Le pourquoi du comment ?

En deux mots ? Allez, en cinq : Daniil Medvedev était trop fort. Il avait promis que cette finale ne ressemblerait pas à celle de l'Open d'Australie en février. D'une certaine manière, le Russe s'était trompé. Elle lui a ressemblé comme deux gouttes d'eau, sauf que, nuance notable, les rôles ont été inversés, avec Medvedev dans celui de l'implacable bourreau et Novak Djokovic dans le peu enviable et peu habituel costume de la victime expiatoire.
On pourra ergoter 107 ans sur tout ce que le numéro un mondial n'a pas pu ou pas su mettre en place dimanche soir. Très nerveux, déficitaire sur ses déplacements, notamment dans le petit jeu de jambes, souvent mal placé, Djokovic n'a été que l'ombre de lui-même. On a même cru percevoir du découragement chez lui lors de la troisième manche et ce n'est peut-être pas un hasard s'il n'a même pas pris la peine de sortir du court à deux sets zéro contre lui. Comme s'il était résigné. Bref, que le problème ait été physique, mental ou les deux, il est passé à côté de cette finale qui aurait pu lui conférer une place encore plus importante dans l'histoire de son sport.
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Tout ceci est vrai, mais il ne faudra surtout pas utiliser cette analyse pour atténuer les mérites de Daniil Medvedev. Lui était prêt. Et en dehors des deux-trois derniers jeux, où une bien compréhensible nervosité au moment de toucher du doigt son Graal lui a sacrément compliqué la vie, il a livré un match presque parfait. Au service, notamment, dans la première partie de cette finale. Ce 100% de réussite au service dans la première manche (15 sur 15), c'était quelque chose.
Mais c'est peut-être à l'échange que le protégé de Gilles Cervara s'est montré le plus impressionnant. Daniil Medvedev a fait du Djokovic dimanche. A moins qu'il n'ait simplement fait du Medvedev. Le Serbe est tombé sur un mur, comme s'il affrontait son propre miroir. Jamais il n'a pu trouver la moindre solution. Si ce scénario était difficilement envisageable, au vu de la finale, il relève de la pure logique. Jusqu'à ce dimanche soir, pour battre Novak Djokovic en trois sets en finale de Grand Chelem, il fallait s'appeler Roger Federer, Rafael Nadal ou Andy Murray, qui avaient réussi ce tour de force une fois chacun. C'est dire.

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Le moment clé

La différence a été telle entre les deux joueurs que parler de tournant serait exagéré, mais si Djokovic a manqué le coche, c'est incontestablement en début de deuxième set. Pour la première fois du match, il a eu des ouvertures sur la mise en jeu de Medvedev, particulièrement à 1-0, où le Russe s'est retrouvé mené 0-40. Si le numéro un mondial avait pu breaker à ce moment-là, la face de cette finale s'en serait-elle trouvée durablement bouleversée ? On ne le saura jamais, mais si pointe de regret il y a chez le Serbe, elle se situe là.

Medvedev enfonce le clou, Djoko au pied du mur: les moments forts du 2e set de la finale

La fiche du match

STATSMEDVEDEVDJOKOVIC
Points gagnés9983
Aces166
Doubles fautes93
Pourcentage 1re balle58 %54 %
Réussite 1re balle81 %80 %
Réussite 2de balle58 %40 %
Balles de break4/81/6
Coups gagnants2738
Fautes directes3831

Le point du match

Ce n'est pas le "hot shot" de la quinzaine, c'est même un point qui s'achève sur une faute directe, mais il est ô combien révélateur de ce qu'a réussi Daniil Medvedev dimanche soir. Alors qu'il venait de se faire breaker pour la première fois de la soirée en manquant au passage une balle de match à 5-2 dans le troisième set, le Moscovite s'est retrouvé avec toute la pression du monde sur les épaules au moment de servir une seconde fois pour le titre, à 5-4. Là, il a tenu le choc dans l'épreuve de force imposée par Djokovic. Et c'est ce dernier qui a craqué. Comme si souvent dans ce match...

