Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

50. Mark Philippoussis - Joachim Johansson

Edition : 1998
Quart de finale
Vainqueur : Mark Philippoussis (Australie)
Adversaire : Thomas Johansson (Suède)
Score : 4-6, 6-3, 6-7(3), 6-3, 7-6(10)

Annoncé comme le prototype du joueur du XXIe siècle à son arrivée sur le circuit, Mark Philippoussis tarde un peu à confirmer. Mais il n'a encore que 21 ans quand il franchit un cap à l'été 1998. D'abord en atteignant les quarts de finale à Wimbledon. Une première pour lui en Grand Chelem. Il cale face au maître des lieux, Pete Sampras. Deux mois plus tard, nouveau quart majeur, à l'US Open cette fois. Face à lui, une proie a priori plus accessible, le Suédois Thomas Johansson.

Cette opportunité, Philippoussis ne va pas la gâcher. Mais le jeune Australien va en baver. Trois heures et demie d'un combat parfois erratique tennistiquement mais très prenant. Contraint de courir après le score (il perd le premier set puis se retrouve mené deux manches à une), Philippoussis fait preuve d'une grande maîtrise de ses nerfs, ce qui lui fera dire après la rencontre : "C'est un match qui va compter dans ma vie, il va me faire grandir et comprendre certaines choses."

C'est qu'il revient de loin, le grand Mark. Dans un tie-break décisif bourré d'adrénaline et de stress, Thomas Johansson a bénéficié de trois balles de match, à 6-5, 7-6 et 9-8. La première sur son service. Là, Philippoussis a pris son courage à deux mains pour décocher un grand parpaing de coup droit en retour. Sur les deux suivantes, deux coups de marteau au service. Mais Johansson est à saluer également. Lui aussi sauve deux balles de match, sur deux passings de coup droit tout sauf évidents à tirer, surtout dans ce contexte.

Finalement, la troisième est la bonne pour Philippoussis. 12 points à 10 dans un tie-break du 5e set, ce n'est pas commun. A chaud, Johansson a du mal à digérer… et à compter, oubliant dans son malheur une de ses occasions manquées : "Avoir deux balles de match pour atteindre les demi-finales d'un Grand Chelem, ça ne m'arrivera pas souvent". Pourtant, alors que le colosse de Melbourne ne gagnera jamais de Majeur malgré deux finales, perdues face à Patrick Rafter dans cet US Open 1998 et à Wimbledon en 2003 contre Roger Federer, Thomas Johansson, lui, intègrera la galaxie des champions en Grand Chelem. Ce sera en Australie. A Melbourne. Chez Mark Philippoussis.

49. Stefan Edberg - Richard Krajicek

Edition : 1992
Huitième de finale
Vainqueur : Stefan Edberg (Suède)
Adversaire : Richard Krajicek (Pays-Bas)
Score : 6-4, 6-7(6), 6-3, 3-6, 6-4

La route du second triomphe – consécutif - de Stefan Edberg à l'US Open, en 1992, est clairement à diviser en deux parties. En première semaine, c'est une autoroute. Le Suédois ne perd pas un set et survole aisément ses trois premiers adversaires. En deuxième semaine, c'est une jungle chargée d'embûches au sein de laquelle le (par ailleurs) double vainqueur de Wimbledon frôle mille fois l'accident fatal.

Un parcours véritablement homérique, et l'on pèse nos mots, qui voit Edberg enchaîner trois victoires consécutives en cinq sets après avoir été breaké au 5e, du jamais vu ! Avant Lendl et Chang (nous y reviendrons...), le Scandinave passe un premier crash-test face à un golgoth de 20 ans qui s'est révélé lors de cette année 1992 en atteignant les demi-finales à l'Open d'Australie : Richard Krajicek.

