Un poux dans la crinière blonde d'Alexander Zverev ! A 23 ans, l'Allemand continue de diviser tant sa carrière connaît des hauts et des bas. Révélé aux yeux de la planète tennis en 2014, Zverev apparaît comme un vieux de la vieille alors qu'il n'a que 23 ans et encore toute une carrière devant lui. Son parcours chaotique jusqu'en finale de l'US Open est un parfait résumé de ce qu'il est en ce moment, un joueur en construction, sur tous les plans. Malgré les trous d'air, il va enfin disputer sa première finale en Grand Chelem face à Dominic Thiem, dimanche. Car Zverev est arrivé en Amérique du Nord avec une nouvelle arme dans son arsenal : David Ferrer.

Depuis l'Espagne, et la région de Valence où il vit, David Ferrer, nommé comme co-entraîneur (ou entraîneur à mi-temps), accompagne à distance "Sascha", élève très doué mais turbulent. Depuis 2017, il a déjà usé deux coaches, Juan Carlos Ferrero et la référence Ivan Lendl. Le premier a souligné ses nombreux retards aux entraînements, couplés à son absence de motivation et de travail. Le second s'est vite lassé de cette collaboration, préférant le golf, aux entraînements avec son nouveau poulain qui l'avait même recadré. Tout juste retraité, Ferrer, lui, n'a pas vraiment rangé les raquettes, ni coupé avec le monde du tennis.

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Trois appels pour convaincre "Le Poux"

Le droitier de Xabia continue la compétition dans sa région pour le plaisir. Surtout, il enseigne dans son académie de La Nucia, près d'Alicante. En début d'année, il a pris la direction de l'ATP 500 de Barcelone, dont l'édition 2020 a été annulée à cause de la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire a mis les plans de tout le monde en suspens. Mais pour Zverev, ce fut (presque) tout le contraire. Il a ainsi mis son plan "Ferrer" à exécution. Après avoir manqué à deux reprises de récupérer l'Espagnol pour l'intégrer dans son équipe, l'Allemand a eu gain de cause en juillet.

"Il m’avait appelé en fin d’année dernière, celle où j'ai arrêté, pour prendre la température pour un possible test. Il m’a relancé en début d'année. Il m’a demandé si j’avais du temps de disponible... Je travaillais à l’époque sur le tournoi de Barcelone, et je lui avais dit que non", a indiqué Ferrer à Eurosport Espagne. "Il m’a rappelé une troisième fois. Vu que c’était pendant la période du confinement, il est vrai que là, j’avais plus de temps. Cela m’a beaucoup plu qu’il m’appelle, lui. J'avais d’autres options, mais j'étais en contact aves des agents... Sa démarche, celle de me contacter directement pour qu’on travaille ensemble, a attiré mon attention. Cela a fait qu’on s’est tout de suite bien entendu. On s’est parlé comme si on était de la même famille."

Ferrer a convaincu Zverev

Convoqué début juillet à Monte-Carlo pour réaliser un test qui s'est rapidement transformé en essai grandeur nature de quinze jours, Ferrer a trouvé en Zverev un élève motivé et discipliné. Ce qui a eu le don de plaire à cet acharné de boulot. Il faut rappeler que Javier Piles, son mentor, l'a un peu martyrisé côté éthique de travail. "J'ai essayé de voir à quoi ressemblait son quotidien et j'ai aimé ce que j'ai vu. Ils m'ont vraiment laissé faire mon travail, que ce soit son équipe ou son père. Ils m'ont très bien accueilli. Ils étaient tous d'accord avec mes idées et ce que je voulais mettre en pratique niveau tennis avec Sascha. Et chose encore plus importante, il a appliqué ce que je lui ai conseillé, c'est quelque chose qui m'importe beaucoup", a raconté Ferrer à l'ATP au sujet de ses débuts comme coach.

Les deux hommes se sont engagés de manière continue début août. La date butoir de cette collaboration sera pour la fin de l'année. L'ancien finaliste de Roland-Garros n'a rien bouleversé chez Zverev dans son organisation, celui-ci étant toujours "drivé" au quotidien par son père, Alexander Zverev Senior, son phare. Après un an passé dans le cercle familial, le triple vainqueur en Masters 1000 a voulu poser un nouvel aileron à sa monoplace. Et il voulait Ferrer, à tout prix. La méthode de travail du frais retraité l'a ensuite séduit.

