On ne la reconnaît plus, et ce n'est pas plus mal pour elle. Ces deux-trois dernières saisons sur le circuit WTA, on pouvait résumer Aryna Sabalenka par le paradoxe suivant : incontestablement l'une des joueuses les plus dangereuses, capable de battre n'importe qui grâce à sa puissance naturelle (avec déjà 10 titres au compteur), la Biélorusse se liquéfiait pourtant systématiquement dans les tournois du Grand Chelem. C'est simple, avant cet été 2021, elle ne comptait pour meilleurs résultats que deux huitièmes de finale (US Open 2018, Open d'Australie 2021). Et la voici pour la seconde fois d'affilée dans le dernier carré d'un Majeur après Wimbledon.
Alors que Naomi Osaka, tenante du titre, et Ashleigh Barty, numéro 1 mondiale sacrée sur le gazon du All England Club, sont tombées dès la première semaine, Sabalenka a ainsi assumé son rang. Une fiabilité nouvelle sur les plus grandes scènes qui enchante la joueuse de 23 ans. "Oui, c'est ma seconde demi-finale en Grand Chelem, et j'espère pouvoir continuer comme ça. C'est fantastique. Je suis vraiment fière de moi et de mon équipe : ils travaillent sans arrêt, essaient de trouver des choses que je peux améliorer. C'est ce qui me rend le plus fière", a-t-elle ainsi lâché en conférence de presse.

6-1, 6-4 en 1h25 : Sabalenka a balayé Krejcikova

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Anton Dubrov, l'ancien sparring qui l'a relancée

A croire la Biélorusse, les clés de sa progression sont donc à chercher du côté de son staff, et notamment de son nouveau coach Anton Dubrov. Il y a quasiment deux ans jour pour jour, Sabalenka a ainsi connu une période de flottement dans sa carrière quand elle s'est séparée de Dmitry Tursunov avec lequel elle avait gagné ses premiers titres sur le circuit WTA. Un choix d'autant plus difficile à l'époque qu'elle entretenait une relation de travail fusionnelle et complexe avec l'ancien 20e joueur mondial russe.
Après une expérience non concluante avec Dieter Kindlmann, la native de Minsk a proposé à son ancien sparring-partner Dubrov de devenir son entraîneur courant 2020. Et après une fin de saison en boulet de canon (deux titres à Ostrava et Linz et une place dans le Top 10), elle a décidé de prolonger l'expérience avec bonheur. "C'était vraiment dur pour moi de faire confiance à une nouvelle personne après Tursunov. Quand j'ai demandé à Anton, mon ancien sparring, de devenir mon coach, il a été ouvert à l'idée, il était prêt pour ça. C'est vraiment un type intelligent, je le savais. J'ai vu qu'il connaissait bien le tennis, qu'il savait ce qu'il faisait. Et je suis vraiment heureuse d'avoir pris cette décision parce que je pense que c'était la bonne."
Avec son clan, Sabalenka a ainsi développé une approche mentale différente des grands événements. Très ambitieuse, la numéro 2 mondiale avait du mal à rester dans le moment présent lors des quatre événements majeurs de l'année, comme si elle attendait trop d'elle-même. Au lieu de craindre constamment de se décevoir, elle a décidé de faire un pas de côté, de profiter de l'instant sans en voir immédiatement les enjeux et les conséquences.

Aryna Sabalenka

Crédit: Getty Images

Ce qui a changé depuis Wimbledon, c'est que je ne me projette pas
"La seule chose qui a changé depuis Wimbledon, c'est que je ne pense pas vraiment au tableau, je ne me projette pas. Je me contente de profiter de chaque match. Ça a l'air simple, mais avec tout ce qu'il y a autour, ce n'est pas facile de se concentrer totalement sur chaque match, d'en profiter, de prendre du plaisir à chaque combat, chaque défi. C'est ce qui a changé pour moi, je dirais : je prends un match après l'autre, une étape après l'autre. Et ça marche bien", a-t-elle confié.
L'exigence s'est déplacée du résultat espéré à l'attitude attendue lors de chacune de ses sorties. Consciente que les sensations ne peuvent pas être excellentes tous les jours, elle n'attend fondamentalement qu'une seule chose d'elle-même : se battre et donner tout sur le court, quoi qu'il arrive. "Là où j'ai progressé, c'est que quand quelque chose ne fonctionne pas, j'essaie de trouver autre chose pour gagner. Je suis vraiment heureuse de ne plus me laisser submerger par le problème. Je ne panique pas vraiment, j'essaie de rester lucide et professionnelle", a-t-il estimé.
Sur ce plan notamment, Wimbledon lui a servi d'exemple. Malmenée par une Katie Boulter portée par son public dès le 2e tour, Sabalenka avait su renverser la dynamique pour s'imposer malgré les éléments contraires (4-6, 6-3, 6-2), avant d'exploser son plafond de verre face à Elena Rybakina (6-3, 4-6, 6-3) en huitième de finale. Entre soulagement et joie intense, elle s'est ainsi prouvé qu'elle était capable de produire le même niveau de jeu en Grand Chelem que sur le reste du circuit.

