Dossier réalisé par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

Roland-Garros
Top 50 dames : Sublime et cruel, le Graf-Hingis de 1999 est notre N°1
29/05/2020 À 17:04

1. Ivan Lendl – John McEnroe

Edition : 1984
Finale
Vainqueur : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Adversaire : John McEnroe (Etats-Unis)
Score : 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5

Voilà donc notre numéro un. Le match le plus marquant, à nos yeux, joué dans l'ère Open à Roland-Garros chez les hommes. Il coche toutes les cases. C'est une finale. Une grande finale. Un match d'une intensité exceptionnelle, d'une qualité remarquable. Une opposition de styles idéale, aussi. Un scénario fou, un dénouement en cinq sets, un retournement de situation improbable.

Ce match-là est beau, fort et cruel aussi. Sans oublier le poids historique de ce duel. Le tout premier sacre en Grand Chelem d'Ivan Lendl, qui allait globalement dominer la deuxième moitié de cette décennie 80. Le rêve brisé de John McEnroe, dont l'année 1984 reste peut-être la plus belle de l'histoire du tennis masculin, mais qui jamais ne gagnera à Roland-Garros.

Trente-six ans après, cette finale vient-elle encore hanter de temps à autre les nuits du génial Big Mac ? Peut-être. Pendant deux sets, les deux premiers, il a pourtant atteint une forme de perfection. Il ne rate rien. Son arsenal offensif réduit Lendl au rang de figurant. C'est, réellement, du tennis prodigieux. Pour tout le monde, il ne fait alors aucun doute que McEnroe, dont la terre battue n'a jamais été la tasse de thé, va dompter ce tournoi dont il n'avait jusqu'alors jamais dépassé les quarts de finale. Mais cette saison 84, il survole tout le monde, qu'importe la surface.

Inconsolable John McEnroe lors de la finale de Roland-Garros en 1984.

Crédit: Getty Images

Lendl n'a que son courage à opposer. Juste de quoi chaparder cinq jeux sur les deux premières manches. Ivan, pas encore terrible quand il s'agit de finales majeures (il a perdu les quatre premières de sa carrière) semble en route pour un drôle de quintuplé. Mais cette fois, il ne passe pas à côté. McEnroe est juste trop bon, trop fort, trop parfait. La suite, ce sera une incroyable succession d'occasions gâchées par l'Américain.

. 3e set : A 2-2, McEnroe mène 0-40 sur le service de Lendl. Au total, il aura quatre balles de break sur ce jeu, en vain. C'est à cause de ce jeu-là que beaucoup de gens pensent que Lendl a été mené deux sets zéro et break contre lui. Il a passé les 36 dernières années à rectifier bon nombre d'interviews sur ce point. Une légende urbaine agrémentée par McEnroe lui-même : dans sa célèbre autobiographie (You cannot be serious), il écrit en revenant sur cette finale qu'il a mené 2-0 dans le 3e set.

. 4e set : Cette fois, McEnroe va bel et bien compter un break d'avance. Il mène 4-2, et vendange une volée de coup droit facile à 30A qui aurait pu lui offrir une balle de double break. Sur son service, il bénéficie ensuite d'une balle de 5-3 puis d'une balle de break à 4-4 alors que Lendl venait de recoller au score.

. 5e set : A 3-3, le gaucher new-yorkais mène 15-40 sur le service adverse. Deux balles de break. Sur la seconde, il a un passing de coup à tirer long de ligne. Plus que jouable. Lendl est battu mais la balle reste dans la bande. McEnroe en tombe à genoux, comme s'il venait de perdre ce match. Lendl, lui, sautera sur toutes ses opportunités ou presque. Sur la dernière en tout cas, en signant le break décisif à 6-5.

