Sur le court, vendredi soir, après sa victoire contre Daniil Medvedev, Dominic Thiem a eu un petit trait d'humour, ironisant sur ses trois finales perdues en Grand Chelem. Et l'Autrichien de rappeler qu'Andy Murray, lui, a sa 5e tentative avant de mettre dans le mille. "Pour Andy, c'est facile maintenant puisqu'il en a gagné trois depuis", sourit l'Autrichien. Mais il n'y a que de la malice, ici. "Dimanche, ce n'est pas du tout à ça que je penserai", a-t-il assuré. Ou rassuré.

A y regarder de près, Thiem jouera très gros dimanche sur le court Arthur-Ashe. Oui, d'autres champions ont perdu quatre finales majeures avant d'engranger plusieurs titres. Murray, donc. Ou l'ancien entraîneur de ce dernier, Ivan Lendl. Sauf que le Tchécoslovaque avait 23 ans lorsqu'il a perdu sa quatrième finale. Murray ? 25. Thiem, lui, a fêté son 27e anniversaire il y a dix jours. S'il serait absurde d'affirmer que c'est "maintenant ou jamais" pour lui, disons que le temps commence doucement à presser.

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Tout est aussi affaire de contexte. Lendl a perdu ses quatre premières finales majeures contre Björn Borg, Jimmy Connors (à deux reprises) et Mats Wilander. Murray face à Roger Federer (trois fois) et Novak Djokovic. Thiem, jusqu'ici, a cédé par deux fois devant Rafael Nadal, à Roland-Garros qui plus est, et une troisième contre Novak Djokovic, à Melbourne, où le Serbe est comme chez lui.

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Thiem a tout pour lui

La donne n'est plus la même. Federer en convalescence (et en vacances prolongées), Nadal à la maison et déjà tourné vers Roland et Djokovic auto-éjecté de New York, le chemin de traverse s'est mué en autoroute. Pour sa quatrième opportunité, il se voit proposer une proie a priori nettement plus abordable en la personne d'Alexander Zverev, novice dans un match de cette envergure.

L'intéressé refuse évidemment de voir les choses sous cet angle. Dans son discours, Zverev, Nadal ou Djokovic, c'est du pareil au même : "Pour moi, ça ne change rien que ce soit Sascha ou un membre du Big 3 contre moi en finale. Ça ne modifie pas mon état d'esprit. Je sais de quoi Sascha est capable. C'est un grand champion. En dehors d'un Majeur, il a gagné les plus grands tournois."

Il ne peut guère s'avancer en disant autre chose, mais pour être clair, Dominic Thiem a tout pour lui avant cette finale. Sur cette quinzaine, il a impressionné. Solide, sûr de lui, autoritaire même, il suit depuis deux semaines une trajectoire presque rectiligne de nature à l'amener jusqu'au titre. Tout le contraire de son dernier adversaire. Alexander Zverev, branché sur courant alternatif, a eu le grand mérite de trouver une porte de sortie dans des situations souvent compliquées, mais il est loin d'avoir affiché le niveau de jeu ou la cons(is)tance du finaliste du bas de tableau.

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Le sacre ou le coup d'arrêt

Au vu de ce que l'un et l'autre ont montré à Flushing, voir Thiem subir un 4e revers en finale serait surprenant. Bien sûr, si Zverev gomme toutes ses scories, n'attend pas une heure et demie pour se mettre à jouer au tennis et sort le match de sa vie, ce qu'on demande à voir mais n'est pas impossible, bref s'il s'impose sans que Thiem ne passe au travers, la déception sera atténuée. Mais pour que Boris Becker, dernier vainqueur allemand en Grand Chelem, trouve un successeur dimanche, quelque chose nous dit que tout ne dépendra pas de Zverev. Il faudra que Thiem y mette du sien. Donc qu'il se rate.

Que l'on se repose sur ce passé très récent ou le CV respectif des deux hommes à ce stade de la compétition, une nouvelle défaite de Dominic Thiem aurait valeur de coup d'arrêt. Lors de sa première finale, l'Autrichien avait explosé à Paris contre Nadal. Un an plus tard, au même endroit et face au même adversaire, il avait pris un set. En Australie, contre Djokovic, c'est en cinq manches qu'il a cédé après avoir mené deux sets à un. Finale après finale, il s'est rapproché de la victoire. Au simple plan comptable (aucun set gagné, puis un, puis deux…) mais surtout dans ce qu'il a dégagé.

Thiem, c'est l'homme de la progression linéaire. Le cap est fixé depuis longtemps, mais pour s'en approcher, il a pris pas à pas plus qu'à coups de bonds de géants. Le voilà au bout de ce chemin. La tout dernière marche est devant lui. Il n'y a aucune raison qu'il trébuche. S'il subit un si peu enviable "quatre à la suite", il sera temps de s'interroger. Car quoi qu'en dise le numéro 3 mondial, perdre cette finale-là marquerait un point de rupture dans une carrière jusqu'ici constamment en marche avant.

Dominic Thiem savoure sa victoire contre Daniil Medvedev lors de la demie-finale de l'US Open 2020

Crédit: Getty Images

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