a-t-elle témoigné en conférence de presse.
Avant de préciser : "À chaque fois que j'ai joué dessus, j'ai eu de la chance pour ainsi dire qu'il pleuve, donc les gens n'avaient pas d'autre choix que de venir un petit peu sur le court pour voir du tennis. C'est vrai qu'à la fin du match contre Svitolina, il commençait à bien se remplir, donc ça me faisait plaisir de pouvoir jouer devant autant de monde." Naomi Osaka et Iga Swiatek, pourtant engagées mercredi dans une sublime bataille sous le toit et en fin d'après-midi qui plus est, ne peuvent malheureusement pas en dire autant.
C'est beau de jouer dessus le soir
Reste qu'il arrive au Chatrier d'être plein comme un œuf. Ce fut le cas lors du 1er tour événement entre Rafael Nadal et Alexander Zverev, le moment d'histoire le justifiant évidemment. Et les Français en ont aussi profité… sous les projecteurs. Plus attaché au Suzanne-Lenglen pour des raisons personnelles et liées à son jeu – proximité des spectateurs et court plus rapide –, Richard Gasquet n'a toutefois pas boudé son plaisir lors de sa "night session" face à Jannik Sinner mercredi.
"Il y avait de belles émotions, il y avait du monde. C'est beau de jouer le soir. C'était la première fois que je voyais le court le soir, a-t-il noté. Les deux courts (Lenglen et Chatrier) sont quand même magnifiques. C'est vrai qu'en France, il y a une belle ambiance quand tu joues. C'est très agréable d'avoir les gens derrière." Comme lui, Gaël Monfils a particulièrement apprécié l'ambiance lors de son 1er tour victorieux face à Thiago Seyboth Wild. Une Marseillaise s'est déclenchée pour lui faire honneur avant qu'il ne prenne la parole au micro d'Alex Corretja.

En contradiction avec l'ADN du tournoi

Mais La Monf' est un showman né et il ne demandait qu'à jouer dans ces conditions, il en a d'ailleurs remercié Amélie Mauresmo, la directrice du tournoi. Qui mieux que lui sait emmener un public, une foule dans son sillage ? Adoré par les Américains, il le leur a rendu à de multiples reprises dans des nocturnes endiablées à Flushing Meadows. C'est peut-être aussi pour ces fameuses "night sessions", qui répondent à des impératifs économiques incontournables avec l'adoption d'une double billetterie, que ce nouveau Chatrier a été conçu.
Son esthétique, qui rappelle celle de la Caja Magica madrilène, correspond davantage à la nuit et il est plus susceptible d'afficher complet à cette heure-ci. Mais entre la tradition d'un tournoi du Grand Chelem en plein air et en journée et cette nouvelle orientation plus ou moins assumée – il n'y a qu'un match disputé en night session par jour –, la contradiction saute aux yeux, à l'image de ce Chatrier si clivant. Correspond-il franchement à l'ADN de Roland-Garros ? Peut-être pas. Sauf si le changement d'identité en cours s'accentue à l'avenir.
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