"Petit coup de bâtard", "crétin" et magiciens : Le Top 100 de l'US Open (60-51)

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US OPEN - Nous continuons de remonter dans notre classement des 100 rencontres les plus marquantes de l'US Open dans l'ère Open chez les messieurs. Vendredi, aux portes du Top 50, un duel épique entre Novak Djokovic et Gaël Monfils encore gamins, le craquage d'Andy Roddick et trois sets de pur bonheur entre Roger Federer et Fabrice Santoro.

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Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

60. Petr Korda - Shuzo Matsuoka

Edition : 19951er tourVainqueur : Petr Korda (République tchèque)Adversaire : Shuzo Matsuoka (Japon)Score : 7-6(4), 6-7(4), 6-7(8), 6-5, ab.
Un magnifique coup droit gagnant, un long hurlement qui transperce le ciel new-yorkais et Shuzo Matsuoka qui s'effondre sur le ciment brûlant du Grandstand... Le Japonais, cuit à l'étouffé après 3h26 d'un match particulièrement âpre et joué dans une moiteur à vous faire transpirer un dromadaire, ne se relèvera pas, alors que la victoire lui tend les bras. Tandis qu'il mène 2 sets à 1 et sert dans le 4e pour égaliser (encore) à 6-6, le 64e joueur mondial, révélé deux mois plus tôt à Wimbledon en atteignant les quarts de finale, est terrassé par de violentes crampes à la jambe gauche qui le menaçaient depuis plusieurs minutes.
La scène qui suit est poignante, elle fait presque peine à voir. Le règlement, qui considère à l'époque les crampes comme une perte naturelle de condition physique, n'autorise aucune assistance médicale pour celui qui en souffre. Matsuoka est donc laissé là à sa longue et déchirante agonie, sous les yeux de son adversaire impassible, du public stupéfait et de l'arbitre qui se met à le compter tel un boxeur groggy. N'ayant d'autre choix que d'appliquer la procédure, il égrène les avertissements pour dépassement de temps jusqu'à l'inexorable disqualification. Jeu, set et match par KO (rda).
Une aubaine pour le Tchèque qui viendra secourir son adversaire une fois la disqualification prononcée et en profitera pour atteindre les quarts de finale d'un tournoi où il n'avait jamais dépassé le 2e tour.
Quant à ce pauvre Matsuoka, il sortira du court en pleurs mais sa souffrance n'aura pas été vaine. Dès l'année suivante, les instances modifieront conjointement le règlement pour permettre aux crampes d'être désormais considérées comme une blessure normale. Elles feront machine arrière en 2010.
Malgré sa détresse, le Japonais, lui, ne se plaindra jamais. Au contraire, il déclarera même trouver tout à fait juste le règlement qui venait de le crucifier. On en connaît qui aurait fait preuve de beaucoup moins de classe.

59. Roger Federer - Andre Agassi

Edition : 2004 Quart de finale Vainqueur : Roger Federer (Suisse) Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis) Score : 6-3, 2-6, 7-5, 3-6, 6-3
Avec la nouvelle structure et le toit qui recouvre désormais le court Arthur-Ashe, les néophytes ont certainement tendance à l’oublier, mais jouer à Flushing Meadows, c’était aussi affronter les éléments. Parlez-en à Roger Federer et Andre Agassi qui y ont vécu un quart de finale des plus étranges et captivants. Joué sur deux jours car interrompu le mercredi soir par un déluge, ils ont dû faire face à la reprise du jeu le jeudi à l’ennemi ultime du joueur de tennis : le vent.
Patron du circuit depuis quelques mois, le jeune bâlois joue alors son premier quart de finale à l’US Open, alors même qu’il a déjà triomphé deux fois à Wimbledon et une fois à l’Open d’Australie. Cette relative inexpérience à New York n’en fait pas moins le favori de ce match et du tournoi, mais Agassi, victorieux à Cincinnati quelques semaines plus tôt, retrouve la forme au bon moment, lui qui était 12 mois plus tôt le plus vieux numéro 1 mondial de l’histoire. Et s’il est mené deux sets à un avant l’interruption du jeu par la pluie, c’est bien lui qui fait la meilleure impression.
A la reprise le lendemain, l’expérience de l’Américain semble d’abord payer. Moins déstabilisé par le vent, il revient à deux sets partout. "Frapper la balle au centre, c’était un super coup aujourd’hui. C’était aussi extrême que possible. Littéralement, si la balle en quittant ma raquette atterrissait dans le court, j’avais l’avantage. Et vice versa pour lui. Si les chaises s’envolent, c’est un problème", témoignera-t-il à sa sortie du court sous une ovation du public new-yorkais qui craint alors la retraite de son héros.
Car Federer, qui aura pourtant marqué 4 points de moins que son adversaire sur le match, finit par s’en sortir, gardant le contrôle de ses nerfs malgré les bourrasques dans la manche finale. Après Sampras à Wimbledon en 2001, il fait chuter Agassi en Majeur, mettant fin à la domination américaine à Flushing et validant un passage de témoin entre générations. Un succès-clé qui lui ouvre les portes d’un dernier carré qu’il survolera pour aller chercher le premier Petit Chelem depuis Mats Wilander en 1988.