Une exigence de travail, plutôt que de résultats

Mentalement, la Biélorusse a pris davantage confiance en elle. Son parcours à New York est d'ailleurs là pour le prouver. Sur la route du dernier carré, elle n'a abandonné qu'un set lors du… 1er tour. Depuis, elle a déroulé son tennis pour écarter sèchement trois têtes de série lors de ses trois derniers matches : Danielle Collins, Elise Mertens et surtout Barbora Krejcikova. Elle n'a laissé que cinq petits jeux à la championne de Roland-Garros (6-1, 6-4), même si la Tchèque, diminuée, lui a grandement facilité la tâche.
D'ailleurs, malgré cette victoire sans histoire en quart de finale, Sabalenka n'était pas satisfaite de sa propre performance (23 fautes directes). Qu'à cela ne tienne, après sa qualification, elle est donc allée retaper la balle. Preuve s'il en fallait que cette nouvelle demi-finale ne constitue pas pour elle une fin en soi. "Je pense que mon équipe n'était pas contente de mon niveau aujourd’hui (mardi, NDLR). Je n'ai pas bien bougé et j'avais besoin de frapper des balles supplémentaires pour avoir de meilleures sensations dans mes jambes et sur le court. Mon service aussi, je ne dirais pas que c'était terrible, mais vraiment mauvais (57 % de premières, 7 doubles fautes, NDLR). J'essayais de retrouver du rythme", a-t-elle expliqué.
Sabalenka en a conscience : elle n'a peut-être jamais été aussi proche d'une finale de Grand Chelem. Car face à sa prochaine adversaire, l'épatante mais inexpérimentée Leylah Fernandez (19 ans, 73e mondiale), elle a forcément le statut de favorite. D'autant que la gauchère canadienne n'aura plus l'avantage de la surprise. Après avoir sorti successivement Naomi Osaka, Angelique Kerber et Elina Svitolina, elle est attendue au tournant.

Aryna Sabalenka à l'US Open en 2021

Crédit: Getty Images

Face à l'insouciante Fernandez (et au public), s'affirmer en patronne

La numéro 2 mondiale n'est de toute façon pas du genre à sous-estimer son adversaire dont elle a suivi le parcours exceptionnel. Sabalenka sait que le principal danger réside dans l'insouciance de Fernandez qui devrait bénéficier de l'aide des fans new-yorkais, comme Emma Raducanu de l'autre côté du tableau. "Elle joue et bouge bien. Je dirais qu'elle n'a rien à perdre, c'est une super joueuse. Elle se bat sur chaque point et le public est là pour elle, ils la soutiennent vraiment fort. Je m'entraînais tout à l'heure et nous n'avions même pas besoin de regarder le score, tellement le public criait. Ce sera intéressant, j'ai vraiment hâte de jouer cette demi-finale", a-t-elle estimé.
Dans une ambiance électrique et peut-être défavorable, avec le statut de favorite, Sabalenka aura ainsi l'occasion de montrer à quel point elle a progressé mentalement. Il lui faudra, si possible, démarrer la partie avec autorité pour ne pas laisser Fernandez prendre feu et surfer sur la vague qui l'a portée si loin. Elle a les atouts tennistiques pour le faire, notamment en puissance et au service. C'est du moins ce dont est persuadé Mats Wilander, consultant pour Eurosport.
"Leylah Fernandez a la pire adversaire possible pour elle dans cette demie, je ne pense pas qu'elle va battre Aryna Sabalenka. Elle ne sera pas capable de jouer aussi près de sa ligne de fond qu'elle l'a fait jusqu'ici, d'être aussi agressive contre les grands coups de Sabalenka", considère l'ex-champion suédois. La numéro 2 mondiale sait ce qui lui reste à faire. Au bout, c'est une première finale en Grand Chelem qui l'attend, et qui sait, peut-être la consécration après des années de frustration.
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