Le match, joué sur le stadium Louis-Armstrong (central de l'époque), est branché sur courant alternatif, au gré des errements de Stefan, qui a un mal fou sur ses jeux de service et se fait donc breaker au 5e set pour être mené 3-1. "Là, je me suis souvenu que j'avais aussi été mené 3-1 au 5e set par Becker en finale de Wimbledon en 90, et que j'avais gagné quand même. Ce sont des choses comme ça qui vous permettent de croire en vous", racontera après coup le placide Suédois.

Ce dernier a besoin d'un bon coup de pouce, néanmoins, pour débreaker, sous la forme d'un retour de revers boisé qui lobe le géant batave pour retomber à l'intérieur des limites. Encore mené 15-40 à 4-4 après une horrible double faute, Edberg s'en sort finalement en 4h19 avec la réussite maximale des grands joueurs. Sa joie trahit alors son immense soulagement. Peut-il seulement imaginer que le plus dur arrive ?

48. Fabio Fognini - Rafael Nadal

Edition : 2015
3e tour
Vainqueur : Fabio Fognini (Italie)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 3-6, 4-6, 6-4, 6-3, 6-4

Le calice jusqu’à la lie. Si Rafael Nadal devait effacer une saison de ses quinze dernières années sur le circuit, ce serait sans doute l’exercice 2015. Quoique. Le "Taureau de Manacor", combattant ultime et dur au mal, aime peut-être à se remémorer les moments difficiles de temps en temps pour mesurer le chemin parcouru.

Toujours est-il qu’après avoir subi la deuxième défaite de sa carrière à Roland-Garros (en quart de finale contre Novak Djokovic) puis être tombé sous les coups du 102e joueur mondial à Wimbledon (Dustin Brown au 2e tour), il pensait certainement avoir rempli son quota de coups durs. Il se trompait. Après deux premiers tours bien menés, Nadal s’apprêtait à connaître une désillusion historique… à son échelle.

Jamais dans sa carrière, il n’avait perdu un match en Grand Chelem une fois les deux premiers sets en poche. Et pour mettre fin à cette série fantastique de 151 matches, c’est le très imprévisible et non moins talentueux Fabio Fognini qui s’est dévoué. Pourtant, l’Italien à la dégaine indolente a longtemps semblé accepter son sort : mené 6-3, 6-4, 3-1, il se dirigeait vers une défaite attendue. Mais soudain, avançant dans le court, il a pris les choses en main pour ne plus les lâcher. Avec un timing exceptionnel et une facilité déconcertante, il s'est mis à frapper des coups gagnants à la pelle, 70 en tout.

Mais si ce soir-là sur le court Arthur-Ashe, le fantasque Italien, capable aussi des erreurs les plus grossières, a tenu sa ligne directrice jusqu’au bout, c’est que quelques mois plus tôt, il avait remporté coup sur coup ses deux premiers succès (après quatre revers) sur Nadal à Rio puis Barcelone. De là à répéter la performance sur dur – surface sur laquelle il n’avait jamais battu un top 10 alors – et au meilleur des cinq sets, il y a un monde. Mais Fognini n’y a visiblement pas trop pensé. Pourtant, il aurait pu se frustrer quand, dans un dernier acte complètement fou, le Transalpin a vu le Majorquin le débreaker trois fois consécutivement.

Sa réponse fut au contraire magistrale : quatre coups gagnants pour réaliser blanc le 7e break consécutif du 5e set, cette fois décisif. "Contre lui, il faut prendre des risques. C’est la seule chose à faire. Il est probable que je fasse beaucoup de fautes directes, mais ça n’a pas d’importance. Pour avoir une chance, il faut jouer comme ça contre un super joueur qui court autant en fond de court", jugera Fognini, vainqueur sous les coups à 1h30 du matin passée. Pour la première fois depuis 2004, Nadal finissait de son côté une saison sans titre en Grand Chelem, et même sans atteindre le dernier carré. La mauvaise passe se prolongera encore un an, jusqu’à un retour au premier plan à Melbourne en 2017.

