Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

Wimbledon
"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après
14/07/2020 À 09:36

40. Dustin Brown - Rafael Nadal

Edition : 2015
2e tour
Vainqueur : Dustin Brown (Allemagne)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 7-5, 3-6, 6-4, 6-4

Parmi tous ceux qui ont croisé la route de Rafael Nadal sur le circuit, très peu peuvent se targuer de ne jamais avoir perdu contre lui. C’est le cas de Dustin Brown qui n’a pourtant jamais été mieux classé que 64e joueur mondial. L'Allemand au look rasta détonnant a ainsi battu deux fois en deux duels sur gazon le Taureau de Manacor. Car avant de se retrouver au 2e tour au All England Club, les deux hommes s’étaient affrontés à Halle en 2014 pour une victoire sans appel de Brown (6-4, 6-1).

A l’époque, Nadal sortait tout juste de son 9e sacre du côté de la Porte d’Auteuil. Vraisemblablement fatigué, il n’avait pas eu le temps de s’adapter à la surface, d’autant qu’il y avait alors une semaine de moins dans le calendrier entre Roland-Garros et Wimbledon. Mais la thèse de l’accident a donc pris du plomb dans l’aile en 2015. Car si le Majorquin n’était pas dans la forme de sa vie – il s’était fait sortir sans coup férir sur "sa" terre parisienne par Novak Djokovic dès les quarts de finale –, il était tout de même largement favori contre l’Allemand, 102e à l’ATP.

D’autant que Nadal s’était malgré tout un peu rassuré en gagnant le tout nouveau tournoi sur gazon de Stuttgart pour préparer le Majeur anglais. Et puis, dominer un Nadal fatigué et mal préparé en deux sets, c’est une chose. Le refaire au meilleur des cinq sets, c’en est une autre. Pourtant, en confiance après une série de quatre victoires (qualifications comprises), Brown se lance à corps perdu dans ce défi démesuré. Frappant fort à la moindre occasion, prenant le filet pour brouiller les cartes, l’outsider fait admirer son toucher au filet avec d’innombrables "trick shots" dont il a le secret.

La stratégie semble déstructurée, brouillonne, mais elle est en fait parfaitement cohérente. Ce tennis kamikaze donne le tournis au Majorquin qui, malgré une réaction d’orgueil dans le deuxième set, ne trouvera jamais son rythme, assailli de toutes parts. "Je n’ai pas pu frapper trois fois la même balle d’affilée. Et quand il faut choisir le bon coup, vous n’avez pas la confiance nécessaire. Je ne sais pas si je retrouverai le niveau que j'avais en 2011 (année sa dernière finale à Wimbledon, NDLR). Depuis deux ans, je n'ai plus de problèmes avec mes genoux. J'étais prêt", avouera Rafa dans un élan de sincérité. Pour la quatrième année d’affilée, il refait prématurément ses bagages à Londres. Le symbole d’une saison 2015 maudite au cours de laquelle il n’aura pas été plus loin que les quarts de finale en Grand Chelem.

39. Tim Henman - Paul Haarhuis

Edition : 1997
16e de finale
Vainqueur : Tim Henman (Grande-Bretagne)
Adversaire : Paul Haarhuis (Pays-Bas)
Score : 6-7(7), 6-3, 6-2, 4-6, 14-12

De toutes les victoires épiques remportées par Tim Henman à Wimbledon, celle-ci est peut-être la plus marquante. Pas au plan tennistique. Face à Paul Haarhuis, l'Anglais livre ce jour-là un match d'un niveau souvent sinusoïdal. Mais son scénario, sa dramaturgie, son ambiance unique, aussi, vont tout emporter et balayer ces réserves. Nous sommes le dimanche 30 juin 1997. Le dimanche du milieu du tournoi. Celui où on ne joue pas. Sauf que cette année-là, on joue le "middle Sunday". Les organisateurs, bloqués par la flotte, n'ont pas eu le choix, pour la deuxième fois seulement de l'histoire du tournoi. Journée exceptionnelle donc, et atmosphère à unisson.

Loin du cadre sage et feutré du vénérable All England Club, Wimbledon se transforme en volcan digne des ambiances les plus chaudes de la Coupe Davis. "Dès le début, se souvenait Henman en 2006, il y a eu une ambiance incroyable. A chaque point que je gagnais, j'avais l'impression que le stade allait s'écrouler. On se serait cru à Wembley plus qu'à Wimbledon. Il y avait eu une hola dans les tribunes dès notre entrée sur le court. A l'échauffement, le public hurlait à chacune de mes frappes. C'était dingue."

