Justine Hénin a pris sa retraite pour de bon en 2011. Onze ans plus tard, Serena Williams est encore là, à batailler. Pourtant, l'Américaine est un peu plus âgée que son ancienne collègue, de neuf mois. C'est dire la longévité hors normes de cette championne qui l'est tout autant. Mais si elle appartient à sa propre catégorie, unique en son genre, elle s'est aussi grandie à travers les rivalités qu'elle a pu nouer depuis un quart de siècle. Celle avec Justine Hénin n'a pas été la moins marquante.
Quatorze confrontations, de 2001 à 2010, dont la moitié dans le cadre le plus prestigieux qui soit, en Grand Chelem. La Belge n'a pas à rougir, c'est le moins que l'on puisse dire, puisqu'elle s'est imposée à six reprises. "Je suis heureuse et fière de mon bilan contre Serena et des matches que j'ai réussi à gagner contre elle", nous avoue aujourd'hui l'ancienne numéro un mondiale, devenue consultante pour Eurosport.

Justine Hénin et Serena Williams.

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L'épisode de Roland

Par la quantité, la qualité, mais aussi l'intensité, la rivalité Williams-Hénin est sans aucun doute une des importantes de ce début de XXIe siècle dans le tennis féminin. Elles n'étaient pas les meilleures amies du monde et certains de leurs duels ont été enveloppés d'une tension palpable. C'est sans doute, aussi, un signe de respect mutuel. Justine avait osé regarder Serena dans les yeux. Évidemment, l'incident de la demi-finale de Roland-Garros en 2003 saute à la mémoire.
Ce jour-là, Hénin s'impose en trois manches après avoir pourtant été menée 4-2 dans le dernier set. Alors que l'Américaine sert à 30-0 dans le septième jeu, son adversaire, gênée par le bruit du Chatrier, lève la main pour signaler qu'elle n'est pas prête. La première balle de Williams reste dans le filet. L'arbitre n'a pas vu le geste de Justine Hénin et refuse de redonner un premier service à Serena. Celle-ci peste, se déconcentre, perd les quatre points suivants puis le match.
La poignée de mains sera froide et la rancœur tenace chez Williams, qui reprochera à sa rivale un "mensonge". Sept ans plus tard, alors qu'elle affronte Jelena Jankovic et qu'elle s'inquiète après un point litigieux que la Serbe ne lui reproche son attitude, elle lâche un perfide : "Ne crois pas que je ferais ça. Je ne suis pas Justine."

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Elle intimide beaucoup ses adversaires
"Je pense qu'elle a vu mon geste et qu'elle a été perturbée, expliquera Justine Hénin en 2011 dans une interview à la télé belge à propos de l'incident de Roland. Il y avait beaucoup de tension ce jour‐là, l'instinct prend un peu le dessus sur le reste. C'est vrai que ce n'est pas mon meilleur souvenir."
Mais ce fut aussi un tournant dans son rapport à Williams, qui la dominait alors la plupart du temps quand elles s'affrontaient : "C'était peut‐être une façon d'imposer mon respect car Serena peut parfois avoir une attitude un peu limite. Elle intimide beaucoup ses adversaires. Il faut tenir compte de ça quand on joue face à elle."
L'eau a coulé sous les ponts et il y a de toute façon prescription. "Aujourd'hui, ce ne sont que des bons souvenirs, nous assure Justine. Quand nous étions rivales, c'était parfois chaud entre nous. Ensuite, quand j'ai arrêté ma carrière, j'ai notamment eu l'occasion de l'interviewer à Roland-Garros, et nous avons rigolé de tout ça. C'est loin."
Cela m'a pris du temps, mais j'ai fini par aborder notre rivalité et nos matches de manière positive
Mais, oui, il fallait savoir se faire respecter contre la reine du circuit. Sans quoi elle vous écrasait de son aura, avant même que vous ne rentriez sur le court. "J'en ri aujourd'hui, reprend la Belge, mais parfois, quand on se regardait dans le vestiaire, elle pouvait faire un peu peur. Cela faisait aussi partie de sa personnalité et elle a construit une partie de sa carrière là-dessus. Avec son service, sa force de conviction et sa force mentale étaient ses plus grandes qualités. Elle était très intimidante et j'ai dû beaucoup travailler là-dessus." Intimidante dans le vestiaire, donc, mais plus encore sur le court.
"Pour battre Serena, je devais être forte physiquement, mais le préalable, c'était de me convaincre que je pouvais rivaliser avec elle, admet Hénin. Et cela, c'est probablement un des plus grands accomplissements de ma carrière. Cela m'a pris du temps, mais j'ai fini par aborder notre rivalité et nos matches de manière positive."

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Défier Serena Williams, ce n'était pas affronter n'importe qui. "Elle constituait le plus grand challenge pour moi, mais aussi pour mes entraîneurs", dit-elle encore avant de préciser : "Carlos (Rodriguez, le technicien argentin qui l'a accompagné de ses débuts à la fin de sa carrière, NDLR) devait me préparer de façon différente. Vous l'avez sans doute remarqué, mais physiquement, il y avait une grande différence entre Serena et moi. Je ne suis pas très grande, pas très puissante. Alors on a travaillé très dur sur mes armes, sur l'agressivité. Et mentalement, j'ai dû faire un gros effort pour me rapprocher de ma ligne de fond. Au début, je me tenais parfois trop loin parce que j'avais peur. Quand j'ai commencé à comprendre ça, j'ai pu prendre la balle plus tôt. Carlos m'a vraiment poussé dans ce sens."
Serena était toujours convaincue de s'en sortir
Mais ça ne suffisait pas toujours. Parce que Serena est Serena. Une joueuse et une championne d'un autre calibre. De son jeu, comme tout le monde, Justine Hénin a d'abord été frappée par ce service d'exception à l'échelle du tennis féminin.
Elle en garde un souvenir bien précis : "Quand je suis revenue après avoir arrêté ma carrière en 2008, j'ai fait un très bon début de saison 2010. Je suis allée en finale à Brisbane, puis à l'Open d'Australie, où j'ai affronté Serena. Je crois que je mène 1-0 dans le troisième set puis j'ai deux balles de break. 15-40. Là, elle se met à servir ace sur ace. A 195 km/h ou quelque chose comme ça. Elle était la seule à pouvoir faire ça." Serena s'imposera finalement 6-2 pour soulever le trophée dans ce qui reste leur ultime affrontement.
Mais l'épisode en dit aussi long sur l'arme la plus létale du jeu de Williams que sur sa force mentale. "Serena était toujours convaincue de s'en sortir, estime Justine Hénin. Même quand elle jouait mal. Il y a beaucoup de matches où elle était loin de son meilleur niveau mais jusqu'à la fin, elle était convaincue de pouvoir gagner. Pour moi, c'est un mélange d'humilité, de fierté et de courage. C'est la conviction, Serena. Mais cela demande du courage et de l'humilité de se dire 'OK, je suis Serena et même si je ne joue pas bien aujourd'hui, je vais me battre pour trouver une solution."
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