58. Björn Borg - Roscoe Tanner

Edition : 1980Quart de finaleVainqueur : Björn Borg (Suède)Adversaire : Roscoe Tanner (Etats-Unis)Score : 6-4, 3-6, 4-6, 7-5, 6-3
Un an plus tôt, Roscoe Tanner a signé un des exploits de sa carrière en battant Björn Borg en huitièmes de finale de l'US Open, à la lumière des projecteurs, ceux que le Suédois déteste tant. "Je préfère jouer le jour, dit-il. La nuit, la balle va plus vite, et c'est plus difficile de la voir venir." Surtout quand on affronte une enclume comme Tanner.
Mais tout le monde en est convaincu, 1980 peut (enfin) être son année à New York. Vainqueur de Roland-Garros et de Wimbledon après une inoubliable finale contre McEnroe, Borg veut le Grand Chelem. Il se dit prêt à aller en Australie en décembre pour cela. Mais d'abord, gagner l'US. Même si leur match se tient cette fois sous le soleil, il craint Tanner. A raison. Le gros serveur américain lui a souvent posé des soucis et c'est encore le cas dans ce quart de finale.
Roscoe Tanner mène deux manches à une puis 4-2 dans le 4e set. "Ce que j'ai pensé à ce moment-là ? Que ça allait très, très difficile de gagner ce match", sourira le Nordique au bandeau FILA. Il va quand même trouver le moyen de revenir pour arracher un 5e set. Là, Tanner dispose d'une dernière opportunité à 15-40 dans le tout premier jeu. Après ça, Borg va remporter... 19 points consécutifs sur son service et sauter sur sa première occasion de break. Il passe. Par un trou de souris, mais il passe.
Faut-il s'étonner du dénouement ? Le numéro un mondial n'a plus perdu un match en cinq sets depuis plus de cinq ans. 13 victoires consécutives dans ce contexte. Son calme absolu et son inébranlable confiance sont alors des atouts précieux. Pendant que McEnroe et Connors doivent s'étriper dans une demi-finale qui s'avèrera culte et même fondatrice pour l'âme de Flushing Meadows, Borg, lui, va gober Johan Kriek. C'est sûr, c'est son année. Ou pas.