A 22 ans, Henman, quart de finaliste l'année précédente, commence à rêver en grand. En 16e de finale, il est opposé à Paul Haarhuis, 31 ans, grand joueur de double mais pas manchot non plus tout seul, surtout sur surface rapide.

C'est évidemment son (long) dénouement qui confère à ce match valeur et saveur. Un 5e set de 93 minutes, au cours duquel Haarhuis va servir pour la gagne à 5-4. A 40-30, il obtient même une balle de match. Vilaine double faute, accueillie par une explosion de joie. Sur le point suivant, rebelote. Le Néerlandais commet une nouvelle double. Re-explosion. Dernier cadeau, une volée de coup droit dans le filet. En trois points, le Centre Court a atteint le stade du délire, et la "Henman Hill", où s'est massé l'infortunée foule sans billets pour le match du jour, est encore plus excitée.

Il faudra quand même une heure de plus pour que Tim Henman achève un Haarhuis qui, à compter de ces trois points, avait il est vrai une bonne tête de victime. A 13-12, un dernier passing de coup droit long de ligne clôt les débats après trois heures et cinquante-huit minutes d'un match pas tout à fait comme les autres.

Haarhuis peut le confirmer. Il avait eu, six ans plus tôt, le "privilège" d'affronter Jimmy Connors en quarts de finale à Flushing Meadows lors de la folle épopée de papy Jimbo à l'US Open 1991. Cette fois encore, il a été emporté par la foule. "J'ai joué contre toute l'Angleterre, souffle alors le Batave. Je ne pensais pas revivre un match dans une ambiance aussi extrême, et surtout pas à Wimbledon. Je crois que le public a fait encore plus de bruit qu'à New York quand j'ai joué Connors." Ce qui n'était pas peu dire...

38. Chris Lewis - Kevin Curren

Edition : 1983
Demi-finale
Vainqueur : Chris Lewis (Nouvelle-Zélande)
Adversaire : Kevin Curren (Afrique du Sud)
Score : 6-7(3), 6-4, 7-6(4), 6-7(3), 8-6

Ne cherchez pas : dans l'ère Open, vous ne trouverez pas finaliste de Wimbledon plus surprenant que Chris Lewis en 1983. Le Néo-Zélandais de 26 ans, 90e mondial, est à tout le moins la première non tête de série à atteindre ce stade depuis l'Allemand Wilhelm Bungert in 1967.

Jusqu'alors, il est plus connu pour sa manière un peu dilettante de mener sa carrière et sa phobie de l'avion. Mais son talent est réel tout comme son appétence pour le jeu sur herbe, puisqu'il a remporté le tournoi juniors en 1975. Après quoi, chez les grands, il n'a encore jamais dépassé le 3e tour.

Mais en 1983, Lewis arrive plus motivé que jamais. Il a aussi une arme secrète, puisqu'il est l'un des premiers à jouer avec une raquette en Graphite (la fameuse Prince du même nom) et grand tamis. Enfin, il profite, dans sa partie de tableau, de la défaite du tenant du titre et n°1 mondial Jimmy Connors, battu en 8e par Kevin Curren.

C'est donc ce dernier que Chris Lewis affronte pour une place en finale. Sur le papier, l'affiche ne fait pas le poids en comparaison de l'autre demi-finale entre John McEnroe et Ivan Lendl. Mais celle-ci, survolée par McEnroe comme l'ensemble du tournoi, fera pschitt, et c'est bien ce Lewis-Curren de fond de tiroir qui va s'imposer comme LE match du tournoi.

Entre l'immense Sud-af', service de plomb et sourcil austère, et le "petit" Néo-Zélandais, tennis inventif et regard malicieux, l'opposition de style est totale. Mené 2 sets à 1, Kevin Curren, qui est un peu le Kevin Anderson des eighties, revient au score et semble parti pour faire respecter la logique lorsqu'il se détache 3-0 au 5e set.

Mais Lewis est épatant jusqu'au bout. Il efface son break de retard et finit par s'imposer 8-6 après 3h45 d'un pur tennis sur herbe à l'ancienne. Un rêve éveillé pour ce "Kiwi" bien vert, dont le réveil sera toutefois brutal en finale.

