Si vous êtes surpris de voir Casper Ruud avec deux finales de Grand Chelem sous le bras cette saison, soyez rassurés. L'intéressé lui-même ne s'attendait pas à une telle réussite. Encore moins en ayant manqué le premier opus de l'année, puisqu'il avait dû faire une croix sur l'Open d'Australie en janvier dernier à cause d'une blessure. Mais la réalité est là. Finaliste à Roland-Garros début juin, le Norvégien jouera à nouveau pour le titre le dernier dimanche à l'US Open.
"En Grand Chelem, mon objectif, c'était de faire un quart cette année...", a admis Ruud après sa victoire contre Karen Khachanov, qui lui a ouvert vendredi les portes de cette deuxième finale. C'est peu dire, donc, qu'il a pulvérisé ses ambitions de début de saison. Mais cette relative prudence, qui peut presque faire sourire aujourd'hui quand on connait la suite, avait ses raisons.
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"L'an dernier, explique-t-il, mes résultats en Grand Chelem avaient été décevants. Tout se passait bien ailleurs, j'étais presque toujours en quarts, en demies ou mieux, j'ai gagné cinq tournois. Mais dans les Majeurs, je n'avais pas réussi à être aussi performant que je le souhaitais." Il n'avait, c'est vrai, atteint qu'une seule fois la seconde semaine, un huitième en Australie. Le seul de sa carrière, d'ailleurs, à ce moment-là.

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Être de retour en finale quatre mois plus tard, c'est un peu surréaliste
Après avoir fini l'année 2021 au Masters et à la 8e place mondiale, il s'était donc fixé comme objectif de faire mieux dans les grands rendez-vous. Mais à petits pas. Casper est un pragmatique. "Par rapport à mon classement, viser un quart de finale me semblait raisonnable, plaide le Scandinave. Mais je n'ai pas pu jouer en Australie parce que je me suis tordu la cheville la veille du début du tournoi. C'était très décevant. 40 heures d'avion aller-retour pour ça, ne pas pouvoir disputer le moindre point, c'était dur."
Mais à Roland-Garros, Casper Ruud a fait le grand saut. Un premier quart majeur, puis une première demie et, enfin, la découverte de la finale. Même si celle-ci a viré à la boucherie contre Rafael Nadal (6-3, 6-3, 6-0), la quinzaine parisienne lui a fait un bien fou. "Ça m'a donné confiance quant à mes capacités à aller loin en Grand Chelem, juge-t-il. Je crois surtout que, par rapport à l'année dernière, je gère beaucoup mieux les matches en trois sets gagnants."
Malgré tout, toujours fidèle à sa prudence, il n'aurait pas osé envisager de remettre aussi vite les pieds en finale. "Après Roland-Garros, a-t-il confié à Eurosport vendredi soir au micro de Mats Wilander, j'avais des sentiments extrêmement positifs, mais, dans le même temps, je me disais 'C'est un super résultat, mais peut-être que ça ne se reproduira plus jamais. Une finale de Grand Chelem, ça ne vient pas comme ça. Donc je suis resté humble, je suis retourné au boulot, mais être de retour en finale quatre mois plus tard (trois, même), c'est un peu surréaliste."
Surtout ici, à New York. Si on lui avait dit en début d'année qu'il jouerait une finale à Roland-Garros, le super-terrien qu'il est aurait peut-être accepté de le croire. Mais à l'US Open, peut-être aurait-il pouffé de rire. "A Indian Wells, j'ai perdu au troisième tour contre Kyrgios, et j'avais l'impression de ne pas avoir joué un bon match du tout. A ce moment-là, l'idée d'atteindre la finale d'un grand tournoi sur dur me semblait très lointaine", concède-t-il. Puis Miami, où il s'est hissé en finale, a tout changé. Pour lui, et vis-à-vis des autres : "Ça a boosté ma confiance sur dur mais j'ai aussi senti davantage de respect ensuite chez mes adversaires. Si tu peux voir chez l'autre un tout petit peu de crainte, augmenter le pourcentage de la dose de respect ou de peur en face, ça aide beaucoup."

Un dernier point à l'image de sa domination : la balle de match qui a envoyé Ruud en finale

Pro, jusqu'au bout des ongles

S'il ne se départit jamais d'une forme de modestie, n'allez pas croire que Casper Ruud n'a pas de rêves. Ils le portent depuis l'enfance. "Quand je voyais Rafa ou Roger à la télé quand j'étais enfant, je disais que je voulais être dans la télé moi aussi un jour, dit-il. Cette pensée est restée en moi toute ma vie. Je voulais essayer de devenir un jour numéro un mondial, gagner des Grands Chelems. Je savais que ce serait un long chemin, mais c'est ancré en moi et cette idée-là m'a guidé chaque jour à l'entraînement depuis, pour être le plus sérieux possible."
On mesure mal à quel point ce garçon est un monstre de travail et de professionnalisme. Peut-être parce que telle est sa nature, ou parce qu'il a conscience de ne pas être un surdoué du tennis. Son salut, c'est d'en faire plus que les autres.
"Dans la vie de tous les jours aussi, précise-t-il. Très jeune, j'ai travaillé avec un préparateur mental, qui m'a fait comprendre que le nerf de la guerre n'était pas forcément sur le court, mais dans le quotidien, dans la vie de tous les jours. Si tu fais tout ce qu'il faut, chaque jour pendant des semaines et des mois, tu peux devenir un petit peu meilleur que la plupart de tes adversaires. Toutes les petites choses qui te mettent dans la bonne direction."
Résultat, à 23 ans, le fameux long chemin ne l'est plus tout à fait. Le voilà désormais à un "petit" match de concrétiser ce double rêve d'enfance.

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