57. Jimmy Connors - Andres Gomez

Edition : 19813e tourVainqueur : Jimmy Connors (Etats-Unis)Adversaire : Andres Gomez (Colombie)Score : 6-7(4), 6-3, 6-1, 4-6, 7-6(5)
Un match comme Connors en a joué tant dans sa vie. Souvent, il les a gagnés. Celui-ci aussi. Un formidable match de gauchers, dans l'intensité et la dramaturgie. Face à lui, un jeune homme de 21 ans venu d'Equateur nommé Andres Gomez. S'il n'est encore que 50e mondial, c'est LE match qui le révèle au grand public qui découvre ce soir-là celui qui deviendra un des meilleurs seconds rôles du circuit ATP jusqu'à sa consécration à l'aube de la trentaine, lorsqu'il remportera Roland-Garros en 1990.
Connors est son idole. "J'ai du respect et de l'admiration pour lui, dit-il avant de l'affronter. J'aime sa façon de jouer et d'être sur le court. Mais je vais devoir le regarder comme n'importe quel autre joueur." Il n'y a pas une tâche plus complexe, psychologiquement parlant, que d'affronter Connors à Flushing Meadows. Encore moins quand vous êtes jeune et que l'animal est votre héros. Mais Gomez va parvenir à laisser tout cela de côté. Un combat de titans, de quatre heures et vingt-deux minutes, où les deux joueurs vont être pris à tour de rôle par les crampes.
Lorsqu'il breake à 5-5 dans la dernière manche, Gomez sert pour le premier grand exploit de sa carrière. Connors peine à marcher mais achever cette bête blessée sur "son" court Louis-Armstrong, c'est tout sauf simple. Evidemment, Jimbo va débreaker. A 30A, soit à deux "petits" points de la victoire, l'Equatorien est lâché par sa première balle. Connors va s'en délecter. Deux points plus tard, il a recollé.
Evidemment, il va remporter ce dernier tie-break, en concluant sur un ace. Seulement son second dans cette partie. Les deux bras tendus vers le ciel comme s'il avait gagné le tournoi, Connors savoure. Et une fois n'est pas coutume, il trouve le temps de rendre hommage à son adversaire : "Pas de doute, c'est un très bon joueur. Je n'ai pas souvent vu un coup droit comme ça." Il n'a pas tort. Et Gomez, en retour, aura cent fois raison en affirmant : "Je ne me croyais pas capable de jouer comme ça. Pour une raison étrange, Jimmy semble extraire le meilleur de vous en vous poussant à combattre."

56. Lleyton Hewitt - Andy Roddick

Edition : 2001Quart de finaleVainqueur : Lleyton Hewitt (Australie)Adversaire : Andy Roddick (Etats-Unis)Score : 6-7(5), 6-3, 6-4, 3-6, 6-4
"C’était juste sur la ligne ! Tu es définitivement crétin ?" Détrompez-vous, la citation n’est pas de John McEnroe, mais d’un autre adolescent américain en colère. Ce 6 septembre 2001, lendemain d’un choc de titans qui a ébloui Flushing entre Pete Sampras et Andre Agassi, deux jeunes loups sont bien déterminés à montrer qu’ils sont prêts à prendre la relève des légendes. Casquettes à l’envers et dents qui raient le parquet, Lleyton Hewitt, 20 ans, et Andy Roddick, 19, se jettent éperdument dans une autre bataille mémorable.
Seulement 156e mondial en début d’année, le natif du Nebraska s’est révélé dans les mois précédents : son service de plomb et sa puissance phénoménale en coup droit lui ont permis d’aller chercher ses trois premiers titres et d’intégrer le top 20 mondial. Sacré à Washington avant l’US Open, il reste sur 10 succès et est en pleine bourre avant ce duel de jeunes loups contre un Hewitt déjà installé dans le top 5.
Quand Roddick revient à deux sets partout, la foule se met à scander "USA, USA", comme s’il s’agissait d’une rencontre de Coupe Davis. Conquise par le phénomène A-Rod, elle espère aussi voir perdre Hewitt, accusé de racisme plus tôt dans le tournoi lors de son 2e tour contre James Blake. La bataille est sublime, le dénouement dramatique. Après être passé près d’un break décisif dans le jeu précédent, Roddick sert pour rester dans le match à 4-5. Son coup droit décroisé semble accrocher la ligne mais l’arbitre Jorge Dias en décide autrement, ce qui fait sortir de ses gonds l’Américain qui écope d'un "warning".
"Je ne me souviens d’absolument rien de ce qui s’est passé après ce point. J’avais vraiment besoin de m’enlever ça de l’esprit mais ce n’est pas complètement parti. C’est un overrule absolument pathétique. C’est assez démoralisant quand on se bat aussi longtemps et que quelque chose comme ça arrive", considérera-t-il encore après avoir finalement perdu ce jeu et le match après 3h40 électriques. Hewitt, lui, ne s’en soucie guère. Un premier titre en Grand Chelem l’attend à New York.