37. Roger Federer - Marin Cilic

Edition : 2016
Quart de finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Marin Cilic (Croatie)
Score : 6-7(4), 4-6, 6-3, 7-6(9), 6-3

Ce match aurait pu rester comme son dernier exploit sur son gazon chéri. Exploit, le mot n’est pas trop fort, même si l’on parle d’un des plus grands joueurs de l’histoire. Car une fois n’est pas coutume, Roger Federer avait débarqué chancelant à Wimbledon en 2016, comme jamais auparavant. Passé sur le billard pour une arthroscopie du genou gauche quelques mois plus tôt, le Suisse avait effectué un retour trop prématuré à Monte-Carlo. Résultat : il avait été contraint au forfait à Roland-Garros, une première pour lui en Grand Chelem.

Reprenant tant bien que mal sur gazon à Stuttgart puis Halle, Federer s’était aussi fait mal au dos. Pour la faire courte, quand il débute son tournoi, le Suisse a donc le dos en compote et le genou qui siffle. Heureusement pour lui, le tirage au sort est clément en première semaine, même si certaines rumeurs inquiètent : il aurait été vu dans les vestiaires portant une attelle au genou gauche. Face à Marin Cilic qui l’avait écrasé en demi-finale de l’US Open en 2014, c’est donc un test grandeur nature qui attend le Bâlois.

Et malgré un début de match équilibré, la perte du premier set au tie-break et des difficultés de plus en plus criantes pour se déplacer côté revers ne laissent présager rien de bon pour lui. Cilic ne s’en soucie guère. Puissant et précis, il appuie là où ça fait mal, prend deux manches d’avance et n’a plus qu’à porter le coup de grâce à 3-3, 0/40 dans la troisième. Mais Federer refuse de mourir sans se battre, il aligne cinq points, sauve son service et s’encourage, porté par tout le Centre Court. Ce changement d'atmosphère vient immiscer le doute chez le Croate qui lâche son engagement dans la foulée, et le match prend une tournure inattendue.

Dans la 4e manche, Federer sauve trois balles de match à 4-5, 5-6 puis dans le tie-break à 6/7. Le septuple vainqueur du tournoi s’accroche, casse le rythme à coups de slices de revers et arrache l’affaire 11 points à 9 pour revenir totalement. Sur sa lancée, il domine logiquement l’ultime acte et claque un 27e ace pour assurer son 307e match gagné en Grand Chelem, record de Martina Navratilova battu.

L’index tendu vers les cieux, il sait qu’il vient d’écrire une nouvelle page de sa légende. Défait en demie et meurtri, il reviendra un an plus tard requinqué pour la parachever avec un huitième titre sur le gazon londonien. Avec pour témoin privilégié la même victime en finale : Marin Cilic.

36. Malivai Washington - Todd Martin

Edition : 1996
Demi-finale
Vainqueur : Malivai Washington (Etats-Unis)
Adversaire : Todd Martin (Etats-Unis)
Score : 5-7, 6-4, 6-7(6), 6-3, 10-8

25 heures après le début de leur demi-finale, interrompue le vendredi par la pluie, Todd Martin a le contrôle total de la situation. L'Américain mène 5-1 dans le 5e set face à son compatriote Malivai Washington. Son compatriote, et même un peu plus puisque les deux joueurs, qui habitent à Ponte Vedra Beach en Floride, sont amis dans la vie.

La finale tend donc les bras à Todd Martin. Il va alors passer en mode autodestruction. A 5-1, il commet deux doubles fautes pour donner un peu d'air à Washington. Dans la foulée, ce dernier gagne son jeu de service blanc. A 5-3, malgré son évidente tremblote, Martin semble tenir le bon bout. Il mène 30-15. Mais il craque à nouveau. Une double faute supplémentaire et une volée de coup droit dans le filet relancent pour de bon cette demi-finale.

"Todd me l'a avoué plus tard, il était très tendu, a confié au site officiel de Wimbledon Malivai Washington. A 5-1, quand il servait pour le match, je me disais juste 'essaie de le faire jouer, ne lui donne pas le match, oblige-le à le gagner'". Une demi-heure plus tard, Martin s'incline 10-8. Cette édition cul par-dessus tête, marquée par une succession de surprises, à commencer par l'élimination du triple tenant du titre Pete Sampras en quarts de finale contre le futur vainqueur Richard Krajicek, tient son plus gros coup de Trafalgar.

