L'histoire du jour

En l'espace de 24 heures, le tableau féminin a perdu ses deux figures les plus emblématiques. Après Naomi Osaka, tenante du titre, c'est Ashleigh Barty, numéro un mondiale, qui a trébuché dès les 16es de finale. L'Australienne avait pourtant une bonne tête de favorite, et on se demande un peu comment elle a pu laisser filer ce match contre Shelby Rogers alors qu'elle menait 5-2, double break en poche, dans la dernière manche. Une grande partie du mérite revient toutefois à Rogers elle-même, qui a joué par séquences un tennis exceptionnel pour revenir au score avant de s'imposer au jeu décisif.
En réalité, à bien l'écouter, Ashleigh Barty n'avait de toute façon probablement pas les moyens d'aller au bout dans ce tournoi. De son propre aveu, elle n'avait "plus rien dans le réservoir", ni physiquement ni mentalement. Quand bien même elle se serait sortie de ce piège-là, la route aurait encore été très longue, et la pente très forte, jusqu'au titre samedi prochain.
US Open
Murray sur Raducanu : "C'est incroyable et une immense opportunité pour le tennis britannique"
14/09/2021 À 16:56
Pour la cinquième année consécutive, le circuit féminin a donc désormais de très bonnes chances d'avoir une gagnante différente dans chacune des quatre levées majeures du calendrier. En 2021, les trois premiers Majeurs ont été remportés par Naomi Osaka (Australie), Barbora Krejcikova (Roland-Garros) et Ashleigh Barty (Wimbledon). La première et la troisième sont donc passées à la trappe coup sur coup. Seule la Tchèque peut encore rejoindre Angelique Kerber, dernière joueuse à avoir gagné deux titres du Grand Chelem dans la même saison.
Pour autant, il serait dommage de se détourner de ce tableau féminin new-yorkais. Il reste du très beau monde, de très belles affiches et de sacrées histoires potentielles, du retour de Bianca Andreescu à un possible doublé J.O.-US Open de Belinda Bencic en passant par le destin des deux "gamines" Raducanu et Fernandez. Notamment. Même si, à l'évidence, la perte de deux figures majeures comme Osaka et Barty est tout sauf neutre.

Un match en montagnes russes, pour un succès dingo : comment Rogers a renversé Barty

On a aimé

New York derrière Monfils. L'US Open est terminé pour Gaël Monfils, sorti en cinq sets par Jannik Sinner. C'est regrettable pour le tennis français, dont il était le dernier représentant en simple, mais aussi pour le public new-yorkais, qui l'adore. Monfils a été, comme d'habitude, porté par la foule du court Louis-Armstrong et s'il a pu opérer un redressement miraculeux dans ce match qu'il aurait pu (dû?) perdre beaucoup plus tôt, il le doit en bonne partie à cette énergie insufflée depuis les tribunes. "Même après toutes ces années, c'est toujours un plaisir de jouer ici et je crois qu'aujourd'hui, c'était une des plus grosses ambiances que j'ai pu connaître", a jugé la "Monf'".

Du grand spectacle, un quasi-miracle mais la fin de l'aventure pour Monfils

Le regain de flamme du tennis américain. Quel samedi pour le tennis US ! Si la victoire de Reilly Opelka était attendue, celles de Jenson Brooksby contre Aslan Karatsev et de Shelby Rogers contre Ashleigh Barty l'étaient nettement moins. Une fois n'est pas coutume, ce sont ces messieurs qui donnent du relief au bilan américain.
Ils seront trois en huitièmes de finale de "leur" Grand Chelem, puisque Frances Tiafoe s'était qualifié la veille. Opelka, Tiafoe, Brooksby, trois joueurs au profil différent mais avec un point commun : ils sont encore jeunes ou relativement jeunes avec respectivement 23, 23 et 21 printemps au compteur. Le retour du public explique-t-il au moins en partie cette embellie ?

Brooksby le magnifique sort Karatsev et met le cap sur Djokovic

On n'a pas aimé

La rechute de Shapovalov. Après sa demi-finale à Wimbledon, on pensait Denis Shapovalov prêt à afficher une nouvelle régularité en Grand Chelem. Sa défaite contre Lloyd Harris marque un vrai coup d'arrêt. Sur la forme, notamment. Le Canadien a pris le bouillon (6-4, 6-4, 6-4) et mine de rien, s'il a encore beaucoup de temps devant lui, son éclosion sur le circuit remonte à 2017. Cette année-là, il avait atteint les huitièmes à Flushing. Il a progressé et avancé depuis, mais pas aussi vite que l'on pouvait l'imaginer.
Le service de Djokovic. Rien de dramatique. D'autant que, dans certains moments cruciaux, notamment en fin de rencontre, Novak Djokovic a sorti quelques secondes balles remarquables. Mais globalement, le numéro un mondial a été en délicatesse avec son service samedi lors de sa victoire en quatre sets contre Kei Nishikori.
Beaucoup de doubles (7), un pourcentage de réussite faiblard sur seconde balle et surtout beaucoup de balles de break concédées (13). Heureusement pour lui, Nishikori a eu un mal fou à saisir ses opportunités (2 sur 13). Ce qui est aussi le signe, cela dit, que quand cela a le plus compté, Djokovic a retrouvé sa mise en jeu. Mais éviter de se mettre en danger, c'est bien aussi.