Ce dernier set a atteint des niveaux prodigieux. Les deux joueurs cumulent 33 coups gagnants (16 pour Lendl, 17 pour McEnroe). Une sorte de bouquet final pour ce match dantesque à tous points de vue. Qu'il pèse lourd dans l'histoire du tennis et dans la carrière des deux hommes. Porté comme jamais par le public ("il peut bien me jeter des tomates jusqu'à la fin de mes jours, peu m'importe, car je lui dois une partie de ma victoire en 1984", rappellera-t-il quatre ans plus tard, lors de ses retrouvailles parisiennes avec Mac), il devient ce jour-là un vrai champion. Une statistique témoigne de sa mue mieux que toute autre : avant cette finale 84, Lendl affichait un bilan négatif en cinq sets : 8 victoires, 10 défaites. A son départ à la retraite dix ans plus tard, il sera à 36-22.

2. Michael Chang - Ivan Lendl

Edition : 1989
Huitième de finale
Vainqueur : Michael Chang (Etats-Unis)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 4-6, 4-6, 6-3, 6-3, 6-3

Il en va toujours ainsi des meilleurs films à suspense comme des plus grands matches de tennis. Au début, tout paraît normal. Ivan Lendl, à l'époque, est à l'apogée de sa domination. Il est n°1 mondial, il a remporté 36 de ses 38 derniers matches, il a été sacré à l'Open d'Australie en début de saison. Michael Chang, lui, est à 17 ans un bon espoir du tennis américain. Il est déjà dans le top 20, en ayant battu plusieurs records de précocité. Mais de là à menacer Ivan le terrible ?

Clairement, non. Au début, donc, tout est normal. Lendl se détache 6-4, 6-4, 3-3. Mais Chang n'a pas été ridicule. Il y croit donc toujours, peut-être même plus que jamais, surtout quand il réussit le break à ce moment-là pour foncer vers le gain du 3e set.

Lendl se retrouve dans le rôle du géant titillé par un vulgaire moustique. Il n'arrive pas à se débarrasser de l'insolent qui virevolte autour de lui en bourdonnant à ses oreilles. Alors qu'il est mené 4-2 dans le 4e set, le triple vainqueur du tournoi pète un câble sur un jugement litigieux. Il écope d'un point de pénalité, synonyme de jeu. Et pendant qu'il se perd en palabres, Chang prend tout son temps pour aller aux toilettes. C'est que le jeune Américain sent venir les crampes. Dès la fin du 4e set, il se met à lever la balle et à servir comme un joueur du dimanche. Le pire, c'est que la tactique fonctionne, face à un Lendl inexplicablement tétanisé, incapable de couper les trajectoires pour agresser son adversaire comme il le ferait en temps normal.

Chang-Lendl, service à la cuillère et Enrico Macias : inoubliable coup de poker sur le Central

Mais ce match-là n'a plus rien de normal. Le 5e set devient même l'un des plus grandguignolesques de l'histoire. Chang mène 2-0. Il connaît alors un immense coup de fatigue au point de saborder le jeu suivant. Il écope d'un avertissement, tente un SABR, fait des assouplissements entre chaque chandelle... Bref, c'est du grand n'importe quoi. A 2-1, il décide d'ailleurs d'abandonner. Mais il reçoit alors une injonction divine. "Je ne voulais pas que l'on se rappelle de moi comme quelqu'un qui abandonne", racontera-t-il.

Michael poursuit donc son effort, sans s'asseoir aux changements de côté. Et comme Lendl lui en laisse le temps, il se refait la cerise en le manœuvrant superbement à l'échange. Quatre breaks consécutifs plus tard, alors qu'il mène 4-3, 15-30, le petit effronté porte le niveau d'audace à une hauteur insoupçonnée, quand il décoche son fameux service à la cuillère qui finit par faire disjoncter définitivement son adversaire. L'autre passage culte du film survient sur le tout dernier point lorsque Chang, sur deuxième balle adverse, s'avance jusqu'à la ligne pour provoquer la double faute.

Après 4h41 d'une farce absolue, Michael Chang, peut-être poussé par des forces mystiques, vient de signer une sensation phénoménale et, au-delà de ça, l'acte fondateur d'un tennis nouveau, plus malicieux, plus décomplexé. On pense qu'Ivan Lendl va le fusiller du regard mais, au lieu de ça, il lui sert une poignée de mains pleine de respect, finalement révélatrice de la portée de l'exploit. Plus de trente ans après, ce match reste un "must" indémodable.