C'est l'exploit d'une vie pour Washington qui, lors de ses six premières participations à Wimbledon, n'avait jamais dépassé le premier tour. Et il n'y remettra plus jamais les pieds. Mais ce match reste donc surtout célèbre pour l'effondrement de Todd Martin. En termes d’image, il aura du mal à se défaire de cette étiquette. "S'il perd ce match, il va s'en souvenir pour le reste de sa vie", disait John McEnroe en direct à 5-5. Il ne s'était pas trompé.

Pourtant, Todd Martin rappelait l'an passé que "son meilleur tennis a été postérieur à cette demi-finale. Chaque étape de ma carrière m'a fait avancer, même cette défaite. Elle ne définit pas qui j'étais comme joueur et encore moins qui je suis aujourd'hui."

35. Stefan Edberg - Milosav Mecir

Edition : 1988
Demi-finale
Vainqueur : Stefan Edberg (Suède)
Adversaire : Milosav Mecir (Tchécoslovaquie)
Score : 4-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4

On l'appelait "Le Chat". Parce que, derrière son apparence un peu pataude, Miloslav Mecir pouvait se mouvoir tel un matou bien moins lent qu'il n'y paraissait. Double finaliste en Grand Chelem, à New York en 1986 et Melbourne en 1989, il y fut désintégré à chaque fois par Ivan Lendl. Mais c'est peut-être à Wimbledon, à l'été 1988, que Milos a laissé passer sa plus belle chance. Dans cette quinzaine, il enchante comme jamais. En quarts de finale, il dézingue en trois sets Mats Wilander pour briser ses rêves de Grand Chelem.

Vient sa demi-finale face à Stefan Edberg. Là encore, Mecir miaule de plaisir. La variété de son jeu fait merveille. Pendant deux sets et demi, il donne la leçon au spécialiste suédois du gazon. 6-4, 6-2. Puis, à 3-3 dans le 3e set, 0-40 sur le service d'Edberg. Mais Mecir ne va pas capitaliser sur ces trois opportunités. Edberg sauve sa mise en jeu et, de sursitaire, passe en mode révolté en breakant dans le 10e jeu pour recoller à deux manches à une.

Le début de la fin pour Mecir, même s'il mènera encore 3-1 dans le 5e set. Le chant du cygne. Edberg débreake aussitôt puis survole la fin de match. Quelques mois plus tôt, en Coupe Davis, le numéro 3 mondial avait déjà battu Mecir en cinq sets. "Si je n'avais pas remporté celui-ci, je n'aurais jamais gagné aujourd'hui. C'est important de pouvoir s'appuyer sur des références comme celle-ci, de savoir qu'on peut le faire", juge Edberg, qui se qualifie pour sa première finale de Wimbledon, qu'il remportera deux jours plus tard contre Boris Becker.

C'est un match charnière dans la carrière du Scandinave. Malgré son statut de numéro 3 mondial et ses deux titres en Australie, il subit alors beaucoup de critiques. Trop gentil, trop soft. Manque d'abnégation. De courage, même. On lui demande s'insuffler une touche de Connors à son tennis esthétique mais trop académique. En revenant de nulle part contre Mecir, Stefan Edberg change son image et de dimension. "Tout le monde lui a tapé dessus, mais les gens ne savent pas qui il est, lance son coach, Tony Pickard. Aujourd'hui, ils ont tous l'air idiots." Le gentil Stefan savait aussi se muer en guerrier au besoin.

34. Richard Gasquet - Andy Roddick

Edition : 2007
Quart de finale
Vainqueur : Richard Gasquet (France)
Adversaire : Andy Roddick (Etats-Unis)
Score : 4-6, 4-6, 7-6(2), 7-6(3), 8-6

Richard Gasquet n’était alors jamais allé aussi loin dans un tournoi du Grand Chelem. A 21 ans, le "petit Mozart" du tennis français tardait à concrétiser sur les scènes les plus prestigieuses les promesses entrevues lors d’un fameux quart de finale à Monte-Carlo en 2005 où il avait dominé à la surprise générale le numéro 1 mondial Roger Federer. Deux ans plus tard, le voilà donc en quart de finale encore, mais d’un Majeur cette fois, sur le gazon de Wimbledon qui sied si bien à la finesse technique de son jeu.

