Wilander : "Il aurait dû faire partie d'un Big 5 : Del Potro était le champion du public"

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Comme beaucoup, Mats Wilander a suivi le probable dernier match de Juan Martin Del Potro à Buenos Aires mardi soir. L'ex-champion suédois et consultant pour Eurosport nous a donné son point de vue sur la carrière du géant argentin. Pour lui, il restera unique dans sa capacité à susciter l'amour des fans de tennis et laissera un éternel goût d'inachevé à cause de ses blessures.

"Il nous a laissé des matches immenses" : Que va-t-on retenir de Del Potro ?

Video credit: Eurosport

Les hommages n'en finissent plus d'affluer. Sur les réseaux sociaux de la part d'anonymes amateurs de tennis, autant que de ses pairs. Dans une story sur son compte Instagram, le numéro 1 mondial Novak Djokovic s'est d'ailleurs fendu en espagnol dans le texte d'un "Merci pour toutes ces émotions, tu es très grand", s'ajoutant à la kyrielle des messages de Stan Wawrinka, David Ferrer et bien d'autres qui ont tous salué la (très) probable fin de carrière de Juan Martin Del Potro, même si ce dernier a laissé une "petite fenêtre ouverte" à un éventuel miracle. L'Argentin faisait l'unanimité dans le monde du tennis et ce n'est pas Mats Wilander qui dira le contraire.
L'ex-champion suédois a regardé ce qui devrait être le dernier match de la "Tour de Tandil" face à son ami Federico Delbonis au 1er tour de l'ATP 250 de Buenos Aires (défaite 6-1, 6-3). Et il en a été profondément marqué.
"J'ai été surpris de constater à quel point Del Potro était important dans son propre pays. Guillermo Vilas et Gabriela Sabatini, tous les deux des champions en Grand Chelem sont aussi argentins, mais Juan Martin Del Potro semble plus aimé d'une certaine façon. Et quand on regarde son CV, on réalise qu'il a gagné l'US Open en 2009 en battant Nadal en demie et Federer en finale : c'était incroyable. Et il a aussi gagné la Coupe Davis pour l'Argentine, leur seul titre dans l'épreuve, ainsi que deux médailles d'argent et de bronze aux Jeux Olympiques", fait-il remarquer.
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Juan Martín del Potro (ATP 250 Buenos Aires 2022)

Crédit: Getty Images

"C'était plein à craquer et ils l'ont vraiment célébré comme un héros. Quand vous le voyez jouer, vous vous rendez compte qu'il s'est battu pendant des années en silence après tant d'opérations, et que nous n'avons pas vraiment parlé de lui pendant ces arrêts parce que nous étions obnubilés par le Big 3 ou le Big 4 avec Andy Murray. Del Potro aurait dû être l'un d'entre eux, faire partie d'un Big 5 : il a battu Nadal et Federer à leur apogée en Grand Chelem, Novak Djokovic aussi aux Jeux. Je pense donc que Del Potro a été légèrement oublié, que nous n'avons pas fait assez attention à ce qu'il traversait", ajoute-t-il.
Les blessures auront donc eu finalement raison de l'Argentin. Un éternel regret pour bien des passionnés, fascinés par le potentiel ahurissant de Juan Martin Del Potro, et ce alors qu'il n'avait que 20 ans. Quelques mois avant son fameux sacre à l'US Open, Mats Wilander se souvient, comme si c'était hier, avoir assisté à la première demi-finale en Grand Chelem du phénomène, du côté de la Porte d'Auteuil. L'Argentin avait bien failli déjà faire tomber Federer sur la route de son seul titre sur la terre battue parisienne. Il avait fait parler la poudre au service et en coup droit, malmenant le Suisse deux sets à un, avant que celui-ci, dominé en puissance, ne trouve finalement la parade à l'usure et grâce à ses variations (3-6, 7-6, 2-6, 6-1, 6-4).