Quand Chang terrassait Lendl : retour sur une légendaire bataille psychologique

3. Andre Agassi - Andreï Medvedev

Edition : 1999
Finale
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Adversaire : Andreï Medvedev (Ukraine)
Score : 1-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4

Par son scénario bien sûr, mais surtout par sa dimension légendaire, par ce qu'elle a apporté à son vainqueur, par toutes les petites histoires qui se cachaient derrière la grande histoire, c'est probablement la finale la plus émotionnelle qu'il nous ait été donné de vivre à Roland Garros.

Agassi, c'était écrit, allait rejoindre le clan des maudits à Paris. Par manque de maturité, il avait laissé passer sa chance lors de ses deux premières finales perdues en 1990 et 1991, alors qu'il était favori. Ça n'était pas une décennie plus tard, à 29 ans, qu'il allait le faire, surtout cette année-là où il était arrivé Porte d'Auteuil un peu hagard, fraîchement divorcé et touché à l'épaule. Honnêtement, le parcours d'Agassi aurait pu s'arrêter au 1er ou 2e tour, comme cela faillit bien être le cas, que cela n'aurait choqué personne.

De nouveau favori en finale, l'Américain, conscient qu'il s'agissait de sa dernière chance, entame celle-ci la peur au ventre, jusqu'à être mené 6-1, 6-2, 4-4, 30-40. C'est là que le destin bascule. Après avoir frappé deux doubles fautes consécutives, Agassi, avec l'énergie du désespoir, prend à nouveau tous les risques sur une deuxième balle qui flirte avec la ligne. Il sauve finalement à la hussarde, au filet, cette quasi-balle de match.

Derrière, Agassi reprend espoir, donne tout pour réussir le break et remporter le set. Dans le même temps, Medvedev, jusqu'ici auteur d'une masterclass tactique, a le tort aussi de prendre un peu trop confiance et de sortir de son schéma. Les vases communicants ? ont entamé leur inexorable processus. Agassi joue de mieux en mieux et vole vers une victoire qui lui permet de compléter sa collection de Grands Chelems, ce que seuls quatre joueurs ont alors fait avant lui dans l'histoire. Medvedev, lui, ne semble pas si abattu. On apprendra que deux mois plus tôt, alors qu'il était sur le point de tout laisser tomber en raison d'une blessure au poignet, c'est Agassi lui-même qui, lors d'une discussion à Monte Carlo, l'avait convaincu de continuer.

On apprendra aussi qu'en coulisses, Agassi s'était également rapproché de Steffi Graf, gagnante la veille d'une finale tout aussi légendaire contre Hingis. Toutes les planètes étaient alignées, vraiment. Mais seul sur terre, il y avait désormais Agassi...

4. Roger Federer - Novak Djokovic

Edition : 2011
Demi-finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 7-6(5), 6-3, 3-6, 7-6(5)

"Ce n'est pas l’anniversaire de Rafa aujourd’hui ? Peut-être que je lui ai fait un beau cadeau." Roger Federer ne pouvait pas tomber plus juste ce vendredi 3 juin 2011, jour des 25 ans de son plus grand rival. En boutant hors du tournoi Novak Djokovic qui faisait figure d’épouvantail puisqu’il était invaincu depuis le début de saison (le Serbe restait même sur 43 victoires en comptant les deux simples de la finale de Coupe Davis 2010 face à la France, ndlr), le Bâlois venait d’ôter une belle épine du pied du Majorquin.

Toni Nadal ne l’a d’ailleurs pas caché récemment sur Eurosport alors que nous retracions l’épopée de son neveu : il voulait voir le "Djoker" perdre avant la finale de peur de devoir lui abandonner la Coupe des Mousquetaires. Au lieu de cela, deux jours plus tard, le Taureau de Manacor s’adjugeait son sixième Roland-Garros. Mais s’il est bien un match de cette édition 2011 qui reste dans les mémoires, c’est cette demi-finale Federer-Djokovic. Neuf ans après, son empreinte est encore indélébile dans tous les esprits de ceux qui y ont assisté sur le court Philippe-Chatrier, ou devant leur poste de télévision.