Sur ses quatre titres remportés alors, Gasquet en a d’ailleurs glané deux sur l’herbe de Nottingham (2005, 2006). Mais ces références paraissent bien légères face à la montagne qui se dresse : Andy Roddick, numéro 3 mondial et surtout deux fois finaliste (2004, 2005) au All England Club. Sur le Court 1, l’Américain fait d’ailleurs bien comprendre qu’il n’est pas là pour plaisanter. Monstrueux au service et de puissance en coup droit, il prend rapidement deux sets et un break d’avance (6-4, 6-4, 4-2).

Dépassé, Gasquet sent son aventure toucher à sa fin. Il se retourne vers Eric Deblicker pour le lui faire comprendre. Mais quand il croise le regard sévère de son coach, le Biterrois se sent piqué. Bien aidé par une légère déconcentration adverse, il refait son retard, avant de se lâcher totalement, perdu pour perdu. Métamorphosé, il inverse la dynamique, frappe des revers gagnants dans toutes les positions, prend le filet à la moindre occasion et décoche même des missiles en coup droit dans les tie-breaks des 3e et 4e sets, signe manifeste chez lui d’une suprême confiance.

KO debout et subjugué – Gasquet frappe la bagatelle de 93 coups gagnants –, Roddick ne peut s’accrocher dans la dernière manche que grâce à son service. Mais il est constamment sous pression à partir de 5-4 contre lui et baisse finalement pavillon dans le 14e jeu. Pour la première fois de sa carrière, le Biterrois remontait ainsi un handicap de deux sets. Très sportivement, l’Américain enjambe le filet pour aller serrer la main de son vainqueur incrédule. "Il a vraiment joué à la hauteur de ce que l’on peut attendre de lui, voire mieux. La différence avec les cadors, c'est d’être capable de le faire plus souvent. Mais c’est peut-être un tremplin pour lui", lâchera A-Rod. Il résumait alors sans le savoir tout le paradoxe Gasquet, souvent frustrant, parfois magnifique.

33. Jimmy Connors - Mikael Pernfors

Edition : 1987
Huitième de finale
Vainqueur : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Adversaire : Mikael Pernfors (Suède)
Score : 1-6, 1-6, 7-5, 6-4, 6-2

Ah, Jimbo... S'il a remporté son huitième et dernier titre majeur en 1983 à New York, l'Américain a passé les presque dix années suivantes à gonfler sa propre légende à coups de matches mythiques, de marathons improbables, et de comebacks à l'ampleur toute "connorsienne".

Le plus fou de tous, il l'a peut-être accompli lors de ce Wimbledon 1987 face à Mikael Pernfors. Le Suédois, révélé un an plus tôt par sa finale à Roland-Garros, a signé au tour précédent un vrai petit exploit en battant Tim Mayotte après avoir été mené deux manches à rien.

On l'imagine fatigué avant ce huitième de finale mais après tout, il a sa jeunesse pour lui face aux 34 ans de Jimmy Connors, qui n'a plus gagné le moindre tournoi depuis trois ans et apparaît sur le déclin. L'histoire de ce match, c'est d'abord celle d'une boucherie. Inexistant, Connors prend une dérouillée aux proportions historiques : 6-1, 6-1, 4-1. Presque gênant. "Mon ego était touché, avouera l'Américain après le match. Alors j'ai décidé de me battre encore plus fort." Son ego, et sa jambe, aussi, qu'il ne cesse de soigner aux changements de côté.

Avec lui, il suffit parfois d'un tout petit élément déclencheur pour réveiller la bête et transformer Jimmy en Jimbo. Dans ce 6e jeu du 3e set, il remporte un point qui titille la foule. Connors lève le poing au ciel. C'est parti. Il remporte... 14 points d'affilée et arrache le 3e set 7-5. Mais il va encore se compliquer la tâche pour pimenter sa folle épopée. Pernfors mène 3-0 dans le 4e acte et croit à nouveau tenir le bon bout, pour mieux perdre douze des quinze derniers jeux de la partie.

Alors que la lumière décline sur le central, malgré les crampes, Jimbo rugit une dernière fois à 19h56 heure locale et la foule rugit de bonheur avec lui. C'est un des plus sensationnels renversements de situation de l'histoire de Wimbledon. "S'il fallait un seul match pour résumer les 17 ans de carrière de Jimmy Connors et définir qui il est vraiment, alors celui-ci serait une illustration parfaite", écrira le New York Times. Connors atteindra les demi-finales cette année-là, avant de s'incliner contre le futur vainqueur, Pat Cash.

