US Open 2026 - Shelton père et fils, l’union sacro-saine
Par Arthur Merle
Mis à jour 11/09/2026 à 00:32 GMT+2
Opposé à Frances Tiafoe vendredi en demi-finale de l'US Open, Ben Shelton devra cette fois composer avec des encouragements partagés sur le Arthur Ashe dans ce duel 100% américain. Mais son soutien le plus précieux se trouvera dans son box, où se situera notamment son père Bryan, qui est aussi son coach. Une relation au cœur de son début de carrière. Mais une relation saine.
Shelton, du génie au bout de la nuit, le résumé en vidéo
Video credit: Eurosport
"Pour nous, c’était agréable de participer à ce match. Que l'on gagne ou que l'on perde, nous aurions eu le sourire". Bryan Shelton, père de Ben, en avait un très large, de sourire, dans la foulée de la victoire épique de son fils face à Carlos Alcaraz mercredi. Il le pouvait : le joueur de 23 ans venait de s'offrir le numéro 3 mondial dans ce qui fut jusqu'ici le plus beau match du tournoi, et de se qualifier pour une troisième demi-finale de Grand Chelem en carrière. Mais on a très envie de croire le fils lorsqu'il dit qu'il en aurait été de même en cas de défaite. Car les deux hommes liés par le sang sont aussi guidés par le bon sens.
L'histoire de Bryan et Ben est celle d'un père et son fils, donc, depuis 23 ans. Mais aussi d'un coach et de son joueur, depuis trois ans sur le circuit ATP, depuis un peu plus en réalité. Ancien joueur professionnel, le patriarche, 55e mondial à son meilleur, huitième de finaliste à Wimbledon en 1994, s'est ensuite forgé une excellente réputation comme entraîneur dans le tennis universitaire américain. Il a eu son fils sous ses ordres dans l'équipe des Florida Gators, avec qui ils ont remporté le titre national par équipe de la NCAA (National Collegiate Athletic Association). Avant que Ben ne s'impose en individuel l'année suivante.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/09/09/image-44d51a3c-8954-4c36-b422-80c55ef04d8e-85-2560-1440.jpeg)
Un Shelton "béni" et un hommage aux siens après sa victoire sur Alcaraz
Video credit: Eurosport
La collaboration sur le circuit ATP, elle, ne fut pas immédiate. Après une première saison extrêmement prometteuse du gamin, synonyme d'entrée dans le top 100, le père a quitté son poste à l'Université pour devenir l'entraîneur de son fils à temps plein à partir de juin 2023. Dans la foulée, Shelton fils atteint pour la première fois les demi-finales de l'US Open. Et depuis, ils ne se quittent plus.
A Roland-Garros, on a même vu Bryan répondre en direct, oreillette à l'appui, aux questions de Jim Courier et Brian Anderson sur TNT Sports, pour débriefer entre chaque set les performances de Ben. Ensemble, les voilà sur le point de vivre une troisième demi-finale de Grand Chelem, signe que la collaboration porte ses fruits. "On a une super relation, comme père-fils mais aussi comme coach-joueur, nous expliquait Ben dans un entretien réalisé en 2025 à l'UTS. On se respecte l'un et l'autre et on travaille ensemble, c'est assez fluide".
Je suis constamment à l’écoute des émotions de Ben
Et très sain, surtout. Stefanos Tsitsipas, pour ne parler que du cas le plus récent, a suffisamment décrit à quel point sa relation avec son père avait été "toxique" pour ne pas prendre le même chemin. Mais chez les Shelton, pas de risque. Car les limites sont claires. "En général, c'est au moment où nous arrivons sur les courts que nous rentrons véritablement dans la préparation tennistique, expliquait l'homme de 60 ans sur le site de l'ATP l'année dernière. Il se peut que je retourne dans ma chambre d'hôtel pour regarder des vidéos ou travailler encore un peu. Mais pour ce qui est de ma relation avec Ben, c'est strictement père à certains moments et strictement entraîneur à d'autres".
Une première case de cochée dans le manuel de la relation durable. Reste alors à soigner la partie tennistique, ce qui peut être très complexe au contact d'une personnalité explosive comme celle de Shelton. Après tout, sans avoir comment étaient leurs relations à la maison, les échanges entre Stefanos et Apostolos Tsitsipas pendant les matches étaient déjà suffisamment parlants.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/04/17/image-68d75ff2-e885-4b25-b165-8fdcf1796e84-85-2560-1440.png)
Complicité et besoin d'air : la quête de l'équilibre joueur-coach entre un fils et son père
Video credit: Eurosport
"En tant qu’entraîneur, c’est là tout le défi : travailler avec un joueur comme Ben, qui est très agressif, expliquait Bryan dans le podcast Tennis Insider. Mais il lui arrive parfois de dépasser les bornes et de se saboter lui‐même, ce qui l’empêche d’atteindre le deuxième ou le troisième tour du tournoi. C’est difficile de concilier ces deux rôles : être le père d’un jeune homme encore très jeune, en pleine croissance, qui découvre la vie, tout en étant son entraîneur. Oui, c’est parfois difficile. Mais je pense que pour moi, il s’agit simplement d’être patient et attentif. Et je suis constamment à l’écoute de l’état d’esprit et des émotions de Ben, lorsqu’il souhaite parler de tennis, de son jeu ou de tout ce qui touche à ce sport. J’en suis conscient. Et quand il n’en a pas envie, je le sais aussi. Je respecte donc simplement ces deux aspects. Et je pense que c’est ce qui rend notre relation saine".
Dans les intentions, c'est un sans-faute. Caroline Garcia, retraitée depuis un an, est bien placée pour en parler, elle qui s’était séparée de son père comme entraîneur en 2021. Tombée sur cet extrait de Tennis Insider, elle le commentait avec admiration sur X, fin juillet. "La chose la plus impressionnante que Bryan Shelton ait construite n’est pas le tennis de Ben. C’est une relation où il peut être à la fois père et entraîneur, sans que l’un des deux rôles n’engloutisse l’autre. Il sait quand pousser, quand rester silencieux, et quand laisser Ben prendre totalement en main son parcours. Ayant moi-même vécu cette dynamique parent-entraîneur, je sais à quel point cet équilibre est rare et difficile. Je ne suis pas fan de ce rôle combiné, mais Bryan est définitivement l’exception".
Reste désormais à voir à quel point les résultats suivront. Les trois prochains jours pourraient en tout cas donner une tout autre dimension à leur collaboration. Mais quoi qu'il arrive, une fois sortis du court, il ne s'agira plus de tennis.
Sur le même sujet
Plus de détails
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2209.png)
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2209.png)
6
3
3
5
4
6
6
7
Publicité
Publicité