S’il fallait retenir une partie de ce formidable choc, ce serait le premier set. Un chassé-croisé haletant de 70 minutes dont l’intensité n’a d’égale que la qualité, du break initial du Suisse au 12e point du jeu décisif. Les pieds rivés sur la ligne de fond, les deux joueurs distribuent les coups gagnants à la pelle, refusant de céder le moindre pouce de terrain. Dans des conditions rendues rapides par le soleil parisien (omniprésent lors de la quinzaine), Federer décide de jouer à la vitesse de l'éclair, prenant la balle au rebond à la moindre occasion. Et Djokovic, en pleine confiance, lui répond du tac-au-tac dans le même registre.

Le résultat est un chef d’œuvre de tennis ping-pong sur terre battue, pratiqué par deux maîtres du dur. Vraisemblablement contrarié d’être à ce point accroché, Djokovic est toutefois le premier à montrer des signes de fébrilité quand la tension monte. Les bras au ciel de dépit après des glissades incontrôlées, il rit jaune, comme conscient que cette demi-finale peut lui échapper. Et il cède finalement ce premier set "monstrueux" de l’avis même de Federer sur une faute en coup droit dans le filet. Accusant le coup, le Serbe se laisse distancer avant de réagir dans la troisième manche et de breaker à 4 jeux partout dans la quatrième, alors que la nuit menace de tomber. S’il tient son engagement suivant, tout se jouera alors le lendemain lors d’un cinquième set décisif.

Mais dans une ambiance électrique, le "Maestro" retrouve toute sa vista pour débreaker d’un coup droit en décalage et crier sa rage. C’est la claque de trop pour "Nole". Dans le jeu décisif, Federer, requinqué et plus éblouissant que jamais, fait la course en tête. Et d’un ace au T, il parachève un récital de 3h39. Dernier joueur à avoir battu Djokovic au Masters de Londres six mois plus tôt, il boucle la boucle avec la manière. L’index pointé vers le ciel comme pour dire "Je suis toujours là", Federer sait que cette victoire est spéciale, même si elle ne lui apportera pas la Coupe des Mousquetaires. Inoubliable, on vous dit.

5. Gaston Gaudio - Guillermo Coria

Edition : 2004
Finale
Vainqueur : Gaston Gaudio (Argentine)
Adversaire : Guillermo Coria (Argentine)
Score : 0-6, 3-6, 6-4, 6-1, 8-6

Cette édition 2004, la dernière avant l'ère Nadal, ne pouvait décemment pas être comme les autres. Débutée de manière rocambolesque avec le légendaire Clément-Santoro, elle s'est achevée par ce qui restera probablement la finale la plus absurde de cette ère Open. La seule en tout cas dont le vainqueur s'est imposé en sauvant une balle de match (et même deux), chose qui n'était plus arrivée à Paris depuis 1936. Pas mal pour une première 100% argentine.

N°3 mondial, meilleur joueur du monde sur terre battue, vainqueur de 36 de ses 37 derniers matches sur la surface, Guillermo Coria, "el Mago" " ("le Magicien"), 22 ans, part largement favori face à Gaston Gaudio "el Gato" ("le Chat"), 25 ans, 44e mondial et déjà tout content d'être là. A 6-0, 6-3, 4-3, on est même parti pour une déroute.

Mais, refusant cette éventualité, le public joue alors un rôle primordial en déclenchant une longue "ola " qui a pour effet de détendre Gaudio. Enfin décidé à profiter du moment, Gaston la Gaffe se mue en Gaston le génie, pour breaker à 4-4 en réussissant un point extraordinaire alors qu'il était mené 40-15. Gaston sourit.