32. Pete Sampras - Goran Ivanisevic

Edition : 1998
Finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Goran Ivanisevic (Croatie)
Score : 6-7(2), 7-6(9), 6-4, 3-6, 6-2

Sampras-Ivanisevic, c'est le grand classique à Wimbledon des années 90, le cauchemar des aficionados de bastons du fond de court, le paradis vert des amateurs d'échanges "pénaltys". Les deux hommes s'y sont affrontés quatre fois, dont une première en finale, quatre ans plus tôt, en 1994. Sampras l'avait emporté facilement, en trois sets.

La finale de 1998 est autrement plus disputée. Sampras traverse un passage à vide (relatif), il n'a plus dépassé les quarts de finale en Grand Chelem depuis son succès ici-même un an auparavant, et a même brièvement cédé sa place de n°1 mondial à Marcelo Rios quelques mois plus tôt.

Ivanisevic, lui, enchaîne comme d'habitude les tournois avec la constance d'une coquille de noix surfant sur les vagues au milieu d'une tempête. Mais sur ce Wimbledon, il est vraiment bien. Seul hic : il a remporté, contre Richard Krajicek, une demi-finale à rallonge qu'il aurait dû conclure beaucoup plus tôt. Ce "rab'" d'effort va lui coûter cher sur cette finale...

Une finale qu'il aurait dû, elle aussi, tuer plus rapidement. Le Croate obtient en effet deux balles de 2 sets à rien (à 5-6 et 7-8 au jeu décisif), qu'il vendange de deux retours de revers "faciles" dans le filet. Relancé, Sampras n'est pas beaucoup plus serein pour autant, surtout lorsque, pour la première fois en finale de Grand Chelem, il est poussé au 5e set. Mais Ivanisevic, qui semble alors avoir le dessus, s'effondre physiquement. Il s'effondre aussi moralement après sa défaite. "Je vis le pire moment de ma vie", déclare-t-il en conférence de presse, les yeux encore rougis.

Pour Pete Sampras, en revanche, c'est le bonheur absolu. En décrochant son 11e titre du Grand Chelem et son 5e Wimbledon, il devient l'égal parfait de Björn Borg.

Pete Sampras - Goran Ivanisevic, finale Wimbledon 1998.

Crédit: Getty Images

31. Stan Smith - Ilie Nastase

Edition : 1972
Finale
Vainqueur : Stan Smith (Etats-Unis)
Adversaire : Ilie Nastase (Roumanie)
Score : 4-6, 6-3, 6-3, 4-6, 7-5

Voilà une finale qui est historique avant même de commencer : pour la première fois dans l'histoire de Wimbledon, elle a lieu un dimanche – en raison de la pluie -, du jamais vu à une époque où la finale masculine avait lieu le samedi. Ce n'est que 10 ans plus tard, à partir de 1982, qu'elle sera systématiquement programmée le dimanche, jusqu'alors chômé comme celui du milieu.

Stan Smith et Ilie Nastase font honneur à cette première historique. Ils disputent un match inspiré et indécis que le Roumain a toutes les occasions de gagner : après avoir remporté le 1er set, il a le break au début du 2e, puis encore au début du 3e. A chaque fois, il remet son adversaire dans le match à cause d'une nervosité palpable.

Mais c'est plus encore sur le 5e que le Roumain peut nourrir des regrets. Très déterminé, il s'approche au plus près de la victoire à 4-4, 0-30. Il se jette alors sur la 2e balle adverse et s'offre un passing quasiment à bout portant. Mais là, l'immense Smith, parfait sous la pression, déroule son 1,93 m et réussit une magistrale volée de coup droit en extension qui se finit en amortie parfaite. Trois points plus tard, il récidive en revers pour revenir à 5-5.

C'en est trop pour Nastase qui craque définitivement à 6-5 en expédiant un smash de revers dans le filet. Après l'US Open 1971, le futur "papa" de la chaussure la plus célèbre de l'histoire remporte son 2e et dernier titre du Grand Chelem. De joie, il en jette sa raquette au ciel et saute le filet pour aller consoler son adversaire dans une accolade à la hauteur de cette empoignade de 2h45.

Un an auparavant, Smith s'était incliné en finale contre John Newcombe, suspendu cette année-là comme la douzaine de joueurs sous contrat avec le circuit parallèle de la WCT. Les premières années de l'ère soi-disant Open sont encore bien chaotiques...

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