Une puissance phénoménale, mais aussi et surtout une formidable capacité d'adaptation

"J'étais dans les tribunes du court Philippe-Chatrier quand Juan Martin a joué contre Roger en demi-finale de Roland-Garros. Robin Soderling, le grand Suédois, était déjà qualifié pour la finale. Donc c'était une immense opportunité pour les deux joueurs de gagner Roland-Garros. Ces cinq sets, c'était un match de tennis incroyable, l'un des meilleurs que j'ai vus de mes propres yeux surtout en raison du contraste entre les styles de jeu. A cette époque, Roger Federer était vraiment à son apogée, et comme Rafael Nadal avait perdu plus tôt dans le tournoi (en huitième de finale contre Soderling, NDLR), il devait saisir l'opportunité et gagner ce match", témoigne le Suédois.
Mais réduire Del Potro à un phénomène de puissance serait une erreur monumentale. Car l'Argentin a su s'adapter, même si les blessures l'ont limité avant même cette fameuse fracture de la rotule. "Il a eu trois opérations du poignet gauche et il essayait de frapper son revers à deux mains comme avant dans un premier temps. Et il a réalisé que c'était impossible. Donc il a commencé à lâcher une main pour jouer beaucoup plus en slice. Et avec ce nouveau revers, il a réussi à atteindre la finale de l'US Open il y a quelques années (en 2018, NDLR). Certes, il a perdu contre Novak Djokovic, mais il a complètement changé son jeu, alors que son revers à deux mains était l'un des meilleurs du monde avant ses blessures."
Ce combat perpétuel face au sort qui s'acharne, c'est aussi ce qui a rendu Del Potro sympathique aux yeux d'un certain public. Mais cette résilience ne suffit pas à expliquer la connexion que l'Argentin a su établir avec les gens. Le contraste entre sa bonhommie, sa démarche lente et apparemment sans affect sur le court et la foudre qu'il lâchait avec ses grands coups une fois l'échange engagé a créé un cocktail explosif qui attirait inévitablement les regards. Car derrière ce visage souvent de marbre, se cachait une passion dévorante qui lui a fait couler bien des larmes, comme lors de cette dernière danse à Buenos Aires.
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Juan Martin del Potro

Crédit: Getty Images

"J'ai joué contre lui en Coupe Davis plusieurs fois en tant que capitaine de l'équipe suédoise, et l'ambiance devenait électrique avec lui. Le champion du public, c'est ce qu'il semblait être pour moi. L'autre match dont je me souviens, c'était la finale de la Coupe Davis en Croatie. Il était mené deux sets à rien, et il a réussi, je ne sais pas comment, à inverser la tendance, ce qui a ensuite permis à Federico Delbonis de conclure dans le 5e match contre Ivo Karlovic. Juan Martin était un joueur d'équipe et il attisait la ferveur des fans. Qui peut oublier ces "Delpo, Delpo, Delpo" chantés dans les tribunes ? Les gens ne le faisaient pas avec Roger, Rafa, Novak ou Andy. Peut-être à Wimbledon pour Andy et encore… Del Potro avait ses supporters qui le suivaient partout dans le monde. Si vous êtes argentin et que Delpo joue, vous allez le voir jouer. C'était comme s'il avait des supporters de foot derrière lui", note encore Wilander.
Lors de cette fameuse finale en 2016, un autre célèbre Argentin s'était enflammé pour lui dans les tribunes de Zagreb : Diego Maradona, désormais disparu. A son échelle, Del Potro est lui aussi un héros pour son peuple et pour des millions d'autres. Il incarne une certaine idée du tennis : sans fioritures mais incandescent, brutal mais toujours classe, où l'émotion n'est jamais très loin. Une synthèse en somme de ce que le sport peut apporter. En quittant la scène, le gentil géant de Tandil a laissé son bandana et une partie de lui-même sur le court et beaucoup de cœurs brisés, dont celui de Mats Wilander.
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