Entre Gaudio et Coria, un point de mutants achevé en finesse : revivez la finale 2004 sur Eurosport

D'un coup, changement radical de décor. Car à l'inverse, Coria se raidit dans une crise de stress qui lui paralyse les jambes et l'empêche totalement de jouer dans le 4e set. Perclus de crampes, le favori fait appel au kiné et se ressaisit au 5e set. Bien que toujours en délicatesse au service, il joue en revanche normalement à l'échange. Il se détache 3-1, sert encore pour le titre à 5-4 puis 6-5. Là, il obtient même deux balles de match, manquées d'un revers puis d'un coup droit dans le couloir.

Ce n'est pas son heure, ce n'est pas son jour, ce n'est pas son destin, tout simplement. Ce ne devait normalement pas être non plus celui de Gaudio, dont le manque de confiance, inversement proportionnel au talent, aurait dû être rédhibitoire à cette altitude. Mais il fallait bien un vainqueur. Ce sera donc Gaston. La légende dit que sa raquette balancée très haut dans le ciel doit toujours flotter en orbite quelque part au-dessus de Paris. Et son sourire illuminé d'enfant qui aurait croisé le Père Noël, lui non plus, n'est pas près de s'effacer des mémoires.

6. Rafael Nadal - Novak Djokovic

Edition : 2013
Demi-finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 6-4, 3-6, 6-1, 6-7(3), 9-7

Une demie aux allures de finale. Depuis deux saisons, Novak Djokovic a remplacé Roger Federer dans le rôle du challenger principal de Rafael Nadal sur terre battue. Le Serbe a d’ailleurs goûté pour la première fois aux joies d’une finale à Paris lors de l’édition précédente où il ne s’était incliné que le lundi de la… troisième semaine à cause de la pluie (6-4, 6-3, 2-6, 7-5). Douze mois plus tard, "Nole" se sent prêt à relever le "défi ultime" comme il se plait à l’appeler, surtout après avoir mis fin à l’hégémonie de son rival majorquin à Monte-Carlo (huit titres consécutifs) presque deux mois plus tôt.

Ecarté des courts de juillet 2012 à février 2013 à cause d’une blessure au genou gauche, Nadal s’est, de son côté, employé à reconstruire sa confiance. Vainqueur à Sao Paulo, Acapulco, Indian Wells (sur dur), Barcelone, Madrid et Rome, il a plus qu’accompli sa mission, ce qui ne l’empêche pas de débarquer à Paris avec le matricule 4 dans le dos. Et tirage au sort défavorable oblige, il hérite de la même partie de tableau que le numéro 1 mondial serbe.

C’est donc bien en demi-finale qu’a lieu le rendez-vous tant attendu. Mais les deux gladiateurs ne parviennent pas vraiment à jouer leur meilleur tennis en même temps dans les trois premières manches. Après être revenu au score, le "Djoker" semble d’ailleurs se résigner assez vite dans le troisième set, ce qui n’augure rien de bon. Et pourtant, il parvient à s’accrocher, débreakant Nadal deux fois alors qu’il servait pour le match à 5-4, puis 6-5, pour chaparder le quatrième au jeu décisif et tout relancer. L’ultime acte, lui, tiendra toutes ses promesses.

Sur sa lancée, "Nole" croit d’abord faire basculer définitivement en sa faveur la dynamique. Premier à breaker, il se rapproche de la victoire à 4-3 sur son service. A égalité, il prend la direction de l’échange et n’a plus qu’à conclure sur une volée haute anodine, mais il est entraîné par son élan et touche le filet. Nadal, qui a remarqué la maladresse adverse, fait signe à l’arbitre qui lui donne le point. Il débreake dans la foulée. "Je n’ai pas revu les images, donc je ne peux pas faire de jugement. Mon argument, sur le court, c’est que la balle était déjà dehors. Je sais que la règle c’est que si vous touchez le filet avant le deuxième rebond de la balle, vous perdez le point. (…) Qui sait où le match serait allé si j’avais gagné ce point ?", jugera le Serbe, dépité.