"Cette période d'essai a été tellement bien préparée. Le travail effectué a été incroyable", s'est enthousiasmé Zverev depuis Flushing Meadows. "J'ai plus aimé m'entraîner que je ne l'avais apprécié ces dernières années. C'est une décision qui coulait de source pour moi, je suis très heureux de l'avoir avec moi." Pour lui, cette collaboration entraîneur-joueur marchera tant que son nouveau référent sera pleinement impliqué dans le projet. "Tant qu’il prend du plaisir à faire cela, je prendrai du plaisir. La chose la plus importante qu’il m’ait dite pour le moment est la nécessité de prendre du plaisir dans ce que l’on fait. Une fois que tu as ce feeling, que tu aimes ce que tu fais, tu deviendras meilleur dans tous les cas."

Ferrer est stressé à distance

Resté en Espagne, protocole de l'USTA oblige, l'Espagnol a découvert les joies du coaching par téléphone portable. Messages, visio-conférences, les deux hommes ont profité au maximum de la facilité de communication pour travailler et échanger de manière fluide. Ferrer et Zverev discutent avant et après les matches et tout y passe : travail mental, plan tactique, détails de jeu. Ferrer le martèle, Zverev est un "joueur avec une énorme marge de progression", avec un potentiel de futur n°1 mondial. Il y a aussi une volonté de dépaysement chez lui. "J'étais très enthousiaste à l'idée de travailler avec un étranger. Découvrir une autre approche m'a motivé. Je voulais apprendre une méthode de travail différente de celle du tennis espagnol."

Interrogé par Eurosport, David Ferrer a raconté les contours de ce coaching à distance. L’Espagnol le reconnaît volontiers, il est "stressé" devant son écran de télévision. "Je sais maintenant ce que ressentaient mes coaches, Javier Piles et Francisco Fogues. Mais celui qui souffre le plus, c'est celui qui est sur le terrain", a souligné le néo-coach. "Je lui ai dit comment améliorer sa façon d'appréhender ses débuts de rencontre", a-t-il ajouté. Il y a encore du boulot dans ce domaine car Zverev n'a gagné qu'un match en trois sets dans cet US Open. Et il a perdu la première manche à trois reprises.

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C'est le mec que je respecte le plus sur le circuit

Mais sa réaction quand tout allait mal en quarts de finale face à Borna Coric et en demie face à Pablo Carreño Busta a montré des premiers signes positifs dans ce qui sera le chantier principal de Ferrer : le mental du grand Alexander. Force est de constater qu'il y avait un peu de Ferrer dans le Zverev qui a joué les trois derniers sets de la demi-finale. Zverev est un guerrier en formation.

L'état d'esprit combatif du Valencien a toujours suscité l'admiration de Zverev qui voit en lui une autre approche du tennis, un sport qui lui pèse tout là-haut. Le mental n'a jamais été un problème chez son nouveau coach. Le personnage Ferrer fascine le 7e joueur mondial. "C'est le mec que je respecte le plus sur le circuit. C'est aussi l'un des plus aimés", avait révélé l'an dernier celui qui rêve de rejoindre Boris Becker et Michael Stich comme vainqueur allemand en Grand Chelem.

C'est lui-même qui avait mis Ferrer à la retraite de manière définitive en mai 2019, à Madrid, après une fin de match forte en émotion. Il s'était comporté comme un prince en appelant le public madrilène à soutenir son champion, sur le point de disputer le dernier point de sa longue carrière. "Merci David, vraiment", lui avait-t-il glissé au filet.

L'Ibère avait lui mis fin à son parcours révélation à Hambourg, le tournoi qui a changé sa vie et lancé sa carrière. C'était en juillet 2014, un autre temps. Zverev et Ferrer, c'est un peu comme une histoire d'amour qui a mis du temps à se concrétiser. Mais c'était finalement une évidence.

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