55. Jimmy Connors - Stefan Edberg

Edition : 1989Huitième de finaleVainqueur : Jimmy Connors (Etats-Unis)Adversaire : Stefan Edberg (Suède)Score : 6-2, 6-3, 6-1
L’US Open et Jimmy Connors sont indissociables. Il y a triomphé à cinq reprises et y a vécu ses matches et épopées les plus mémorables. Dans la fureur et le bruit new-yorkais, ils étaient peu à s’épanouir comme "Jimbo". Et en fin de carrière, il y a retrouvé d’étonnantes sensations. Deux ans avant même sa dernière grande aventure en 1991, il a ainsi fait vivre à Stefan Edberg, pourtant alors numéro 3 mondial et qui sortait de deux finales consécutives en Grand Chelem à Roland-Garros et Wimbledon, un cauchemar.
Sur le déclin les années passant, Connors avait quitté le top 10 quelques mois plus tôt pour la première fois (à l’exception d’une petite semaine en 1988) depuis… 1973 et la création du classement ATP. Les destins de l’Américain et du Suédois se croisaient donc. Imaginer voir le premier l’emporter était déjà osé, mais dans ces proportions, cela relevait de la chimère. Et pourtant, "Jimbo" ne laissera que six jeux à son pauvre adversaire déboussolé. Et plutôt presque seulement 5, puisque l’Américain a même écopé d’un jeu de pénalité en début de deuxième set après avoir déversé un tombereau d’insultes à l’arbitre Richard Ings.
Passé à côté de son sujet alors qu’il avait fait le break d’entrée dans les deux premières manches, Edberg a fait l’effet d’un boxeur sonné sur le ring, KO debout. "Je ne me suis jamais senti dans le match. Je n’arrivais pas à passer ma première, et quoi que je fasse, il répliquait avec quelque chose de mieux",, constate le talentueux Suédois qui souligne la qualité de la prestation adverse : "Exceptionnelle, c’est le mot. Il n’a pas fait la moindre erreur."
A 37 ans, Connors avait pris dix semaines pour se ressourcer et perdu 7 kilos avant le tournoi pour voir s’il était encore capable de jouer les trouble-fête. Force est alors de constater que oui. "Je profite du jeu ici plus que n’importe où dans le monde. Tout le monde pousse, se bouscule. Les spectateurs comprennent ce que ça veut dire d’aller sur le court et de tout donner pour eux. Ce sont aussi des animaux, comme moi. J’ai joué comme un animal toute ma vie. Être en cage avec ces gens, c’est beaucoup de plaisir", jubile le vétéran sur qui, décidément, le temps ne semblait pas avoir de prise à Flushing.

54. Fernando Verdasco - David Ferrer

Edition : 2010Huitième de finaleVainqueur : Fernando Verdasco (Espagne)Adversaire : David Ferrer (Espagne)Score : 5-7, 6-7(8), 6-3, 6-3, 7-6(4)
Le terme est désormais galvaudé dans le monde sportif, utilisé à l’envi depuis un soir fameux de mars 2017 qui a vu le FC Barcelone terrasser le PSG (6-1). Mais la "remontada" n’est pas une exclusivité catalane, c’est avant tout une spécialité espagnole. Sept ans plus tôt, lors d’un huitième de finale acharné sur le court Louis-Armstrong, le Madrilène Fernando Verdasco l’a expérimenté à sa plus grande joie et au grand dam de son compatriote valencien David Ferrer.
Flushing s’émerveille alors devant la densité du haut niveau espagnol qui présente six joueurs en deuxième semaine, un record pour un pays étranger depuis le début de l’ère Open. Si Rafael Nadal est programmé plus tard sur le Arthur-Ashe face à Feliciano Lopez, c’est bien ce Verdasco-Ferrer qui constituera le point d’orgue de cette journée à consonance ibérique. Bien qu’accrochée, la partie débute sous de sombres auspices pour Verdasco, mené deux sets à rien. Mal en point donc, il prend même un temps mort médical pour soigner sa cheville droite en début de troisième acte.
Mais au courage et fidèle à sa tactique de puncheur, il refait son retard, imposant son rythme, distribuant les pains ahurissants, même si la réussite n’est pas toujours au rendez vous (73 coups gagnants pour 89 fautes directes). Mentalement, le Madrilène tient donc le choc : même un break concédé en début de 5e set ne l’atteint pas. Dans le tie-break décisif, mené 1-4 (double mini-break contre lui), il aligne six points et remporte la partie sur un échange d’anthologie. En mission, il court sur une volée amortie et décoche un passing de coup droit qui contourne le filet in extremis. Quasiment dans les chaises, il s’effondre de bonheur.
Un tel combat de gladiateurs (4h23 de jeu) ne pouvait pas rêver meilleure fin, laissant les spectateurs en transe. La pilule est dure à avaler pour Ferrer qui ne perdra plus contre son compatriote par la suite. "C’est le plus grand come-back de ma vie", estimera pour sa part Verdasco qui ne pourra rien faire en quart de finale face à un autre Espagnol sur la route de son premier titre à l’US… Rafael Nadal évidemment.