Car si cette demi-finale s’étend encore en longueur, c’est bien Rafa qui a repris l’avantage psychologique. Au bord du gouffre, il s’en sort finalement en 4h37 pour ce qui reste à ce jour la plus féroce empoignade entre les deux hommes sur le court Philippe-Chatrier. La finale qui suit contre David Ferrer sera une partie de plaisir en comparaison pour le Taureau de Manacor qui réalisera le grand huit du côté de la Porte d’Auteuil.

7. Robin Söderling - Rafael Nadal

Edition : 2009
Huitième de finale
Vainqueur : Robin Söderling (Suède)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 6-2, 6-7, 6-4, 7-6

Probablement le plus grand choc de l'ère Open à Roland-Garros. Le maître absolu des lieux, battu par un joueur au potentiel certes connu mais qui jamais, auparavant, n'avait effleuré un tel exploit. Encore moins sur terre battue. La victoire de Robin Söderling contre Rafael Nadal, en huitièmes de finale, lors de ce tournoi 2009, a causé une sensation d'une envergure difficilement comparable à quoi que ce soit d'autre dans l'histoire du tournoi.

Un choc d’autant plus grand qu’il n’était vraiment pas attendu. Trois semaines plus tôt, Nadal a collé 6-1, 6-0 à Robin Söderling à Rome... Mais le Suédois va martyriser le Majorquin à grands coups de premières balles à 220 km/h et de monstrueuses gifles de coup droit. Le gain du premier set par le Suédois sonne une première fois le public du central mais quand Nadal rafle le tie-break du deuxième set, on se dit que tout va finir par rentrer dans l’ordre.

Erreur. L’Espagnol a les genoux qui couinent et le bras qui flotte, en témoignent ses 59 fautes directes. Il n’est pas à 100%. Ce qui n’enlève rien à la performance monumentale d’un Söderling en transe. Jamais rattrapé par la peur de gagner, même dans le tie-break du 4e set, il signe une des plus grandes sensations de tous les temps.

Lors de notre week-end consacré à Rafael Nadal, samedi et dimanche dernier, nous sommes revenus sur ce match pas comme les autres et sur la genèse de la victoire du Suédois. Vous pouvez le retrouver ici : Söderling : "Au moins plusieurs fois par semaine, on me parle de ce match"

Audace, confiance et grands parpaings : Comment Soderling a causé la sensation du siècle

8. Yannick Noah - Mats Wilander

Edition : 1983
Finale
Vainqueur : Yannick Noah (France)
Adversaire : Mats Wilander (Suède)
Score : 6-2, 7-5, 7-6

Un évènement historique, pour le tennis français bien sûr, mais également à l'échelle du tournoi. Au même titre que le sacre d'Andy Murray à Wimbledon en 2013 a constitué une journée majuscule pour le tournoi londonien. Comme Murray face à Djokovic, Yannick Noah n'a eu besoin que de trois sets pour s'imposer dans "sa" finale, contre Mats Wilander. Battre le tenant du titre pour parachever sa quinzaine, il ne pouvait pas rêver mieux. Noah aura donc battu Lendl et Wilander, les deux tauliers du tournoi dans les années 80. Au palmarès, lui seul se sera immiscé entre ces deux géants entre 1982 et 1988.

Le jour de la finale, après un entraînement matinal au Racing, l'idole des foules aperçoit la une du journal L'Equipe. Il y en avait toute une pile à l'entrée du stade. "50 millions de Noah". C'est le titre placardé sur toute la largeur de la première page. Cela aurait pu l'effrayer, l'inhiber, mais le protégé de Patrice Hagelauer se sent au contraire galvanisé d'être ainsi porté par tout un pays. Il fait beau, grand soleil, un temps pour lui. Il est en pleine forme. Fort physiquement, serein dans sa tête. Et il le sait, le jeu de Wilander lui convient. Il l'a d'ailleurs battu quelques semaines plus tôt à Hambourg. Tout est en place.

