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Berrettini, le nouveau gentil géant

Berrettini, le nouveau gentil géant

Le 04/09/2019 à 16:50Mis à jour Le 04/09/2019 à 18:53

US OPEN - Matteo Berrettini frappe comme une brute mais a la douceur des anges. Le jeune Italien de 23 ans, qui défiera Gaël Monfils mercredi pour le premier quart de finale de Grand Chelem de sa carrière, est d'abord un forçat de travail, aux côtés de son coach Vincenzo Santopadre. Il a tout pour réussir, même s'il doit encore se départir sur le court de sa nature trop affable.

Samedi soir, à Flushing. Matteo Berrettini bastonne avec Alexey Popyrin. Après avoir mené deux manches à rien, l'Italien dispute une fin de quatrième set acharnée. A 5-5, il finit par lâcher son service après un jeu de dingue : dix égalités, six balles de break sauvées avant de craquer sur la septième. Dans la foulée, alors que Popyrin sert pour l'embarquer dans un cinquième set, "Mat" écarte trois balles de set et finit par débreaker à sa quatrième opportunité. Dans la foulée, il domine le jeu décisif et valide son billet pour les huitièmes de finale.

Pas une séquence n'illustre mieux ce qu'est en train de devenir Matteo Berrettini. "Il y a encore quelques mois, estime-t-il, après avoir perdu mon service à 5-5, j'aurais sans doute perdu le set et le match dans la foulée." Là, il a à peine bronché. Laissé ça derrière lui. "Je n'ai pas ruminé, apprécie-t-il. Peut-être que j'étais trop fatigué pour ça mais j'ai juste pensé à me préparer pour le jeu suivant. Et s'il y avait eu un cinquième set, j'aurais été prêt et confiant."

Vidéo - Berrettini - Popyrin : Les temps forts

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Cette fin de 16e de finale a fait la fierté de son entraîneur, Vincenzo Santopadre. Le Saint-Père, en italien. Saint coach, surtout. Santopadre, gendre de l'ancien attaquant de la Juventus et de la Roma Zbigniew Boniek (il a épousé sa fille, Katrina), travaille depuis neuf ans maintenant avec Matteo Berrettini. Romains tous les deux, ils se sont bien trouvés. Il a contribué à polir ce diamant longtemps mal dégrossi. C'est lui qui l'a incité, à 17 ans, à se doter d'un revers à une main slicé pour soulager sa frappe à deux mains. Matteo venait de se blesser plusieurs fois au poignet et ce fut un mal pour un bien. "Pendant trois-quatre mois, raconte-t-il, je n'ai fait que du slice côté revers et ça m'a fait du bien."

Ne pas aller chercher les résultats à tout prix

Vincenzo Santopadre lui a surtout inculqué le culte du travail, plus que celui de la réussite et des résultats. Lors du dernier Masters 1000 de Rome, où, chez lui, Berrettini avait signé la victoire la plus marquante de sa carrière en battant Alexander Zverev, le "Professore" avait évoqué dans le Corriere dello Sport son approche du haut niveau : "Avec Matteo, nous avons passé un accord il y a plusieurs années. C'est de ne pas aller chercher les résultats à tout prix et d'être obsédés par cela. Le résultat doit juste être la conséquence d'une certaine éthique de travail et de la passion que tu mets chaque jour à l'entraînement. Si tu fais cela, les résultats suivront, mais c'est parfois difficile de le faire entendre à un jeune."

Voilà peut-être pourquoi l'éclosion du grand Italien (196 centimètres sous la toise) a été un peu plus lente que pour d'autres. Fin 2017, à 21 ans, il n'apparait qu'à la 135e place au classement ATP. 2018 marque le début de son ascension. Il remporte son premier titre (à Gstaad), intègre le Top 100 et titille même le Top 50 en fin d'année. Mais on lui prête encore peu d'attention.

La vraie mue s'est opérée cette saison. Mentalement, d'abord. "L'année dernière, je n'étais pas assez concentré sur le tennis, jugeait-il le week-end dernier. Ce n'était pas mon jeu, le problème. Bien sûr, j'ai progressé, parce que je découvre de nouvelles choses presque chaque semaine, mais c'est surtout sur le plan mental que j'ai changé. C'est pour ça que je pense que je n'aurais jamais gagné contre Popyrin la saison passée." L'Italien a ajouté deux titres sur son CV (Budapest sur terre, Stuttgart sur herbe), crevé brièvement le plafond du Top 20 (au mois de juin), atteint son premier huitième de finale en Grand Chelem à Wimbledon et battu plusieurs Top 10.

