Benoît Paire, l'état d'urgence et... peut-être la coupure. Battu au premier tour de l'US Open par le trop solide Cameron Norrie (6-0, 7-6, 6-0), mardi, à New York, l'Avignonnais a refermé sa saison en Grand Chelem avec une nouvelle défaite, venue elle alourdir un triste bilan. En quatre apparitions dans les plus grands tournois, il n'a gagné que deux rencontres... les deux à Melbourne contre Thiago Monteiro et Grigor Dimitrov. Deux succès et puis plus rien. Il n'a passé aucun tour à Roland-Garros, Wimbledon et Flushing, terre de désolation pour lui.
Ailleurs c'est à peine mieux. C'est le grand désert. La chute d'un sportif qui vaut mieux que ses résultats et son classement. Hors qualifications, qui ne comptent pas dans les bilans officiels, il n'a remporté que 4 rencontres ATP en 2022. Les deux aux Antipodes, une face à Emil Ruusuovuori à Genève en mai et une autre à Washington contre Peter Gojowczyk début août. En brisant les bilans officiels, il a levé les bras 9 fois au total cette année, en prenant en compte les fameuses qualifications et son apparition en Challenger à Phoenix à la mi-mars où il avait gagné son premier tour. Famélique. Inquiétant, surtout.
Challenger
"Je ne joue pas ces tournois pour l’argent" : Paire à la relance sur le circuit Challenger
01/10/2022 À 10:17
C'est une saturation
Pour remonter à la source du mal, il faut se projeter un an en arrière. A l'US Open 2021 justement où il s'était aussi incliné au premier tour face à Dusan Lajovic. Depuis cette défaite en quatre manches, à priori banale, il n'a gagné que 5 rencontres au total pour un total de 28 défaites (22 en 2022). Quelque chose s'est cassé à Big Apple il y a environ 365 jours et personne ne met de mots dessus, pas même Paire. Cette chute sans fin commence à sérieusement lui peser sur le moral, au point de l'inciter à appuyer sur le bouton pause. Si la pandémie et l'absence de public l'avaient énormément impacté, le retour progressif des spectateurs dans les gradins n'a pas eu l'effet escompté sur la durée. Le problème est plus profond.
"Je me laisse aller, on verra ce que ça donne. Je ne suis pas sûr de continuer la saison. Je vais peut-être arrêter là et je verrai si je reprends l'année prochaine. Pour l'instant, j'ai besoin d'un peu de repos", a reconnu le joueur de 33 ans en conférence de presse. L'option coupure nette et brutale, donc. Il avait pourtant déjà tenté celle-ci en juin dernier après sa défaite à Stuttgart. Une pause coupée après quinze jours seulement pour s'engager, sans succès, en Challenger avant d'aller... prendre un nouveau mur à Wimbledon. A Londres, il avait atteint un nouveau point de non-retour niveau psychologique. Las, il avait finalement reconnu consulter un psychologue et même un hypnotiseur. Le vase était déjà plein en Angleterre. Maintenant, il déborde.
Mes démons sont encore revenus...
"Je ne dis pas que c'est la dernière fois qu'on me voit en Grand Chelem. Si je retrouve la motivation et l'envie, je pense que le tennis est toujours présent. Si la tête veut bien revenir, ça reviendra très vite. Je ne dis pas que c'est fini, mais dans ces conditions, c'est difficile de se projeter. C'est une saturation", a reconnu Paire, dans des propos cités en conférence de presse par le quotidien L'Equipe. Déjà sur le départ de New York, le barbu a seulement envie d'être chez lui et pas avec une raquette en main.

Benoit Paire lors de son match du 1er tour de l'US Open face à Cameron Norrie

Crédit: Getty Images

Paire est "malheureux" en tournoi

Couper pour mieux revenir ? Paire est prêt à prendre à le risque, mais il y a un petit hic : son classement qui pique du nez. Au 30 août 2022, le voilà 173e à l'ATP avec tous les problèmes qui vont avec. Une situation qui ne le rend éligible qu'aux qualifications des plus petits tournois, des Grands Chelems et au circuit Challenger. Plus que jouer des grands rendez-vous, le Français aspire d'abord à renouer avec la petite balle jaune, le jeu. Mais plutôt en "télétravail" pendant quelque temps. Créer le manque pour raviver la flamme en quelque sorte.
"J'espère retrouver un jour une motivation, un truc qui va me faire aimer le tennis, retrouver le goût de me battre, d'aller en compétition, de voyager. Pour l'instant, je suis le plus heureux quand je suis chez moi et le plus malheureux quand je suis en tournoi. C'est le résumé de ces deux dernières saisons difficiles dans la tête. Je n'ai même plus envie de m'énerver sur un terrain de tennis. Ce n'est pas bon signe : si je ne m'énerve pas, c'est que je m'en fous."

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Preuve qu'il est parfois là et parfois complètement absent : son match décousu contre Cameron Norrie. Une rencontre où il a joué un seul set sur les trois et dans laquelle il a même eu des regrets, lui qui a servi pour le gain de la deuxième manche. Un signe que le tennis n'est pas totalement parti, pas plus que sa grinta. "J'ai fait ce que j'ai pu. Je menais 5-3, j'aurais pu prendre le deuxième set, ça m'aurait fait du bien dans la tête, mais mes démons sont encore revenus...", a commenté l'Avignonnais, dépité par la perte de ses armes principales.
"Le problème, c'est la tête. Dès que c'est un moment important, je ne suis pas bien, j'ai du mal à respirer, je fais des doubles fautes... C'est quand même mon arme le service et je me retrouve à faire quatre (en fait trois, ndlr) doubles fautes dans le tie-break. Je vais partir un peu et prendre du temps pour moi."
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