Le pourquoi du comment

Ce fut son match le moins épique de cette seconde semaine, mais Carlos Alcaraz avait placé la barre beaucoup trop haut pour qu'on vienne le lui reprocher. Ce fut sans doute aussi le moins abouti. Autant on ne l'avait jamais senti coincer physiquement face à Frances Tiafoe en demi-finale alors qu'il sortait de son marathon de plus de cinq heures contre Jannik Sinner achevé à 3h du matin, autant "Carlitos" a souffert sur ce plan face à Casper Ruud. Comme est venu se greffer le stress légitime de sa première finale en Grand Chelem, il a peiné à s'exprimer totalement.
Paradoxalement, si cela ne restera donc pas comme son plus grand match, très loin de là, ces difficultés renforcent le mérite du jeune Espagnol. Il a dû se battre contre Casper Ruud mais aussi contre lui-même. Rarement on l'a senti aussi frustré que lors des deuxième et troisième manches de cette finale. Un langage corporel très rare chez lui, alors qu'il a passé un pacte avec son entraîneur Juan Carlos Ferrero : reste toujours positif, quoi qu'il arrive. Il sentait bien qu'il lui manquait quelque chose et sans doute a-t-il craint de voir un titre qui lui tendait presque les bras lui glisser entre les doigts. Mais il s'en est sorti.
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C'est en cela que Carlos Alcaraz est vraiment un spécimen rare. Le plus saisissant, à son âge, tient à sa faculté sans cesse renouvelée à trouver une solution. Son salut, dimanche soir, est passé par l'avant. Tout particulièrement dans ce troisième set si déterminant. C'est à la volée qu'il est allé sauver ces deux balles de set contre lui à 6-5. Une merveille de volée de coup droit pas simple à toucher, puis une volée haute consécutive à un service-volée. Il fallait le faire, cette phrase s'entendant à la fois au sens de "Chapeau", que de "C'était une nécessité". Oui, Alcaraz sait faire le nécessaire au moment opportun.
L'US Open a non seulement consacré cette année un joueur d'ores et déjà ultra-complet, mais aussi et surtout un authentique champion, doté d'une force de caractère et d'une forme de courage qui n'appartiennent qu'aux meilleurs. Ce petit (ce gros, plutôt) quelque chose qui fait toute la différence et qui a sans doute fait la différence dimanche soir sur le court Arthur-Ashe entre Carlos Alcaraz et Casper Ruud. Le Norvégien est un superbe joueur, sa palette est plus complète et plus fine qu'on ne le dit, mais il n'est peut-être pas fait de ce bois si particulier. Alcaraz, oui.

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Le moment-clé

Incontestablement la fin du troisième set. A ce moment-là du match, Casper Ruud semblait au-dessus de son adversaire. En manque de souffle et d'énergie, Carlos Alcaraz s'est retrouvé sur un fil lorsque, à 6-5 en faveur du Norvégien, il a dû sauver deux balles de set sur son service. En tenant bon et en embarquant Ruud dans un tie-break que le Murcien allait finalement survoler, il avait fait le plus dur. Ruud n'allait d'ailleurs plus obtenir la moindre balle de break. Un vrai tournant.

Le point de la finale

A un moment très important de la partie puisque ce fut le dénouement de ce fameux 12e jeu du3e set, où Carlos Alcaraz a dû écarter deux balles de set. Sur ce point, où les deux joueurs se sont retrouvés à tour de rôle au filet, l'Espagnol a recollé à 6-6.

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La stat : 8

Soit le nombre d'aces de Carlos Alcaraz dans la quatrième manche. Deux de plus qu'au cumul des trois premiers sets. A titre de comparaison, lors de ses trois victoires en cinq sets contre Marin Cilic en huitième, Jannik Sinner en quart et Frances Tiafoe en demie, le nouveau numéro un mondial avait signé respectivement 3, 5 et 6 aces sur... l'ensemble du match. Une telle qualité de service dans un quatrième set d'une finale de Grand Chelem, c'est du pain bénit. Résultat, Casper Ruud n'a jamais eu l'ombre d'une ouverture dans la dernière ligne droite de cette finale.

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La décla : Carlos Alcaraz

C'est quelque chose dont je rêvais depuis enfant, j'ai travaillé très, très dur pour y arriver, c'est difficile de trouver les mots, je ressens beaucoup d'émotions. J'ai pensé à ma maman et à mon grand-père. A beaucoup d'autres membres de ma famille qui n'ont pas pu venir.

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La question : Alcaraz est-il prêt à devenir le patron ?

Le voilà donc désormais dans le Top 10 (7e) des plus jeunes joueurs ayant gagné un tournoi du Grand Chelem dans l'ère Open. Le voilà aussi numéro un mondial et dans ce domaine-là, personne n'a jamais fait mieux que lui en termes de précocité. Pour autant, Carlos Alcaraz est-il déjà de façon incontestable le meilleur joueur du monde ? Alors que Rafael Nadal et Novak Djokovic ont remporté les trois premiers tournois du Grand Chelem de l'année, la question reste posée.
Si on peut nourrir un tout petit regret (pour nous, pas pour lui) à l'issue de cette campagne majuscule de 2022, ce sont les rendez-vous manqués entre "Charlie de Murcie" et les deux géants. Il aurait pu retrouver Nadal en demi-finale à Roland-Garros (défaite en quarts contre Zverev), puis Djokovic à Wimbledon (là aussi, il a calé sur la marche juste en-dessous, face à Jannik Sinner) même si, sur herbe il n'est peut-être pas encore prêt à de telles joutes. A New York, c'est Nadal qui l'a manqué en s'inclinant face à Frances Tiafoe.

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Il ne s'agit pas, en écrivant ceci, de chercher à diminuer son titre à Flushing ou à minimiser quoi que ce soit. Mais comment ne pas avoir envie de voir le nouveau phénomène du tennis mondial à l'œuvre face à Nadal et Djokovic sur les plus grandes scènes du monde. Ces duels-là ont eu lieu, en Masters 1000. Mais le Grand Chelem, c'est différent. A Madrid, au printemps, Alcaraz avait marqué les esprits en battant coup sur coup l'Espagnol et le Serbe au terme de deux matches titanesques. Dans un Majeur, quel aurait été le scénario ? Chacun peut affirmer ce qu'il veut, par définition mais notre sentiment, sans présager du résultat, c'est que le jeune Carlos aurait été prêt à livrer bataille.
Alors oui, souhaitons-nous pour 2023 des confrontations entre le nouveau numéro un mondial et Nadal ou Djokovic, et pourquoi pas, Nadal et Djokovic. Pour lui, ce serait le test ultime. Une façon de s'affirmer encore davantage, de devenir pour de bon l'incontestable patron du circuit. Aujourd'hui, la situation après les quatre Majeurs de l'année fait un peu penser au titre mondial des poids lourds qui n'aurait pas encore été unifié. L'année prochaine si tout va bien ?

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