Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

Wimbledon
"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après
14/07/2020 À 09:36

60. Björn Borg - Jimmy Connors

Edition : 1981
Demi-finale
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 0-6, 4-6, 6-3, 6-0, 6-4

Le crépuscule du dieu Borg. Personne ne le sait encore, sans doute lui-même ne l'imagine-t-il pas, mais lorsque Björn Borg sort du Centre Court après avoir battu Jimmy Connors, il vient de signer sa toute dernière victoire à Wimbledon. Tout le monde guette cette année-là le remake de l'extraordinaire finale de 1980 entre Borg et McEnroe et il aura lieu. Mais pendant que le jeune Américain déroule face à l'invité-surprise Rod Frawley, le Suédois, lui, doit livrer une sacrée bataille face à Connors dans l'autre demi-finale.

Vexé d'être un peu oublié face à l'infernal duo, Jimbo a faim dans ce Wimbledon. Ça se voit... et ça s'entend. Lors de sa victoire contre Chris Lewis au 2e tour, il rugit si fort à chaque frappe que l'arbitre lui demande de faire moins de bruit. "Je lui ai dit : Si vous voulez que je m'arrête, il faut me disqualifier !" Personne ne disqualifiera Connors, évidemment, et arrivé en demie contre Borg, sa rage ne l'a pas abandonné. Il rentre dans son match comme une furie. Cognant comme un sourd sur tout ce qui bouge, il colle 6-0 à Borg en 24 minutes et mène 6-0, 3-1 un quart d'heure plus tard.

Le quintuple tenant du titre se retrouve dos au mur, mené 6-0, 6-4. Mais en réalité, il a déjà pris le dessus. Dans l'interminable 8e jeu du 2e set (24 points), l'homme au bandeau a réussi à débreaker. Et s'il cède son service à nouveau dans le jeu suivant, Borg expliquera qu'il est vraiment rentré dans son match à partir de là. Il déroule dans les deux manches suivantes, infligeant lui aussi une "bulle" à Connors dans le 4e. Jimbo aura une dernière occasion en début de 5e set, sous la forme de deux balles de break à 2-1. Après quoi Borg va fermer la porte, pour de bon.

A l'issue de ce superbe combat achevé à la nuit tombante, deux conclusions s'imposent : Jimbo n'est pas mort et Borg est plus fragile qu'il ne l'a jamais été avant une finale de Wimbledon.

59. Gilles Müller - Rafael Nadal

Edition : 2017
Huitième de finale
Vainqueur : Gilles Müller (Luxembourg)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 6-3, 6-4, 3-6, 4-6, 15-13

La scène se passe dans les couloirs du court numéro 1. Après une première semaine sans nuages pour lui, Rafael Nadal est dans sa bulle, dans sa routine d’échauffement d’avant-match, quand un bruit sourd retentit. En sautant sur place, il vient de se cogner maladroitement la tête contre le linteau de la porte. Etonné, son adversaire du jour Gilles Müller se retourne et croise le regard de son adversaire, hilare, qui lui explique sa mésaventure.

Etait-ce alors le signe précurseur que le "Taureau de Manacor" allait trébucher pour la sixième année d’affilée avant les quarts de finale à Wimbledon ? La ficelle semble grosse, mais l'aura du numéro 2 mondial en a pris un petit coup symbolique. Toujours est-il que son adversaire luxembourgeois, sacré à 'S-Hertogenbosch, est dans la forme de sa vie. Et il a peut-être aussi en tête sa seule victoire sur la légende espagnole sur le même gazon londonien… douze ans plus tôt. Un autre temps.

Gaucher comme Nadal et très à l’aise au filet, il le prive d’entrée de jeu de tout rythme. Le numéro 2 mondial, qui ne peut pas martyriser le revers adverse dans la diagonale comme il en a l’habitude, n’a pas grand-chose à se reprocher - il ne commet d’ailleurs aucune faute directe dans la première manche -, mais se retrouve vite dos au mur avec deux sets de retard. Fidèle à sa réputation, Rafa ne se laisse pas frustrer par si peu. Il se recule davantage à la relance sur seconde balle pour se donner du temps et inverse peu à peu le cours des débats.

Au moment d’entamer l’ultime acte, il semble avoir les cartes en main même s’il est le deuxième à servir. Mais contre toute attente, c’est bien Müller qui reprend le dessus et met la pression. Il obtient deux premières balles de match à 5-4, puis deux autres à 10-9. En résistance, l’Espagnol tient le choc... avant de finalement craquer à 14-13 contre lui. Stoïque, comme incrédule, Müller célèbre tout en retenue le plus grand exploit de sa carrière après 4h48 d’efforts. Battu avec les honneurs en cinq sets en quart de finale par Marin Cilic, le Luxembourgeois en profitera pour flirter avec le top 20 (21e) quelques jours plus tard, son meilleur classement en carrière.

58. Roger Federer - Julien Benneteau

Edition 2012
3e tour
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Julien Benneteau (France)
Score : 4-6, 6-7(3), 6-2, 7-6(6), 6-1

Sur la route d’un succès majeur, il y a parfois des matches-déclics. De grandes frayeurs qui lancent finalement un joueur à la conquête de son destin. Roger Federer en a connu quelques-unes parmi lesquelles figure ce 3e tour épique face à Julien Benneteau, alors 32e joueur mondial. Pendant plus de trois heures et demie, les spectateurs britanniques ont retenu leur souffle, voyant l'un de leurs chouchous malmené par un Frenchy totalement décomplexé sous le toit du Centre Court.