47. Ivan Lendl - John McEnroe

Edition : 1985
Finale
Vainqueur : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Adversaire : John McEnroe (Etats-Unis)
Score : 7-6(1), 6-3, 6-4

Rarement un match aura à ce point marqué une césure dans l'histoire d'un tournoi du Grand Chelem et, plus encore, au sommet du tennis mondial. Ivan Lendl avait déjà ouvert son palmarès majeur à Roland-Garros au printemps 1984 en battant en finale John McEnroe. Match épique, inoubliable même (nous l'avons désigné match le plus marquant de l'ère Open à Paris en juin dernier), mais qui n'avait pas pour autant bouleversé durablement la hiérarchie. McEnroe avait repris sa marche en avant. Le numéro un mondial, c'est toujours lui quand débute cet US Open 1985. Mais sa (lourde) défaite en quarts de finale de Wimbledon face à Kevin Curren a ouvert une brèche. Un peu plus que cela, même.

Deux mois plus tard, Big Mac retrouve Lendl en finale à Flushing. L'Américain joue pour un 5e titre à New York. Mais en cas de défaite, il cèdera son trône au classement ATP au profit du Tchécoslovaque. Pendant une grosse demi-heure, tout va bien pour McEnroe. Il breake d'entrée, mène 3-0 puis 5-2. Dans ce 8e jeu, il obtient une balle de set sur le service adverse. Une montée en chaussons, un passing de coup droit pour se faire percer et la chance du tenant du titre vient de passer. Elle ne reviendra pas. Lendl va sauver sa mise en jeu, débreaker, survoler le tie-break puis les deux manches suivantes.

Balayé en trois sets sur son territoire, McEnroe est au bout du rouleau. Il prendra six mois de repos pour démarrer 1986, mais le fil est définitivement cassé. On ne le reverra plus jamais dans une finale de Grand Chelem. A l'inverse, ce match marque le début du véritable règne d'Ivan Lendl, à New York (il signera un triplé qui restera inédit jusqu'aux cinq à la suite de Federer au siècle suivant) et dans l'absolu puisqu'il restera numéro un mondial pendant très exactement trois ans.

Installé depuis trois ans dans le Connecticut, c'est aussi le tournoi qu'il rêvait de gagner. "Le plus grand tournoi du monde pour moi, dit-il après son triomphe. C'est mon pays, désormais, j'adore habiter ici et je rêvais de m'imposer à l'US Open. Je ne peux même pas décrire avec des mots à quel point je suis heureux." Il lui faudra encore du temps pour se faire accepter, sinon aimer, du public américain. Mais ce jour-là, en étrillant McEnroe, en délestant sa miraculeuse victoire de Roland-Garros de l'étiquette du coup de chance, il avait gagné le respect.

46. Jimmy Connors - Paul Haarhuis

Edition : 1991
Quart de finale
Vainqueur : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Adversaire : Paul Haarhuis (Pays-Bas)
Score : 4-6, 7-6, 6-4, 6-2

Venant deux jours après le mythique duel face à Aaron Krickstein le jour même de son 39e anniversaire (oui, oui, nous en reparlerons), ce quart de finale contre Paul Haarhuis n'a pas conservé la même place dans la légende connorsienne de cet US Open 1991. A juste titre. Mais il demeure tout de même un sacré morceau de bravoure. Parce que, comme souvent, Connors va attendre d'être dos au mur pour injecter à ce match une dose d'adrénaline salvatrice qu'il savait mieux que personne utiliser.

Jimbo, sans doute un peu rouillé par le combat contre Krickstein en huitièmes, aligne les fautes directes, perd le premier set puis se retrouve avec un break de retard dans la manche suivante. Quand Haarhuis sert pour mener deux sets zéro à 6-4, 5-4, Flushing titre la tronche. Cette épopée ne va quand même pas s'arrêter là, dans cette night session, face à un joueur certes coriace mais sans l'étoffe d'un bourreau. Evidemment, l'histoire ne pouvait s'achever de la sorte. Alors, en une poignée de secondes, Connors va faire basculer ce quart de finale et mettre le public du Louis-Armstrong dans un état de transe sans doute jamais vu. Ni à New York ni ailleurs.

