Patrick Mouratoglou sur Moïse Kouame : "Il est dans les clous pour être un grand champion"

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Sensation de ce début de Roland-Garros, Moïse Kouamé a surpris le grand public en se hissant au 3e tour, où il défiera Alejandro Tabilo samedi. Comme beaucoup d'autres avant lui, le jeune Français a fréquenté Mouratoglou Tennis Academy de Patrick Mouratoglou. Ce dernier se penche sur le cas de la nouvelle coqueluche nationale et sur les pièges à éviter à l'avenir. Entretien.

"La vie de Kouame va changer, il est entré dans le foyer des Français"

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Est-ce que vous vous souvenez du premier jour où vous avez vu Moïse Kouame ? Est-ce qu'il y a eu une sorte de révélation mystique ? 
Patrick Mouratoglou : Une révélation mystique, honnêtement, non (rires). Mais quand je l'ai vu jouer à l'académie pour la première fois, j'ai trouvé que c'était un très très beau joueur, très complet, avec une très belle frappe de balle, avec des belles capacités athlétiques aussi. Donc il y avait quand même beaucoup de choses qui étaient réunies. L'aspect mental, je n'étais pas en mesure de le dire après l'avoir vu s'entraîner, mais petit à petit, j'ai vu que c'était un joueur qui était très ambitieux. Il a clairement un énorme potentiel. Et ce qu'il est en train de réaliser, depuis qu'il est aidé dans les tableaux avec des wild cards, c'est fort. Je trouve qu'il gère très bien la pression. Il y a déjà beaucoup d'attente sur ses épaules parce que le vivier français n'est pas très important. Les yeux étaient beaucoup rivés sur Arthur Fils. Désormais, c'était lui qui représente tout l'avenir du tennis français avec Arthur.
Qu'avez-vous pensé de son match de jeudi ?
P.M. : Malgré la pression à Roland-Garros, il gagne sur le fil. Je trouve que la manière dont il a géré le super tie-break était assez impressionnante. Parce qu'il a mené 5-0, puis 6-1. Il s'est fait remonter à 6-6, puis mené 7-6. Je trouve qu'il a bien géré ce moment-là où il s'est vu gagner, puis où il s'est vu potentiellement perdre. Au moment où il s'est vu perdre, il y a eu une magnifique réaction et des derniers points ultra-solides. Je trouve qu'il montre des belles qualités mentales aussi. Il y a la précocité, pas de points faibles, donc un jeu très complet, les qualités athlétiques, un beau mental. On peut imaginer un bel avenir pour lui.
Est-ce que l'ultra-précocité, et tout ce qu'elle peut générer en France, est un piège pour lui ?
P.M. : Il n'y a pas de discussion à avoir sur son potentiel. Son potentiel est là, sans aucun doute. Mais, entre le potentiel et la réalisation totale de ce potentiel... C'est là qu'il peut y avoir des dangers. L'un des dangers, c'est la surexposition, c'est l'immense pression qu'il va ressentir parce que plus il va faire des résultats, plus les gens vont avoir des attentes. Il faut lui laisser le temps de se développer, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il gagne tout du jour au lendemain parce que ce ne sera probablement pas le cas. Je serais surpris que ce soit le cas. Il est encore très jeune et même s'il fait des choses remarquables, il y a quand même encore beaucoup de marge entre lui et les tout meilleurs mondiaux. 
Est-ce qu'il fait partie des meilleurs talents que vous avez pu avoir à l'académie ?
P.M. : Oui, il fait partie des meilleurs talents, très clairement. Ce qu'il fait à 17 ans, ce n'est quand même pas commun. Il aurait 19 ans et il ferait les mêmes choses, on se dirait 'Waouh, c'est fort'. Il en a 17 donc on peut dire que c'est très, très fort. Il faut insister sur la précocité : c'est quand même un élément qu'on doit prendre en compte, qui est essentiel. L'immense majorité des grands champions ont été très précoces. Certains ont mis plus de temps à confirmer, mais ils ont tous montré une énorme précocité. Il est dans les clous.
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Moïse Kouamé