Ce n'est pas encore du très grand Djoko, mais ça a suffi contre Nishikori

Voir Sock abandonner. Si vous dormiez cette nuit (personne ne vous en voudra), essayez d'effectuer une petite séance de rattrapage du premier set de Jack Sock. L'Américain y était injouable. Dix-huit coups gagnants, trois fautes directes, sept aces. Un festival, au point qu'on a pu se demander si Alexander Zverev n'était pas embarqué dans un sacré traquenard.
Puis Sock s'est blessé et le match a changé d'âme. L'ancien vainqueur de Bercy a tenu jusqu'au début du quatrième set avant d'abandonner une fois le break concédé. Un dénouement assez terrible, d'abord parce qu'il n'est jamais agréable de renoncer devant son public, dans un match de cette envergure, mais surtout au vu de ce qu'il avait prodigué durant les neuf premiers jeux.

Injouable puis lâché par son corps, Sock a bien bousculé Zverev et électrisé Flushing

Juste pour savoir...

Reverra-t-on un Français en huitièmes de finale d'un Grand Chelem en 2022 ?
Après la sortie de route de Barty, qui devient la favorite dans le haut du tableau féminin ? Swiatek ? Bencic ? Andreescu ? Personne ?
Des trois "teenagers" de cet US, Fernandez, Alcaraz et Raducanu, qui ira le plus loin ?
Sans la blessure de Sock, jusqu'à quel point Zverev aurait-il galéré ?

La décla du jour : Shelby Rogers

Après cinq défaites en autant de matches contre Ashleigh Barty, Shelby Rogers a donc enfin battu l'Australienne. Mais elle ne lui en avait jamais voulu d'être sa bête noire :
"Je disais en plaisantant que chaque fois qu'elle me battait, je n'arrivais pas à lui en vouloir, parce que c'est une fille tellement sympa. Elle a les pieds sur terre. C'est une des personnes les plus professionnelles et les plus agréables que j'ai pu rencontrer dans ma vie. Ça fait du bien de voir ça. Et elle est tellement drôle. Elle a toujours un mot sympa pour les autres. Je n'aurais pas assez de mots pour dire à quel point elle est une formidable ambassadrice pour le tennis féminin. Je pourrais continuer pendant 20 minutes à vous parler d'elle."

La stat de Jeu, Set et Maths

Flushing a donc vécu une nouvelle surprise avec l'élimination de la tête de série N°1 Ashleigh Barty. Pour la troisième fois en quatre ans, l'US Open a perdu la tête de série N°1 du simple dames en première semaine. A titre de comparaison, ce n'était arrivé que deux fois entre 1968 et 2017.
2018 : Simona Halep, éliminée au 1er tour par Kaia Kanepi
2020 : Karolina Pliskova, éliminée au 2ème tour par Caroline Garcia
2021 : Ashleigh Barty, éliminée au 3ème tour par Shelby Rogers
  • Les deux précédents
2008 : Ana Ivanovic, éliminée au 2ème tour par Julie Coin
2009 : Dinara Safina, éliminée au 3ème tour par Petra Kvitova

Le match à ne pas rater dimanche : Auger-Aliassime - Tiafoe

L'US Open entre dans une autre dimension ce dimanche avec le début des huitièmes de finale. L'affiche entre Félix Auger-Aliassime et Frances Tiafoe est peut-être celle qui fait le plus envie. Le Canadien et l'Américain sortent tous deux d'une victoire épique en cinq sets en night session contre Roberto Bautista Agut et Andrey Rublev. Pour l'un comme pour l'autre, c'est la deuxième année consécutive qu'ils atteignent les huitièmes de finale à New York. Ils ont maintenant l'occasion d'avancer d'un cran et même de voir plus loin dans un quart de tableau qu'ils ont contribué à ouvrir.
C'est à nouveau dans la chaude ambiance des nuits de Flushing qu'ils vont se retrouver, en ouverture de la "night" dominicale, sur le court Louis-Armstrong. Tous les deux savent qu'ils ont un coup à jouer. Tiafoe paraît transcendé depuis le début de la quinzaine, alors que Félix Auger-Aliassime est en quête de confirmation. Sa victoire contre Sascha Zverev à Wimbledon, la plus belle de sa carrière à ce jour dans un grand tournoi, lui avait ouvert les portes de son premier quart en Grand Chelem.
Dans un duel de ce type, même s'il est le plus jeune des deux (21 ans contre 23 pour Tiafoe), le Québécois a un statut à assumer dans ce type de rencontres. Flushing l'apprécie, si l'on en croit le soutien massif qu'il a reçu contre Bautista Agut, mais face à Tiafoe, la donne sera sans doute différente. C'est en tout cas typiquement le genre de rencontres qui peut électriser le public du Queens.

Puissance, jeu d’acteur et public bouillant : Tiafoe a remporté un duel explosif face à Rublev

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