Comme contre Lendl en quarts, Noah joue sur un nuage. Il remporte les deux premiers sets, puis breake dans la 3e manche. Au moment de servir pour le match, il se retrouve à 30 A. A deux points de la gloire. Là, Wilander décoche deux retours gagnants sur deux premières balles et débreake. Mais contrairement au match face à Lendl, le Français n'a pas coincé. Alors il ne panique pas. Garde son plan de jeu. Tout se décide au tie-break. Yannick s'envole. 6-2. Quatre balles de titre. Wilander écarte la première d'un lob lifté de revers on ne peut plus parfait. Sur la seconde, son retour s'échappe. C'est fini. Yannick Noah vient d'entrer dans l'Histoire.

La suite est belle, folle. Drôle, aussi. Noah regarde à peine Mats Wilander en lui serrant la main. Il lâche un mécanique "merci". Il saute par-dessus le filet et ne calcule pas davantage un de ses amis venu le rejoindre sur le court. Yannick l'écarte et regarde droit devant lui. Il fonce vers son père, qui a sauté de la tribune. Cette émotion-là, c'est celle d'un rêve de gosse qui se concrétise. C'est celle du champion, mais aussi de son père, Zacharie, de sa mère, Marie-Claire, au 1er rang dans la tribune, de son coach Patrice Hagelauer, que Noah embrasse après l'étreinte avec son papa. C'est celle de Philippe Chatrier, qui prend le héros dans ses bras à son arrivée dans la tribune présidentielle pour recevoir le trophée. Celle de Marcel Bernard, enfin, le dernier vainqueur français avant lui chez les hommes, des mains duquel Noah reçoit la coupe. Mais c'est aussi celle de tout un stade. Et de 50 millions de Noah.

Même Wilander ne parait pas malheureux. Il l'a déjà gagné, ce tournoi, et il le regagnera. Aujourd'hui, c'est le jour de gloire de Yannick Noah. Le soir-même, tout le monde se retrouvera pour une fiesta mémorable. Mats Wilander sera de la fête, lui aussi. Peut-être parce que, de toutes ses qualités, Yannick Noah avait le don d'avoir le bonheur communicatif.

"Hey les mecs, où Yannick va-t-il célébrer sa victoire ?" L’anecdote de Wilander sur Noah

9. Rafael Nadal - Paul-Henri Mathieu

Edition : 2006
16e de finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Paul-Henri Mathieu (France)
Score : 5-7, 6-4, 6-4, 6-4

En dehors de Robin Söderling et Novak Djokovic, ses deux uniques bourreaux parisiens, personne n'a secoué Rafael Nadal comme Paul-Henri Mathieu. Ce n'était "qu'un" 16e de finale, mais ce match-là a marqué les esprits. Il a d'abord pris place dans le livre des records du tennis puisque, avec ses 4h53, il s'agit du plus long match jamais joué en Grand Chelem en moins de cinq sets. Dire qu'aucune des manches n'est allée jusqu'au jeu décisif... On n'ose imaginer le temps de jeu si ce match s'était achevé à 10-8 au 5e.

Mais au-delà de la durée, c'est l'intensité de ce duel qui reste en mémoire, près de quinze ans plus tard. Un combat presque brutal par moments et un Paul-Henri Mathieu rendant coup pour coup, en coup droit comme en revers, avec une stratégie impeccable pour bousculer le (déjà) tenant du titre, comme nous l'avait expliqué en 2017 son entraîneur de l'époque, Thierry Tulasne : "L'idée, c'était de tenir sa ligne de fond sans reculer et de ne pas hésiter à jouer plein coup droit sur Nadal. Paulo avait un super revers et le coup droit croisé de Nadal qui venait sur son revers, ça lui allait très bien. Il tenait la diagonale et arrivait à s'ouvrir le court pour jouer de l'autre côté."

Cette tactique va longtemps payer et quand PHM empoche le 1er set, 7-5, au bout d'une heure et demie (!) de match, on se dit que l'exploit est possible. Mais à l'usure, Nadal finira par prendre le dessus, imperceptiblement d'abord, puis de manière plus inexorable à mesure que le temps et les jeux passent. Mais jusqu'au bout, le Majorquin devra se battre car physiquement, même s'il est un peu effrité, l'Alsacien n'a jamais explosé.