Crédit: Getty Images

Au début de leur ascension, Nadal, Djokovic ou Federer sont restés de nombreuses années avec leurs mentors. Moïse Kouamé a fait des choix différents jusqu'à présent. Est-ce un souci ?
P.M. : Pour le moment, ça lui réussit. Donc on ne peut pas critiquer quelque chose qui fonctionne. Mais, de manière générale, il n'y a pas de champion sans un entourage stable. C'est valable pour tous les grands champions. Ça ne veut pas dire qu'ils restent toute leur carrière avec le même coach, mais ils ont eu des périodes longues où ils ont eu plein de choses à développer. En fait, il doit y avoir un projet de jeu. Moïse doit se donner le temps de le mettre en route. Et ça prend un certain nombre d'années. Donc c'est important d'avoir de la stabilité. Si j'étais son conseiller, ça fait partie des choses que je lui conseillerais.
Justement, si vous étiez à ses côtés, quel style de jeu vous lui préconiseriez ? Développer une ou deux armes létales ou, à l'inverse, continuer à être le plus complet possible ?
P.M. : Je ne dirais pas qu'il a intérêt à chercher à être le plus complet possible. Il est déjà complet. Il n'a pas de points faibles. Il est solide partout. À mon sens, il doit développer des armes extrêmement fortes. Je pense qu'il a toutes les qualités pour développer un jeu offensif. Il sert bien. Il a un très gros coup droit. Il est super solide en revers. Il varie bien les zones en revers, d'ailleurs. On l'a vu, il a essayé de distiller des amorties, ce qui fait partie de la panoplie du joueur offensif. Je pense qu'il est sur la bonne route réellement. Je ne vois pas de changement qu'il faudrait faire. Je pense qu'il est conscient de ses armes. Et on devient un champion avec des armes fortes.
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"Avec l'élimination de Sinner, Djokovic va être comme un lion"

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Vous fêtez les 30 ans de votre académie cette année. Est-ce que Moïse est amené à faire partie des joueurs symboles de celle-ci ?
P.M. : Je pense que dans la dernière génération de joueurs qui sont sortis de l'académie et de ma fondation, il y a trois joueurs qui ressortent. C'est Coco Gauff, Stefanos Tsitsipas et Holger Rune. Ils ne sont pas de la même génération parce qu'ils sont arrivés en même temps plus ou moins mais Stefanos avait déjà 16 ans, Coco n'avait que 10 ans, Holger avait 13 ans. Mais ils sont sortis à peu près en même temps avec des très bons résultats, puisque les trois ont été dans le top 5 mondial. Coco a gagné deux Grands Chelem, Stefanos a fait deux finales. Holger a fait moins bien pour le moment, mais il a gagné quand même Paris-Bercy en battant Alcaraz en demi et Novak en finale. Il a fait d'autres finales de Masters 1000, à Monte Carlo, à Rome. Il a fait quand même des très, très gros résultats, il a encore un immense potentiel. 
Vous arrivez à garder contact avec eux ?
P.M. : Oui, bien sûr. On reste en contact avec eux et puis ils sont généreux parce qu'ils se souviennent d'où ils viennent, ils se souviennent de l'aide qu'ils ont eue. Coco revient régulièrement, Stefanos et Holger aussi. Stefanos a fait un truc fabuleux : au-delà de sa présence au gala de la fondation, il a fait une donation à l'académie pour les jeunes actuels, pour qu'ils puissent réussir dans le tennis. Il a donné de son argent. Ça peut paraître évident, mais je peux vous dire qu'ils ne sont pas nombreux à l'avoir fait. Ils sont tous les trois très reconnaissants, c'est super agréable parce que le tennis est un sport où la reconnaissance n'est pas toujours au rendez-vous.
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Patrick Mouratoglou

Crédit: Getty Images


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