Matteo Berrettini à Stuttgart

Matteo Berrettini à StuttgartGetty Images

Barazzutti et Panatta, les précieux anciens

Mais c'est peut-être cet US Open qui va marquer sa mue définitive. En atteignant les quarts de finale, Matteo Berrettini a d'ores et déjà accompli une performance inédite pour le tennis italien depuis plus de quarante ans. Le dernier Transalpin en quarts était Corrado Barazzutti en 1977 (il avait même atteint le dernier carré cette année-là, stoppé par Jimmy Connors). Barazzutti est aujourd'hui son capitaine de Coupe Davis et les deux hommes sont devenus très proches. Le Romain aime puiser dans les conseils de ses glorieux anciens. "On parle tous les jours ensemble, il m'aide beaucoup", avouait Berrettini après sa victoire contre Andrey Rublev en huitièmes de finale.

Il échange aussi régulièrement avec LA légende transalpine, Adriano Panatta, seul vainqueur de Grand Chelem italien chez les hommes dans l'ère Open. "Quand j'avais 16 ans, se marre Matteo, il est le premier à m'avoir dit 'toi, tu vas servir à 220 km/h'. Moi, je disais 'oui, enfin, je ne sais pas, mais si vous me dites ça, je vais vous croire.'" Pendant cet US Open, Panatta envoie régulièrement des textos à son lointain héritier. "Le jeu a changé depuis leur époque, mais pas l'aspect mental du tennis. J'aime parler de ça avec eux, de leurs grands matches. Ils m'inspirent beaucoup."

Mais il est en quête d'informations au-delà du cercle transalpin. Toujours assoiffé de références, il a pris son courage à deux mains l'an dernier pour approcher Ivan Lendl lors des "ATP University", où l'ancien numéro un mondial comptait parmi les intervenants : "Il m'a donné beaucoup de conseils mais les mots que j'ai retenus, c'est surtout : amuse-toi et ne perds jamais ta passion."

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L'anti-Fognini

Le tennis italien, chez les hommes, ne s'est pas aussi bien porté depuis la fin des années 70. Fabio Fognini a intégré le Top 10 et remporté un Masters 1000. L'an passé, Marco Cecchinato avait disputé les demi-finales à Roland-Garros, même s'il patine sérieusement depuis. Et le jeune prodige Jannik Sinner, 18 ans, n'est déjà plus très loin du Top 100. Mais Matteo Berrettini est peut-être celui qui va porter l'Italie vers les sommets.

Il a toutes les armes pour cela. Rien qu'avec son énorme service (même si, de son propre aveu, il peut utiliser encore mieux cette arme) et son coup droit dévastateur, il dépote. Il ne faut pour autant pas le réduire à ça. Il est aussi doté d'une jolie main, s'avère plutôt mobile pour un quasi double-mètre et il bosse, beaucoup.

Berrettini, c'est aussi l'anti-Fognini. Aussi sage et structuré dans sa tête que Fabio peut être et rendre dingue. Il n'insulte personne, ne casse pas de raquette et quand il est en colère, c'est après lui-même. "Il est même parfois trop dur avec lui-même", estime Santopadre. "Je suis ambitieux et j'attends énormément de moi", confirme le jeune homme.

Federer et Berrettini à Wimbledon

Federer et Berrettini à WimbledonEurosport

Tarantino pour devenir plus "méchant"

Mais son principal défaut, à écouter son coach, c'est d'être encore "trop gentil". Ce fut patent face à Roger Federer à Wimbledon il y a deux mois. Comme s'il avait eu peur de faire mal à celui dont il avait le poster accroché dans sa chambre d'ado. Un syndrome classique quand on affronte son idole, mais qui a tendance à se généraliser chez l'Italien. Son coach aimerait le voir forcer un peu sa nature et devenir plus "méchant" sur le court. Dans le bon sens du terme, évidemment. Pour l'y aider, Santopadre lui a infligé la filmographie complète de... Quentin Tarantino.

Mercredi, le nouveau gentil géant du circuit va tenter face à Gaël Monfils de prolonger son rêve américain. Encore un à propos de qui il n'a que du bien à dire : "Un athlète incroyable, que j'adorais voir jouer déjà quand j'étais tout jeune. La façon dont il bouge sur le court, dont il saute, c'est dingue." Immense fan de NBA (et de LeBron James, son autre idole d'enfance avec Federer), Berrettini savoure en connaisseur les aptitudes athlétiques du Français. "Ça va être un grand plaisir de jouer contre lui", jure l'Italien. Mais nous ne sommes plus à Wimbledon et Monfils n'est pas Federer. Alors, promis, Matteo n'a pas l'intention d'être le spectateur de ce match-là.

Matteo Berrettini tout sourire pendant l'US Open

Matteo Berrettini tout sourire pendant l'US OpenGetty Images

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