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Nadal, le guerrier ultime

Nadal, le guerrier ultime

Le 06/09/2019 à 18:27Mis à jour Le 06/09/2019 à 18:29

US OPEN - Matteo Berrettini, futur adversaire de Rafael Nadal en demi-finale vendredi, et Diego Schwartzman, battu par l'Espagnol en quart mercredi soir, ont convergé pour qualifier le numéro deux mondial de "plus grand combattant de l'histoire du tennis". Et pour le coup, ce débat-là , contrairement à celui du "GOAT", ne fait pas vraiment débat.

L'an passé, alors que je préparais un long format sur les dix ans de la finale de Wimbledon 2008 entre Roger Federer et Rafael Nadal, Mats Wilander m'avait dit ceci : "je ne sais pas qui est le plus grand joueur de l'histoire, parce qu'il y a trop d'éléments subjectifs, ne serait-ce que pour se mettre d'accord sur les critères. Chacun a son idée, j'ai la mienne. En revanche, Rafael Nadal est le plus grand combattant de l'histoire du tennis."

L'ancien numéro un mondial m'avait même dit "et de loin", avant d'ajouter : "nous sommes tous des compétiteurs. J'étais un compétiteur, on ne devient pas un champion de ce niveau sans être un compétiteur. Mais Rafa est un guerrier d'une autre dimension. Et le guerrier doit gagner. Comme un animal, pour qui ce serait une question de vie ou de mort."

Rafael Nadal

Rafael NadalGetty Images

Nadal restera pour l'éternité ce guerrier ultime

A New York, ce mercredi, l'adversaire et le futur adversaire de Nadal dans cet US Open 2019 ont dit exactement la même chose. L'un, Diego Schwartzman, ne le connait que trop bien pour avoir perdu pour la huitième fois en huit matches contre lui. Pour quarante-huit heures encore, l'autre, Matteo Berrettini, ne l'avait encore pratiqué, comme vous et moi, que devant sa télé ou en tribunes. Mais tous deux ont souligné cet élément-là. Qu'on l'observe ou qu'on le pratique, l'Espagnol délivre la même impression.

Quand il n'appartiendra plus au présent mais à l'Histoire, avec la patine du temps, c'est sans doute l'image que beaucoup garderont d'abord de lui. Un combattant d'une férocité hors normes. Qui ne cède jamais un pouce de terrain. Il faut, toujours, lui marcher dessus. Jamais il ne cèdera la place. Cette dimension a quelque chose de fascinant chez lui.

Ce leg-là devra peut-être aussi beaucoup au fait qu'il appuie naturellement cette image par un langage corporel expressif. Un Federer, par exemple, est un combattant à sa manière. Le renoncement est absent de l'ADN de ces gens-là. Mais son expression se manifeste par une neutralité toute suisse. Quand Federer gagne un point extraordinaire, s'il serre le poing en lâchant un "chum jetzt", il est au sommet de son extraversion. Nadal, lui, lâche les chevaux. Aucun calcul là-dedans. C'est juste lui.

Rafa Nadal (US Open 2019)

Rafa Nadal (US Open 2019)Getty Images

Quand on a demandé mercredi à Matteo Berrettini de parler de Nadal, alors son potentiel (probable, pour tout dire) futur adversaire vendredi, il n'a pas hésité une seconde : "je pense qu'il est le plus grand combattant de l'histoire de ce sport." Trois décennies le séparent de Wilander. Mais les mêmes mots. "Pour moi, c'est incroyable ce que fait Rafa, je l'admire énormément pour la façon dont il se comporte sur le court, a poursuivi l'Italien, dont l'idole d'enfance et d'adolescence est, rappelons-le, Roger Federer. Son attitude est proche de la perfection. Même s'il y a 5-0, 40-0, il est toujours là avec la même intensité, et ça ce n'est pas facile à faire."

"Comme le lion au milieu de la jungle"

Tout est là. Rafael Nadal place la même intensité dans chaque point. A 19 ans comme à 33. A 5-0 comme à 6-6. C'est ce qui rend si dur n'importe quel match contre lui. Être un grand combattant, un vrai guerrier, c'est une affaire de chaque instant. Invité à réagir au jugement de Matteo Berrettini après avoir plié en trois sets contre le numéro deux mondial, Diego Schwartzman n'a pu qu'acquiescer. "Oui, je suis d'accord avec Matteo", a-t-il confirmé. Et lui aussi s'est rapproché des paroles de Wilander, dans la métaphore animalière. "Pour moi, Rafa est comme le lion au milieu de la jungle, vous savez. Il n'y a pas plus guerrier que lui."

C'est d'autant plus saisissant que, une fois en dehors du court, Nadal apparait comme quelqu'un d'affable. Cette dichotomie entre l'homme et le champion accentue encore l'image du second en action. C'est David Banner et Hulk. A l'inverse d'un Jimmy Connors, qui vous aurait mis aussi mal à l'aise raquette en main que dans le vestiaire, ou si vous l'aviez invité à prendre l'apéro chez vous. Il n'y avait qu'un Connors. Il y a deux Nadal. Rafael ne ferait pas de mal à une mouche. Sur le terrain, on croirait Nadal prêt à vendre sa mère. Image trompeuse évidemment. Il a le combat noble. C'est un lion, pas un chacal ou une hyène.

Rafael Nadal

Rafael NadalGetty Images

Paradoxalement (ou pas), l'intéressé voit dans sa personnalité à la ville un élément facilitateur de son expression à la scène. "Je suis plutôt quelqu'un de stable et de calme dans ma vie. Ça aide d'avoir cette stabilité", dit-il. Si Rafael sait qui il est, Nadal le saura aussi.

Mais pour un peu, ça l'embêterait qu'on le réduise à ça. Cet aspect-là frappe tout le monde depuis quinze ans et ce n'est pas un hasard si une ancienne gloire et un NextGen partagent spontanément le même ressenti. "L'état d'esprit, c'est une des clés du succès, mais ce n'est pas la seule, ça ne fait pas tout honnêtement, insiste-t-il. Oui, j'entends tout ce qu'on dit sur le fait que, OK, j'aurais un bon état d'esprit, un état d'esprit fort sur le court. Mais je ne suis pas le seul. Il y a plein d'autres grands combattants."

Il n'est sans doute pas à la meilleure place pour en juger et ce n'est pas son genre ("je n'aime pas parler de moi", a-t-il redit mercredi soir quand les propos de Berrettini et Schwartzman lui ont été rapportés), mais, pour le coup, s'il y en a d'autres, oui, pas sûr qu'il y en ait deux comme lui.

Vidéo - US Open - Nadal a fait rugir le Tigre !

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