Le point du match : quand Medvedev ne craque pas sous la pression du public

La stat de Jeu, Set et Maths

En patron tout au long de la quinzaine, Daniil Medvedev n'a concédé qu'un seul petit set (en quart de finale face à Botic Van de Zandschulp). Le Russe devient ainsi le neuvième joueur depuis le début de l'ère Open à remporter son premier titre en Grand Chelem en ayant concédé aussi peu de set sur son parcours, le troisième depuis le début des années 2000 :
Guillermo Vilas (Roland Garros 1977) : 1 set concédé
John McEnroe (US Open 1979) : 1 set concédé
Yannick Noah (Roland Garros 1983) : 1 set concédé
Pat Cash (Wimbledon 1987) : 1 set concédé
Yevgeny Kafelnikov (Roland Garros 1996) : 1 set concédé
Richard Krajicek (Wimbledon 1996) : 1 set concédé
Roger Federer (Wimbledon 2003) : 1 set concédé
Novak Djokovic (Open d'Australie 2008) : 1 set concédé
Daniil Medvedev (US Open 2021) : 1 set concédé

Daniil Medvedev tient son premier titre du Grand Chelem.

Crédit: Getty Images

La décla

Ce soir, même si je n'ai pas gagné, je suis l'homme le plus heureux du monde car vous m'avez fait sentir que j'étais quelqu'un de spécial ce soir. Je n'ai jamais ressenti ça à New York. Merci à vous.
Novak Djokovic s'adressant au public lors de la remise des prix après sa défaite. Le Serbe a été soutenu comme rarement (comme jamais ?) lors d'une finale de Grand Chelem, au point qu'il a craqué lors du tout dernier changement de côté.

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La question : Ce sacre de Medvedev va-t-il marquer un tournant ?

C'est la grande histoire du tennis qui était sur la table sur le court Arthur-Ashe, avec ce possible Grand Chelem, inédit chez les hommes depuis plus d'un demi-siècle. Combien de temps devra-t-on attendre pour revoir un joueur en position de jouer une finale de l'US Open avec cet enjeu ? Pour la grande Histoire, avec un immense H, c'est donc raté, mais en s'imposant contre Novak Djokovic, Daniil Medvedev a écrit une page d'histoire qui n'est peut-être pas si anodine, même si elle n'est évidemment en rien comparable avec ce qu'aurait été un Grand Chelem djokovien.
Reste que si Dominic Thiem avait ouvert son palmarès l'an dernier ici-même en devenant le premier joueur né après 1990 à remporter un Grand Chelem, il l'avait fait face à Alexander Zverev en finale, et sans avoir battu un des membres du Big 3. Federer et Nadal absents, Djokovic auto-éjecté du tournoi après sa disqualification, la voie s'était dégagée. Il restait un "oui mais", sur la forme en tout cas. C'est en cela que la consécration de Daniil Medvedev, qui ne souffre aucune contestation ni réserve, marquera un avant et un après.
Jusqu'ici, Thiem, Medvedev, Tsitsipas ou Berrettini, membres plus ou moins jeunes de la génération d'après, avaient toujours buté sur la dernière marche face aux trois monstres. C'est une grande première pour Medvedev, mais aussi pour le tennis masculin. Cela ne veut certainement pas dire que Novak Djokovic ne refera pas la loi très bientôt. Si le Big 3 a du plomb dans l'aile, le Serbe reste, malgré cette défaite douloureuse, la référence principale du circuit.
Mais Medvedev vient de réaliser ce qui semblait, sinon impossible, en tout cas difficile à matérialiser. Le numéro 2 mondial a fait voler en éclats le plafond de verre le plus solide de l'histoire du tennis. La question, désormais : est-ce sa seule vérité ou deviendra-telle bientôt celle de sa génération ?

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