Tennis - Dopage - Un accord qui fait jaser : "J’espère que tout le monde pourra se défendre comme Sinner"

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A l'image de Daniil Medvedev, les acteurs du tennis ont été nombreux à être interrogés sur la suspension de trois mois de Jannik Sinner suite à un accord avec l'AMA. Et si certains ne comprennent pas et que d'autres ont joué la langue de bois à l'instar de Carlos Alcaraz, ils ont été nombreux à confier leur manque de confiance dans le système de lutte antidopage dans le tennis.

Jannik Sinner

Crédit: Getty Images

L'accord fait des vagues. Et risque de laisser une trace indélébile dans le monde de la petite balle jaune. L'Agence mondiale antidopage (AMA) a annoncé samedi s'être mis d'accord avec Jannik Sinner sur une suspension de trois mois après un contrôle positif à une substance interdite. Et depuis si Nick Kyrgios a vite déploré ce "triste jour pour le tennis", les réactions ont été nombreuses. Pas toutes dans le même sens, bien sûr. Mais avec une tendance nette : la confiance envolée dans le système de lutte antidopage en vigueur dans le tennis.
Il y a bien eu quelques voix à s'élever pour apporter leur soutien à Jannik Sinner. "Je suis avec lui. Je pense que c'est un bon gars", a expliqué Casper Ruud, rejoint par Richard Gasquet : "Jannik est un type formidable, il a une grande personnalité et il est très gentil sur le court, il va bientôt revenir, c'est la chose la plus importante". Et certains ont aussi préféré taper en touche sur ce sujet délicat, à l'image de Carlos Alcaraz, le grand rival de l'Italien. "Son absence ne change rien, je suis concentré sur mes objectifs", s'est contenté de glisser l'Espagnol à Sport.

Bonzi : "Si ça m'était arrivé, j'aurais déjà pris deux ans et on n'en parlerait plus"

Contrairement à Alcaraz, tous n'ont cependant pas joué la carte de la langue de bois. Souvent plus mesurés que Nick Kyrgios, ils ont été légion à ne pas cacher leur incompréhension sur le traitement de ce dossier par les instances. "Je trouve ça assez bizarre. On parle d'accord trouvé, de négociations... Je ne comprends pas qu'il y ait des négos sur la durée de la suspension ou les règlements, s'est ainsi étonné Benjamin Bonzi dans L'Equipe. Je suis assez certain du fait que si ça m'était arrivé, j'aurais déjà pris deux ans et on n'en parlerait plus. Ce sont des sujets délicats, mais j'ai l'impression que le traitement est un peu à part..."
Alors que l'AMA avait d'abord réclamé "un à deux ans" de suspension, l'impression qu'un traitement de faveur a été accordé au numéro 1 mondial règne chez beaucoup de membres du circuit. Surtout que cette affaire fait suite à la suspension en fin de saison dernière d'Iga Swiatek. La Polonaise n'avait été écartée du circuit pendant un mois, ce qui avait déjà interloqué et provoqué notamment la colère de Simona Halep alors que cette dernière avait elle été suspendue initialement pour quatre ans par l'ITIA après un contrôle positif lors de l'US Open 2022. "Malheureusement, il n'y avait pas de meilleure solution qu'une suspension pleine et entière d'un ou deux ans, peu importe. Mais définitivement pas trois ou six mois. Ce que vient de faire l'AMA envoie un très mauvais signal à tout le monde", a lancé ce weekend Ievgueni Kafelnikov, l'ancien numéro 1 mondial, dans le quotidien sportif français.
 

Pegula : "Aucun joueur ne fait confiance aux procédures en ce moment"

Plus prudents sur le dossier à l’heure d’en parler devant les micros, certains pointent aussi du doigt l'absence de cohérence du système de lutte antidopage. "On a l'impression qu'ils prennent en considération les décisions et les facteurs qu'ils veulent pour fabriquer leur propre règlement. Je ne vois pas comment ça peut être équitable pour les joueurs quand il y a aussi peu de cohérence, a par exemple regretté Jessica Pegula, soulignant que les autorités antidopage avaient "le pouvoir de ruiner la carrière de quelqu'un". "Je pense qu'aucun joueur ne fait confiance aux procédures en ce moment. C'est terrible pour le sport", a encore estimé l’Américaine.
Et si Pegula juge la procédure "complètement défaillante" et estime qu'il faut "sérieusement l'examiner", Aryna Sabalenka a tracé le même sillon. La numéro 1 mondiale n’a pas caché son manque de sérénité depuis quelques semaines. "C'est présent dans la tête, tu te dis que si quelqu'un te met de la crème et que tu es testée positive, ils ne vont pas te croire. On se méfie beaucoup du système. Je ne vois pas comment on peut lui faire confiance", a déploré la Biélorusse.
Le flou artistique qui s'impose en matière de dopage dans le tennis inquiète. Et si certains espèrent des changements, Daniil Medvedev a utilisé son sens de la formule habituel pour donner son avis. Pour lui, cet accord doit faire jurisprudence. "J’espère qu’à partir de maintenant, tout le monde pourra discuter avec l’AMA et se défendre comme Jannik Sinner. Si l’AMA te dit, ‘voilà, on a trouvé ça, c’est 2 ans de suspension’, toi tu réponds : ‘Bah non, je veux 1 mois’, a glissé avec humour le Russe à Marseille dans son style propre. J’espère que ça va créer un précédent et que les joueurs pourront mieux se défendre. Sinon, ce serait bizarre. (…) C’est un mauvais signal si Sinner est le seul à pouvoir faire ça mais c’est un très bon signal si après ça, tout le monde pourra faire la même chose." Alors oui l'accord de Sinner risque de faire jaser encore longtemps. Et de laisser des traces.
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