53. Novak Djokovic - Gaël Monfils

Edition : 20053e tourVainqueur : Novak Djokovic (Serbie)Adversaire : Gaël Monfils (France)Score : 7-5, 4-6, 7-6(5), 0-6, 7-5
Un mémorable duel entre deux immenses espoirs du tennis mondial. L'un deviendra un des plus grands champions de l'histoire, l'autre un showman apprécié du public mais aux performances trop sinusoïdales pour ne pas s'avérer frustrantes. Novak Djokovic a 18 ans. Gaël Monfils à peine un de plus. C'est le premier duel entre les deux jeunes pousses. Avec un court annexe en guise de théâtre et un cagnard du diable en invité indésirable.
A l'époque, même si c'est difficile à appréhender quinze années plus tard, le plus cador des deux, c'est Monfils. Le Français a claqué un Petit Chelem chez les juniors en 2004 et son pedigree fait l'unanimité. Ce jour-là, mené deux manches à une, il prend irrémédiablement le dessus physiquement. Lorsqu'il claque un 6-0 au Serbe dans le 4e set, l'affaire paraît entendue. Mais Djoko, pas encore Djoker, a de la ressource.
Dans un 5e set que l'on qualifiera d'improbable, Djokovic se voit d'abord refuser un temps mort médical alors qu'il dit souffrir de problèmes respiratoires. Temps mort refusé, car on ne peut en solliciter pour un "état de fatigue générale" ou une "pathologie préexistante" selon les règlements. Un peu plus tard, à 4-3, 40-40, Novak fait donc à nouveau appel au médecin, cette fois pour une... blessure à l'épaule. La partie s'arrête pendant douze minutes. Quand elle reprend, le mort-vivant a repris des couleurs et finit par s'imposer 7-5.
"Je suis vraiment désolé pour Gaël, qui est un bon copain. Mais je devais prendre ces temps morts", invoque le futur numéro un mondial pour sa défense. "Djoko m'a fourré, il m'a fait un bon petit coup de bâtard", dira la Monf' quelques mois plus tard à propos de ce match. Avant de devenir, bientôt, beaucoup plus fort, non seulement que Monfils mais que la quasi-totalité du reste du monde, Nole était déjà le plus malin.