Dans son genre, ce match est vraiment un petit chef-d'œuvre. En le voyant, on ne peut que secouer la tête en se demandant : "Mais comment Paul-Henri Mathieu a-t-il pu ne jamais dépasser les huitièmes de finale à Roland-Garros ?

10. Gustavo Kuerten – Michael Russell

Edition : 2001
Huitième de finale
Vainqueur : Gustavo Kuerten (Brésil)
Adversaire : Michael Russell (Etats-Unis)
Score : 3-6, 4-6, 7-6(3), 6-3, 6-1

Au tournant des années 2000, un Brésilien règne sur le cœur des Parisiens. Quand il fait son retour à Roland-Garros pour s’offrir une troisième couronne lors de cette édition 2001, Gustavo Kuerten s’est même installé depuis quelques semaines sur le trône du circuit. Grand favori à sa propre succession, il est le maître absolu de la terre battue où il a déjà raflé trois titres cette saison-là à Buenos Aires et Acapulco en février, et surtout à Monte-Carlo en avril. Ce huitième de finale face au modeste 122e joueur mondial Michael Russell avait donc des allures de formalité, il en sera tout autrement.

Déjà un peu chahuté par le Marocain Karim Alami au tour précédent, Guga passe cette fois près de la catastrophe. Modèle réduit avec son mètre 73 (par rapport au reste du circuit, entendons-nous), Michael Russell est une véritable pile électrique sur le court. Il se démultiplie et va chercher toutes les balles. Il faut dire que l’Américain croit en sa bonne étoile dans ce tournoi où il a profité de l’abandon à cause d’une sinusite de Sergi Bruguera au 2e tour (alors qu’il était mené deux sets à un), avant de remporter un premier gros combat en cinq sets contre le Belge Xavier Malisse au 3e.

"Le rêve de tout un chacun est de rencontrer 'Guga'. Rencontrer le numéro un mondial sur terre battue, ici, à Roland-Garros, je ne pouvais pas demander mieux. Allons-y, amusons-nous, prenons du plaisir. Faisons vibrer le public", prévient-il d’ailleurs. Plein d’énergie et très endurant, Russell n’a rien à perdre. Il voit dans ce huitième de finale l’occasion de réaliser le match de sa vie. Indébordable et à l’aise sur terre à la différence de nombre d’Américains, il neutralise totalement dans les deux premiers sets un Kuerten un peu à côté de ses pompes et gêné par une blessure aux orteils. A 5-3 contre lui dans le troisième, le Brésilien est sur le point de tomber.

Mais il sauve une balle de match en accrochant la ligne de fond au cours d’un échange aussi long (26 coups) qu’irrespirable. In extremis, Kuerten parvient ainsi à faire tourner la partie en s’adjugeant la troisième manche au jeu décisif. Russell a laissé passer sa chance, ce qui ne l’empêche pas de se battre jusqu’au bout, à l’image d’une balle de match où d’exploit défensif en exploit défensif, il force le numéro 1 mondial à l’achever d'un smash libérateur.

"Remonter comme aujourd'hui, c'est fantastique. La vie ne m'a jamais rien accordé gratuitement. J'aime bien me battre, j'aime ces difficultés que je relève dans la vie. Russell a eu un jeu très agressif et un excellent déplacement, alors que j'ai eu du mal à trouver mon rythme", analyse Guga".

Touché par le soutien du public parisien, il trace un cœur avec sa raquette dans la terre battue et s’agenouille à l’intérieur. Une célébration en forme de rituel qui l’accompagnera jusqu’au titre et symbolisera un amour à jamais partagé.

En 2001, Kuerten offrait son coeur à Roland !

Roland-Garros
Osaka tire un trait, Roland perd une tête d'affiche
18/09/2020 À 04:02
Roland-Garros
5 000 personnes sur le Chatrier, huis clos sur le Lenglen et le Mathieu : La jauge réduite
17/09/2020 À 18:13