C'est quoi, avoir du mental ? Personne ne saurait donner une réponse précise et concise à une question aussi vaste que le ciel. Mais s'il fallait en sortir une illustration, on pourrait toujours se repasser ce passing de coup droit en bout de course frappé par Leylah Fernandez (avec la complicité de la bande du filet) à 5 points partout dans le jeu décisif du troisième set de son quart de finale de l'US Open victorieux contre Elina Svitolina mardi, à New York, sur le score de 6-3, 3-6, 7-6 en 2h24.

Un thriller époustouflant et un nouvel exploit : le résumé de la victoire de Fernandez

On ne sait pas davantage ce qu'il adviendra de la carrière de Leylah Fernandez. Mais une chose est certaine : il faut avoir en soi une sacrée dose de "mental" (surtout lorsqu'on vient tout juste de fêter ses 19 ans) pour frapper un coup pareil dans un moment pareil. Tout comme il lui en avait fallu pour battre au troisième tour Naomi Osaka, 5-7, 7-6, 6-4 alors que la Japonaise avait servi pour le match, puis Angelique Kerber en huitièmes (4-6, 7-6, 6-2) après avoir été menée d'un set, et 4-2 dans le deuxième.
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Plus jeune joueuse à se hisser en demi-finales de l'US Open depuis Maria Sharapova en 2005 (la Russe avait alors 18 ans et 4 mois), Leylah Fernandez n'est ni la plus grande (1,68 m), ni la plus puissante du circuit. Ce serait même plutôt l'inverse. Mais la jeune Canadienne, tout au long de son parcours de folie – qu'elle tentera de poursuivre en demi-finale face à Aryna Sabalenka – a impressionné, au-delà de sa vitesse de bras, par sa capacité hors-norme à n'avoir peur de rien et à sortir ses meilleurs coups dans les moments les plus importants. Ça, c'est l'apanage des plus grands, sans aucun doute.
Leylah Fernandez a un truc à elle, un piège à filles, un joujou extra… Malgré son faible classement (73e) et son jeune âge, elle ne souffre aucunement du syndrome de l'imposteur dans cet US Open. Tout simplement parce que, depuis toujours, elle s'imagine à la place qui est la sienne aujourd'hui. "Je me suis toujours imaginée en train de jouer des gros matches en Grand Chelem, dans des stades immenses et remplis, en prenant du plaisir sur le court, a ainsi raconté la jeune héroïne après son succès. Quand j'étais petite, alors que j'avais pris Justine Henin comme exemple, je m'imaginais en train d'affronter Serena et Venus, ou plus récemment Osaka. Et, bien sûr, je gagnais."

"Même étant petite, je voulais toujours jouer sur le court principal"

Enoncée comme ça, la recette du succès paraît simple. Encore faut-il y mettre les bons ingrédients. Leylah Fernandez semble, elle, être tombée dans la potion magique étant petite. On peut fantasmer d'occuper le devant de la scène, tout le monde le fait plus ou moins. L'assumer est une toute autre chose, qui ne se décrète pas forcément. Chez Leylah, c'est assez naturel. "C'est quelque chose de très ancré en moi parce que même étant petite, je voulais toujours jouer sur le court principal, devant tous les parents. A l'école, pareil. Dès qu'il y avait quelque chose faire devant les autres, un jeu, une chanson, une danse, j'y allais et je m'éclatais. C'est comme ça aussi qu'au fil des ans, j'ai appris à me servir de l'énergie de la foule et à l'utiliser à mon avantage, même si elle est contre moi."
Discours étonnant de maturité de la part d'une joueuse qui ne fait pourtant même pas (physiquement parlant) ses 19 ans. Mais qui utilise déjà de vieilles techniques d'ancrage sur le terrain pour rester pleinement centrée sur le moment présent. Sa méthode ? Les mots-clés, qui l'aident à focaliser son cerveau sur une mission bien précise, et lui évite ainsi de partir dans tous les sens.
"Pour ce match contre Svitolina, je pensais seulement à avoir confiance en moi-même, confiance en mon jeu, a-t-elle étayé en conférence de presse. Après chaque point, gagné ou perdu, je me disais en moi-même : fais-toi confiance, lâche tes coups, regarde juste la balle. Mais ce n'est pas toujours la même consigne à chaque match. Parfois, je varie. J'essaie de trouver une phrase qui capte mon attention et me motive plus qu'une autre."
Une fois trouvée sa phrase magique, Leylah Fernandez ne la lâche plus, pendant tout le match. Pas plus qu'elle ne lâche ses adversaires…
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