5-4, donc. Haarhuis mène 30-15. Tout va bien. Puis l'ouragan va se déchaîner. Il sera d'autant plus dévastateur que personne ne l'a vu venir. Après une faute en revers du Néerlandais, Connors décoche un retour long de ligne parfait pour s'octroyer une balle de débreak. Jimbo brandit le poing. La foule s'excite. Vient ensuite ce qui demeure probablement un des plus extraordinaires et un des plus célèbres points de l'histoire de l'US Open. Le point du siècle.

30-40. Bonne première balle de Paul Haarhuis. Il monte. Connors ne peut qu'effectuer un lob de défense. Trois autres vont suivre. Quatre smashes du Batave sans pouvoir conclure. Puis un passing de coup droit, suivi d'un autre en revers, long de ligne, pour achever la bête. C'est du pur délire. Mille avions auraient pu décoller simultanément de La Guardia qu'ils n'auraient eu que l'effet d'un murmure devant cette explosion sonore. Il n'y avait vraiment que Connors pour mettre un public dans un tel état. Ou quand une personne en fait lever 20.000.

A 6-4, 5-5, il n'y a en théorie pas encore le feu pour Haarhuis. Dans la pratique, chacun a compris que le match était terminé. Connors l'emporte en quatre sets, mais de ce match, reste d'abord ce point hors du temps et ce lien unique tissé avec un public. Son public.

45. Andre Agassi - James Blake

Edition : 2005
Quart de finale
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Adversaire : James Blake (Etats-Unis)
Score : 3-6, 3-6, 6-3, 6-3, 7-6(6)

Quinze ans après Jimmy Connors et son incroyable épopée à 39 ans, un autre papy US fait de la résistance. Avec 35 printemps, Andre Agassi n’a plus rien d’un "Kid de Las Vegas" comme on l’a longtemps surnommé, mais le vieux dragon a conservé tout son feu intérieur. Surtout quand Flushing Meadows pointe le bout de son nez. En déclin progressif, le désormais 7e joueur mondial a ainsi retrouvé de l’allant en cet été américain 2005. Finaliste à Montréal, il a remporté dans la foulée son premier (et seul) titre de l’année à Los Angeles et débarque donc à New York au top de sa forme.

Mais en ce soir de quart de finale, un obstacle de taille se dresse face à lui : James Blake, son compatriote et cadet de dix ans. Revenu de l’enfer et d’une fracture des vertèbres cervicales l’année précédente, le natif de Yonkers dans l’Etat de New York marche sur l’eau. Il sort d’un sacre à New Haven, son premier sur le circuit depuis trois ans, et reste sur 10 victoires dont une contre la tête de série numéro 2 du tournoi, Rafael Nadal, au 3e tour. Rien que ça.

Comme conscient qu’une seconde chance lui a été offerte, Blake joue sans arrière-pensée et Agassi, pourtant pas hors-sujet, ne peut que constater les dégâts. Il ne peut rien faire pendant deux sets et demi. "Sur un 100 mètres, je le mets devant tout le monde sur le circuit. Il est si explosif", constatera d’ailleurs l’ex-numéro 1 mondial après la partie. Mais alors que la ligne d’arrivée se profile, la fusée retombe quelque peu sur terre, et une panne de propulseurs, c’est-à-dire de 1ères balles (52 % dans la 3e manche, puis 41 % dans la 4e) donne la possibilité à son aîné de remettre les compteurs à zéro.

Vainqueur de Xavier Malisse déjà au bout des cinq sets au tour précédent, Agassi tiendra-t-il la distance ? On en doute sérieusement lorsque Blake reprend ses esprits, fait le break et sert pour le match à 5-4. Mais le vieux dragon a réservé ses meilleures flammes pour la fin : deux retours gagnants lui permettent de débreaker. Puis, au terme d’un tie-break à suspense, il conclut en beauté d’un coup droit gagnant le long de la ligne sous les coups de… 1h15 du matin. "Je n’aurais pas pu prendre plus de plaisir à perdre", lui glisse Blake au filet lors de la poignée de main. Agassi, lui, n’avait pas fini son épopée : une troisième victoire homérique d’affilée l’attendait en demi-finale.

