Naomi Osaka a repris sa marche en avant. Lors de ses quatre derniers Majeurs, la Japonaise n’avait pas dépassé les huitièmes de finale. Des résultats décevants, voire incompréhensibles pour une joueuse aux qualités physiques et tennistiques si phénoménales qu’elles lui avaient permis d’aller chercher son 1er titre en Grand Chelem face à la légende Serena Williams à Flushing Meadows, il y a deux ans. Avant de confirmer contre Petra Kvitova à l’Open d’Australie 2019. Nouvelle numéro 1 mondiale dans la foulée, la Japonaise a été submergée par cette célébrité soudaine, au point de traverser une période de flottement. Mais, tout au long de cette quinzaine, elle a renoué le fil de son destin d’exception.

A pas encore 23 ans, Osaka est devenue la première joueuse à remporter ses trois premières finales de Grand Chelem depuis Jennifer Capriati (0pen d’Australie 2001 et 2002, Roland-Garros 2001). Et pour y parvenir, elle a encore fait preuve d’un caractère de championne. Car mal rentrée dans la partie, elle a frôlé la correctionnelle en ne sauvant qu’un seul des 9 premiers jeux. "Je trouvais que ce serait assez gênant de perdre en moins d'une heure, alors j'ai dû vraiment me battre et cesser d'avoir ce mauvais comportement", a-t-elle ainsi confié à sa sortie du court Arthur-Ashe, le trophée en main.

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"Le confinement m'a donné l'opportunité de réfléchir à ce que je voulais accomplir"

Mentalement, malgré son jeune âge, la Japonaise est déjà un monstre. Au-delà de son talent, de ses qualités tennistiques indéniables, de son explosivité et de sa puissance, c’est sa capacité à faire le vide dans sa tête quand elle en a le plus besoin, à se mettre dans sa bulle ou à se donner un coup de fouet, qui la distingue des autres. C’est ce qu’elle a réussi à faire alors que tout allait de mal en pis en début de deuxième set. "Je me suis juste dit d’être positive, de ne pas perdre 6-1, 6-0, et de rivaliser au mieux, avec un peu de chance", a-t-elle dévoilé.

Indéniablement, elle possède ce fameux "killer instinct" dont Serena Williams était la personnification quand elle dominait outrageusement le circuit. Si elle parvient à éviter la sortie de route précoce, elle devient difficile à arrêter. Une statistique le montre mieux que toute autre : à chaque fois qu’elle a atteint les quarts de finale en Majeurs, elle est allée au bout. Mais comment expliquer ce soudain retour de flamme après des mois de doutes ? L’arrêt du circuit a été l’occasion de réfléchir sur ses manques et le mal-être qu’elle traînait comme un boulet.

"Après ma première victoire à l’US Open, je n’ai jamais eu le temps de prendre du recul. Le confinement m’a donné l’opportunité de penser à beaucoup de choses, à ce que je voulais accomplir, à la manière dont je voulais que les gens se souviennent de moi. Je me suis présentée sur ce tournoi avec cet état d’esprit", a-t-elle expliqué. Entre la joueuse à la détermination redoutable et ultra-agressive sur le court et la jeune femme d’une timidité quasi-maladive dans la vie, l’écart était parfois trop difficile à gérer.

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Concilier engagement et réussite sportive : les clés d'un équilibre retrouvé

Elle a donc entrepris un travail sur elle-même, sortant de sa zone de confort, s’ouvrant davantage à ses fans sur les réseaux sociaux. Puis, elle a utilisé sa voix douce pour s’engager contre le racisme aux Etats-Unis. Une prise de parole rare dans le monde pourtant si policé du sport de haut niveau, et du tennis en particulier. Elle savait qu’elle prenait un risque, mais Osaka a ainsi donné du sens et de la substance à un statut de star qui la dépassait jusqu’alors. Pour montrer aux caméras ses 7 masques préparés en hommage à des victimes afro-américaines des violences policières, il lui fallait aller au bout du tournoi.

Elle a ainsi concilié son objectif sportif et la mission qu’elle s’était donnée. "J’ai vraiment essayé de mûrir ces derniers temps. Je ne savais pas vraiment la forme que ça allait prendre, mais les leçons que j’ai apprises m’ont permis de progresser en tant que personne. Je lis beaucoup de livres sur l’histoire haïtienne. Mon père en parle toujours (il est originaire d'Haïti, NDLR). J’essaie de ne pas m’informer que grâce à la télévision ou internet." Plus consciente de ce qu’elle représente, elle l’est aussi désormais de ce qu’elle accomplit.

Incertaine pour Roland-Garros ?

Comme lorsqu’elle s’est allongée sur le court Arthur-Ashe pour savourer ce 3e Majeur pendant de longues secondes. "Je pensais à toutes les fois où j’avais vu de grands joueurs s’effondrer et regarder le ciel. J’ai toujours voulu voir ce qu’ils voyaient. C’était vraiment un moment incroyable, je suis heureuse de l’avoir fait", s’est-elle encore livrée, s’inscrivant ainsi dans l’histoire de son sport. Aussi bien dans son jeu que dans sa tête, elle semble désormais mieux armée pour gérer la suite. A commencer par les célébrations.

"Je fêterai cette victoire en la gérant mieux que les deux précédentes. Plus je gagnerai de Grands Chelems, mieux je saurai les célébrer", s’est-elle amusée. Et pourquoi pas enchaîner à Roland-Garros ? Sur ce point, l’intéressée s'est montrée plus réservée. "Quand je suis arrivée ici, j’avais l’intention de jouer à Paris, mais on verra ce qui se passe", a-t-elle lâché, énigmatique. Ces dernières semaines, Osaka a en tout cas retrouvé les clés du succès. Et le circuit féminin, avec elle, s’est peut-être trouvé la patronne qu’il avait entrevue voici deux ans.

Naomi Osaka of Japan lays down in celebration after winning her Women's Singles final match against Victoria Azarenka of Belarus on Day Thirteen of the 2020 US Open at the USTA Billie Jean King National Tennis Center

Crédit: Getty Images

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