52. Roger Federer - Fabrice Santoro

Edition : 20052e tourVainqueur : Roger Federer (Suisse)Adversaire : Fabrice Santoro (France)Score : 7-5, 7-5, 7-6(2)
A quoi reconnait-on qu'un joueur n'est pas tout à fait comme les autres ? Peut-être quand, après plus de vingt ans de carrière, un de vos matches les plus mémorables est une défaite en trois sets au 2e tour d'un tournoi du Grand Chelem. Fabrice Santoro, atypique s'il en est, est tombé à une mauvaise époque. Son jeu anachronique à l'heure de l'émergence de la toute puissance, ne lui a pas permis de se construire un palmarès d'exception. Il n'a même joué qu'un seul quart de finale majeur dans toute sa carrière. Mais il n'a pas laissé indifférent. Parce qu'il était différent.
"Fabulous Fab", ou "Le Magicien", n'a jamais autant mérité ces surnoms que lors de ce 2e tour perdu contre Roger Federer en 2005 à New York. Il est très difficile de ne pas aimer le tennis après un tel show. Trois sets seulement, oui, mais du bonheur plein les yeux. Un tweener gagnant, des changements de mai, une volée jouée main dans le dos, des coups de patte, des changements de rythme, des filouteries. Santoro va tout essayer. En face, c'est le meilleur Federer. Celui qui dévaste alors tout sur son passage. Mais ce soir-là, il doit vraiment produire son meilleur tennis pour ne pas s'embarquer dans un match à rallonge.
Santoro affiche aussi beaucoup de courage et de détermination. Comme pour ne pas sombrer alors qu'il se retrouve rapidement mené 5-1 malgré une belle qualité de jeu. Il va revenir à 5-5 et chacune des trois manches va se jouer presque à la limite. Mais Federer a trop de marge sur les points importants, à l'image du tie-break du 3e set où il va s'envoler pour mener 6-0. Jamais il ne tremblera vraiment. Reste un régal pour les yeux, et l'émerveillement d'un public qui va pousser derrière le lutin français.
Peut-être parce qu'il avait su appliquer le conseil de John McEnroe : "Fais un beau point d'entrée, un truc spectaculaire, lève les bras et tu auras le public dans la poche", lui avait dit Mac, consultant à la télévision américaine. Résultat, un tweener gagnant dès le 2e jeu et bingo. A part pour un match de Connors, on a rarement vu une telle ambiance de corrida pour un match du 2e tour. Olas, standing ovations et même des chants ("If you like Fab Santoro, clap your hands!"), le Frenchy, même battu, vole un peu la vedette au numéro un mondial. "J'ai pris un pied pas possible", savoure-t-il en quittant le court. Il n'était pas le seul.

51. Tony Roche - John Newcombe

Edition : 1969Demi-finaleVainqueur : Tony Roche (Australie)Adversaire : John Newcombe (Australie)Score : 3-6, 6-4, 4-6, 6-3, 8-6
Parce qu'il était le dernier à avoir battu Rod Laver, trois mois plus tôt, au Queen's, l'Australien John Newcombe – dominé en revanche dans la foulée par son compatriote en finale de Wimbledon - était l'épouvantail annoncé de cet US Open. Le mieux placé en tout cas, pensait-on, pour empêcher in extremis Laver de boucler le premier (et seul à ce jour) Grand Chelem de l'ère Open.
Mais "Newk " n'atteindra jamais la finale attendue, ou espérée, entre les deux premières têtes de série. Eliminé en demi-finales par le troisième larron australien de ce dernier carré, Tony Roche. La fin d'un long calvaire pour le septuple vainqueur en Grand Chelem, dont le parcours new-yorkais prend des allures d'épopée au long cours qui va finir par le conduire à l'épuisement.
Accroché au 3è tour par Pierre Barthès, Newcombe remporte ensuite un huitième de finale dantesque face à l'Américain Marty Riessen, 25-23 au 4è set, soit le plus long set de l'histoire du tournoi. Derrière, il enchaîne par un nouveau marathon face à un autre Australien, Fred Stolle, qu'il bat 13-11 au 5è set.
On veut bien que l'US Open se joue alors sur gazon, mais quand même... Tous ces marathons laissent des traces. Et pourtant, l'élégant moustachu ne va pas se coucher sans livrer un dernier duel au couteau. Face à Tony Roche, son partenaire de double, il lutte jusqu'à son dernier centilitre d'énergie, s'inclinant finalement 8-6 au 5è set.
Une aubaine pour Laver, qui préférait sans doute affronter Roche en finale, d'autant que le gaucher, futur entraîneur de Lendl, Hewitt et Federer, s'est froissé un muscle de la cuisse durant cette demie. L'histoire aurait été différente, peut-être, si Newcombe avait joué un peu plus à l'économie. Mais on ne refait pas l'histoire.
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