44. Novak Djokovic - Radek Stepanek

Edition : 2007
2e tour
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Radel Stepanek (République tchèque)
Score : 6-7 (4), 7-6 (5), 5-7, 7-5, 7-6 (2)

Il n'était pas encore le Djoker. Il n'avait pas encore gagné le moindre titre du Grand Chelem ni même disputé la moindre finale. Son baptême du feu dans ce domaine serait pour dans quelques jours. Mais en cette fin d'été 2007, Novak Djokovic, 20 ans, pointe déjà au 3e rang mondial, à distance raisonnable des deux monstres que sont Roger Federer et Rafael Nadal. Au 2e tour, face à Radek Stepanek, il livre ce qui reste aujourd'hui encore un de ses matches les plus cultes à Flushing Meadows.

Une formidable bataille. Du tennis sensationnel. 63 jeux. Cinq sets. Un marathon de quatre heures et quarante-quatre minutes. Et pour finir en beauté, un tie-break décisif au 5e set. Il y en a pour tous les goûts dans ce match. Des rallyes un peu dingues (104 échanges dépassent les huit frappes de balle). Du tennis offensif, aussi, côté Stepanek. Le Tchèque, comprenant que son salut ne passerait pas par la ligne de fond, n'hésite pas à accourir au filet derrière sa première balle ou sur les secondes de Djokovic.

Aucun des deux joueurs ne cède son service dans les deux premières manches et partagent les tie-breaks. Stepanek mène ensuite deux sets à un quand Djokovic commence à souffrir de crampes aux jambes et en bas du dos. Par quatre fois, il va se faire masser. Le reste se fait à l'énergie, au courage, à la grinta. Le jeune Serbe arrache le 4e set. A 2-2 dans le 5e, il gagne le point du match, conclu à la volée, avant d'entamer une petite danse qui excite encore un peu plus le public du Arthur-Ashe. "Il pourra se reconvertir dans la danse sans problème après sa carrière !", s'amuse son coach, Marian Vajda.

Novak Djokovic finit par s'imposer en remportant le tie-break 7 points à 2. Même la balle de match est formidable, avec un passing gagnant de revers joué en demi-volée. L'accolade qui suit vaut le détour aussi. Stepanek a franchi le filet pour venir à la rencontre de son bourreau. Les deux manquent de tomber à la renverse sous l'étreinte.

"On ne joue pas souvent des matches comme ça, avoue Stepanek. Même battu, j'ai pris beaucoup de plaisir. Le tie-break du 5e, c'est la loterie et je n'avais pas le bon ticket." "C'était inoubliable, j'espère que vous avez apprécié", lance quant à lui le Serbe au public avant de sortir du court. A priori, oui. Ne pas apprécier ça, c'est ne pas aimer le tennis.

43. Roger Federer - Lleyton Hewitt

Edition : 2004
Finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Lleyton Hewitt (Australie)
Score : 6-0, 7-6(3), 6-0

C’est peut-être ce jour-là que Roger Federer a créé "le monstre" dont il parlera un peu plus de trois ans plus tard. Ce dimanche 12 septembre 2004, le Suisse a accompli ce qu’aucun joueur depuis Mats Wilander seize ans plus tôt n’avait réussi à faire : s’adjuger trois des quatre Majeurs de l’année, c’est-à-dire réaliser le Petit Chelem. Et il l’a fait avec la manière, infligeant deux "bagels" (6-0) comme disent les Américains, à son malheureux adversaire, Lleyton Hewitt. Une première pour une finale des Internationaux des Etats-Unis dans l’ère Open, et même depuis 1884 à en croire les livres d’histoire.

