C'était trop, même pour lui. Malgré des ressources mentales hors normes qui le placent au-dessus de la mêlée régulièrement depuis une décennie et particulièrement lors de cette saison 2021, Novak Djokovic a cédé sous le poids d'un enjeu dont lui seul a pu pleinement mesurer la portée. Comme il l'avait annoncé après sa demi-finale victorieuse contre Alexander Zverev, il aurait voulu jouer cette finale de l'US Open comme si c'était le dernier match de sa carrière. Mais il n'a pas pu.
Le numéro 1 mondial n'avait plus assez d'énergie physiquement, ni assez de fraîcheur mentale pour venir à bout du dernier obstacle sur sa route vers la légende du jeu. "J'ai passé plus de temps sur le court que Daniil (Medvedev), c'est certain (avant la finale, il avait joué plus de cinq heures et demie de plus que son rival, NDLR). Mais c'était aussi très exigeant émotionnellement comme période pour moi, les cinq, six derniers mois. Les tournois du Grand Chelem, les Jeux Olympiques et jouer devant mon public à Belgrade. Et ici tout s'est accumulé pour moi en termes d'émotions, tout ce que j'ai traversé", a-t-il confirmé sans mal en conférence de presse.
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Djokovic aime la pression, mais il reste humain

Pourtant, Djokovic nous avait (mal) habitués à résister à tout, et il se plaisait souvent à répéter ces dernières semaines que la "pression était un privilège", reprenant à son compte la maxime de Billie Jean King. Mais même si sa maîtrise exceptionnelle du format long (les cinq sets) et de ses émotions a encore fait merveille lors de cette quinzaine new-yorkaise, le Serbe n'est ni un surhomme, ni une machine. A force d'être perpétuellement interrogé sur son exploit potentiel, il avait déjà exprimé un agacement légitime au micro de Patrick McEnroe après son quart de finale victorieux contre Matteo Berrettini.
Vivre quotidiennement avec ce poids est impossible sur le long terme et Djokovic a montré une sacrée capacité de résistance pour s'offrir cette opportunité finale d'entrer dans la légende dimanche. Alors, même si le résultat qu'il espérait n'est pas au rendez-vous, le retour à une certaine forme de normalité n'est pas pour lui déplaire, au contraire. "Qu'est-ce que j'ai ressenti après le match ? Du soulagement. J'étais content que ce soit fini. Parce que la préparation pour ce tournoi et tout ce que j'ai eu à gérer mentalement et émotionnellement ces dernières semaines, c'était beaucoup. En même temps, j'ai ressenti de la tristesse, de la déception, et aussi de la gratitude pour le public et le moment spécial que les gens ont créé pour moi sur le court."

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Car non, Djokovic n'aura pas tout perdu sur le court Arthur-Ashe. Tombé sur un Daniil Medvedev des grands soirs qui aurait été de toute façon difficile à aller chercher même en pleine possession de ses moyens, le Serbe a gagné une reconnaissance populaire après laquelle il a couru pendant toute sa carrière, dans l'ombre de deux autres géants du jeu, Roger Federer et Rafael Nadal. Lui qui s'était habitué à voir le public prendre parti pour son adversaire lors de ses dernières finales en Grand Chelem a donc vu les fans new-yorkais le pousser dans sa quête de grandeur du début à la fin du match. Et pour lui, ça n'a pas de prix.
Cet amour du public, c'est aussi fort que de gagner 21 titres en Grand Chelem
"Les gens m'ont surpris dans le bon sens. Je ne savais pas, je ne m'attendais à rien, mais tout le soutien, l'énergie et l'amour que j'ai reçus du public, c'est quelque chose dont je me souviendrai toujours. C'est pour ça que j'ai fondu en larmes lors du dernier changement de côté. L'émotion et l'énergie étaient si fortes. C'est aussi fort que de gagner 21 titres en Grand Chelem. C'est ce que j'ai ressenti honnêtement. Ils m'ont touché au cœur. Bien sûr qu'en fin de compte, on veut gagner, en tant qu'athlète professionnel. Mais c'est ce genre de moments que vous chérissez. Ce sont des liens que vous créez avec les gens qui dureront très longtemps. C'était juste merveilleux", a-t-il lâché, encore ému.

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Finalement, Djokovic n'était peut-être pas si abattu que cela. La frustration d'avoir buté sur la dernière marche ne peut effacer ce qu'il a accompli en 2021 avec trois titres du Grand Chelem et une finale. Après le torrent d'émotions traversé, cette prise de recul déjà entamée en conférence de presse l'aidera à tourner la page et à se tourner vers de nouveaux défis.
Car après tout, la course aux records continue et l'incontestable meilleur joueur du monde a toujours le feu sacré. "La transition (vers la prise de pouvoir de l'ex-Next Gen, NDLR) est inévitable. Nous les vieux, nous nous accrochons. Je veux continuer, essayer de gagner davantage de titres en Grand Chelem, de jouer pour mon pays. Ce sont les choses qui me motivent le plus à ce stade de ma carrière."
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