Pourtant, l’Australien n’est pas du genre à laisser filer ne serait-ce qu’un point. On ne peut douter de sa réputation de guerrier et de son fighting spirit sur le circuit, et Federer en avait fait l’amère expérience, cédant à 7 reprises lors de leurs 9 premières confrontations, avant cette prolifique année 2004 pour lui. Car dès janvier, il avait inversé la tendance en battant Hewitt en quart de finale de l’Open d’Australie. A Hambourg, puis à Wimbledon, il avait pris à nouveau le dessus. Avant ces retrouvailles à l’US Open, le Suisse restait donc sur trois victoires d’affilée contre son rival, remportant à chaque fois un set sur le score de… 6-0.

Hewitt sait à quoi s’en tenir au moment de leurs retrouvailles à Flushing. Mais face à un Federer incandescent, qui distribue les coups gagnants à la pelle, il reste interdit. Le court Arthur-Ashe, où il avait pourtant triomphé trois ans plus tôt, semble soudain trop grand pour lui. Sous constante pression, l’Aussie commet deux doubles fautes pour concéder les deux premiers breaks du match. Il ne pourra arrêter l’hémorragie qu’après avoir encaissé 8 jeux de rang (6-0, 2-0). Au cours de ce premier set proche de la perfection, le Suisse ne laisse que… 5 petits points à son adversaire.

Hewitt a le mérite de se révolter quelque peu dans un 2e acte perdu au tie-break, avant de se laisser emporter par la tornade dans la troisième manche. Tout à sa joie, Federer ne parvient pas à croire ce qui lui arrive, lui qui n’avait pas dépassé les huitièmes de finale jusqu’alors à Flushing Meadows. Qui aurait pu le battre ce jour-là ? "Personne dans le tournoi. Peut-être Pete Sampras (alors référence absolue avec 14 titres en Grand Chelem)", lâchera Hewitt, conscient que la barre était bien trop haute pour lui. Quant à celui qui n’est pas encore surnommé le "Maestro", il ne le sait pas, mais il vient seulement d’achever la première de ses cinq symphonies new-yorkaises.

42. Arthur Ashe - Tom Okker

Edition : 1968
Finale
Vainqueur : Arthur Ashe (Etats-Unis)
Adversaire : Tom Okker (Pays-Bas)
Score : 14-12, 5-7, 6-3, 3-6, 6-3

Arthur Ashe et l'US Open. Un lien intime, de l'adolescence et jusqu'au-delà de la mort. Le jeune Américain a 16 ans lorsqu'il dispute le tournoi du Grand Chelem américain en 1959. Son tout premier adversaire ? Un certain Rod Laver, qui le domine logiquement en trois sets. Neuf ans plus tard, l'ère Open s'installe et l'US National Championships devient l'US Open. Open comme ouvert. A tous. Professionnels et amateurs, dont Arthur Ashe fait partie.

Sur le gazon de Forest Hills, il bat Roy Emerson en huitièmes de finale. En quarts, c'est son ami Cliff Drysdale qui se dresse sur route. Drysdale lui a rendu service en éliminant Laver. "On peut appeler ça le destin, juge Fred McNair, futur numéro un mondial en double et ami proche de Ashe. Jamais Arthur n'aurait battu Laver. Il n'était pas prêt pour ça, Laver le dominait toujours et Arthur ne parvenait pas à maîtriser son service. Parfois, vous avez besoin d'un coup de pouce du destin. Mais il faut savoir en profiter."

Face à Drysdale, Ashe s'impose en quatre sets, bat ensuite Clark Graebner en demie avant d'affronter Tom Okker pour le titre. Le Néerlandais est l'autre invité surprise. Le gazon n'est pas sa surface favorite mais il a enchainé trois victoires épatantes contre Tony Roche, Pancho Gonzalez et surtout Ken Rosewall. La finale s'annonce ouverte. Elle sera indécise et, selon l'aveu du légendaire Bud Collins, au micro ce jour-là à la télévision américaine, "inoubliable."

Cinq sets, dont le premier, interminable (à l'époque, le tie-break n'a pas encore été introduit) et un match magnifique. Ashe, bien meilleur joueur de gazon, a pourtant toutes les peines du monde à prendre le dessus mais il s'impose tout de même en cinq sets, pour devenir le premier joueur de couleur à remporter un tournoi du Grand Chelem. Un seul autre l'a imité depuis, son fils spirituel tennistique, Yannick Noah.

C'est une page d'histoire, dès cette première édition de l'ère Open. Arthur Ashe n'en tirera pas fortune. Encore amateur à l'époque (il était dans l'armée et avait dû demander une permission pour venir à Forest Hills), l'Américain ne peut toucher les 14 000 dollars dus au vainqueur, sous peine de perdre son statut amateur. Ce chèque, c'est donc… Tom Okker, le finaliste, qui va en hériter.

41. Andy Roddick – David Nalbandian

Edition : 2003
Demi-finale
Vainqueur : Andy Roddick (Etats-Unis)
Adversaire : David Nalbandian (Argentine)
Score : 6-7(4), 3-6, 7-6(7), 6-1, 6-3

A quoi tient un titre du Grand Chelem ? Dans le cas d’Andy Roddick, on pourrait répondre par la pirouette suivante : une première balle foudroyante à 222 km/h ! Titré pour la seule fois de sa carrière devant son public à Flushing Meadows en 2003, le Texan aurait bien pu, lui aussi, faire partie de la liste des joueurs remarquables sans le moindre Majeur à leur palmarès. Car s’il a maîtrisé de bout en bout la finale face à Juan Carlos Ferrero, il a senti le vent du boulet la veille lors d’une demi-finale ébouriffante contre David Nalbandian.

Pourtant, A-Rod aborde ce rendez-vous face à l’Argentin dans les meilleures conditions possibles : il a remporté leurs deux premiers duels dont une finale à Montréal lors de laquelle il s’est baladé quelques semaines plus tôt (6-1, 6-3). Mieux, il resplendit de confiance depuis qu’il s’est séparé de Tarik Benhabiles pour engager Brad Gilbert, l’ex-mentor d’Andre Agassi, comme coach. Ses résultats lors de la tournée américaine préparatoire en témoignent : 3 titres à Indianapolis, au Canada donc et à Cincinnati, pour un seul "accroc" avec une demi-finale perdue à Washington contre Tim Henman.

Preuve que les planètes s’alignent, Nalbandian s’est chargé d’éliminer la bête noire de Roddick, Roger Federer, en huitième de finale. Mais battu aux portes de la finale à l’Open d’Australie et Wimbledon plus tôt dans l’année, l’Américain est plus que conscient des attentes du public new-yorkais. Si les débats sont serrés, tout tourne d’abord à l’avantage de l’Argentin dans les moments chauds. Mené deux manches à zéro et 6 points à 5 au tie-break de la 3e, la situation est critique pour le natif d'Omaha. Mais heureusement pour Roddick, cette balle de match à écarter est sur son service, son arme fatale. Et il ne tremble pas pour expédier un boulet de canon que Nalbandian ne peut contrôler.

La tension est à son comble et le public crie sa joie à 7 points partout quand il croit voir le revers de l’Argentin sortir. Ce dernier, perturbé, part à la faute et s’en plaint auprès de l’arbitre, en vain. Un coup droit gagnant plus tard et Roddick est totalement relancé. Il ne lâchera plus sa proie, lui infligeant le même score dans les deux dernières manches qu’à… Montréal. Usé par trois matches joués en trois jours à cause de la pluie, Nalbandian, touché aux abdominaux, ne peut que constater les dégâts, dépité. "C’est difficile de jouer sans service et sans revers, qui plus est contre Andy qui est un super joueur." Au contraire de son bourreau du jour, il ne parviendra jamais à décrocher la timbale en Grand Chelem.