Il faut dire que le Bressan a abordé le match avec deux convictions fondamentales : celle de n'avoir rien à perdre et surtout de pouvoir réaliser l’exploit… puisqu’il avait déjà battu le "Maestro". C’était à Paris-Bercy lors de leur duel précédent, également en indoor. "Les conditions étaient parfaites, pas de vent, un peu d'humidité, le meilleur joueur de tous les temps devant moi. Je savais qu'il fallait que je prenne le contrôle de l'échange, que je l'agresse", confiera l’intéressé. Il lâche d'ailleurs les chevaux d'emblée : très précis au service, agressif à l’échange, il bouscule son illustre adversaire et le fait même chanceler en prenant deux sets d’avance après un tie-break admirablement bien mené.

Mal en point, Federer se rebelle pourtant dès le début du troisième acte en réalisant le double break pour revenir quelque peu au score. Mais dans la quatrième manche, le Tricolore s’accroche, jusqu’à passer quatre fois à deux points du match à 6-5 (15/30, puis égalité à deux reprises) et à 6 points partout dans le tie-break. A chaque fois, Federer sort le grand jeu.

Une fois revenu à deux sets partout, le Bâlois ne regarde plus dans le rétroviseur, Benneteau, lui, n’a plus assez de gaz. Vainqueur soulagé, Federer est alors conscient d’avoir vécu un tournant. "Julien a joué de façon formidable. Il m'a fait douter. L'expérience est importante mais ne fait pas tout, il faut se battre. Un match comme ça, ça gonfle le moral." Pas rancunier, Benneteau se voit même offrir par son bourreau un maillot dédicacé. Un peu plus d’une semaine plus tard, le Suisse volera à nouveau sur le Centre Court couvert pour aller chercher son 7e Wimbledon. Mais ça, c’est une autre histoire...

57. Pete Sampras - Andre Agassi

Edition : 1999
Finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis)
Score : 6-3, 6-4, 7-5

"Les gens me demandent souvent quel fut le meilleur match de ma carrière. Si je devais en choisir un, ce serait celui-là. J’ai joué un tennis sur gazon parfait." Sept fois titré à Wimbledon, Pete Sampras sait de quoi il parle. Ce dimanche 4 juillet 1999, jour de la fête nationale américaine, deux ambassadeurs de la bannière étoilée se font face sur le plus prestigieux court de tennis au monde. L'occasion est idéale et le Californien en profite pour produire un feu d’artifice tennistique face à son plus grand rival, Andre Agassi.

A-t-on jamais mieux joué sur herbe - du moins sur l’ancien gazon, le "vrai", plus rapide et adoré des serveurs-volleyeurs - que "Pistol Pete" ce jour-là ? Son adversaire malheureux y a, lui-même, apporté un début de réponse. "Il marchait sur l’eau. Il a le chic pour faire les choses comme ça. C’est un champion, il l’a encore prouvé", salue-t-il, beau joueur, après avoir été balayé en deux heures.

La performance du Californien est d’autant plus remarquable que les enjeux étaient très élevés. En remportant cette finale, les deux hommes avaient l’occasion de marquer l’histoire du jeu : Agassi en devenant le premier homme à réaliser le doublé Roland-Wimbledon depuis Björn Borg en 1980, Sampras en égalant le record alors détenu par Roy Emerson de 12 titres en Grand Chelem. La pression était donc très forte sur leurs épaules et l'entame équilibrée jusqu'au septième jeu du premier set. Agassi mène alors 0/40 sur le service adverse sans parvenir à breaker. Un tournant précoce, mais un tournant quand même.

"J’ai senti que je m’étais sorti d’un mauvais pas. Et il s’est probablement un peu tendu. Vu la manière dont j’ai joué ensuite, je me sentais imbattable", s’est encore remémoré récemment Sampras. Un point en début de second set symbolise cet état de grâce : sur un enchaînement service-volée, il voit Agassi décocher un missile de passing croisé de revers en lâchant la deuxième main. "Pistol Pete" est pris… mais plonge, dans un réflexe à la Boris Becker, pour déposer une volée de revers amortie parfaite.

Agassi en reste coi, la main sur la hanche. Sampras ne déviera plus de sa tactique ultra-agressive : lui qui a pour habitude de relancer en chip frappe presque tous ses retours de revers sur seconde balle pour ne pas s’engager dans de longs échanges. Sa réussite et sa précision sont exceptionnelles. Ses 16e et 17e aces viennent conclure un récital qui lui permet de rester plus que jamais le roi du All England Club, malgré l’accession de son rival au trône du classement ATP dans la foulée. "Je ne me suis pas senti dans la peau d’un numéro 1 mondial aujourd’hui", concède d’ailleurs le Kid qui ira toutefois justifier son statut en triomphant à Flushing Meadows quelques semaines plus tard, en l'absence de son rival, blessé.

56. Boris Becker - Cédric Pioline

Edition : 1995
Quart de finale
Vainqueur : Boris Becker (Allemagne)
Adversaire : Cédric Pioline (France)
Score : 6-3, 6-1, 6-7, 6-7, 9-7

Cédric Pioline a disputé tout au long de sa carrière une jolie guirlande de matches cultes. Longtemps, le Français les a presque tous perdus, avant d'inverser la tendance. Le quart de finale de Wimbledon contre Boris Becker en 1995 entre dans cette catégorie de batailles épiques que la "Piole" a tenu entre ses mains sans pouvoir aller au bout de son idée.

Dix ans après son premier sacre londonien, Becker demeure un client. Après les qualifications de Sampras, Agassi et Ivanisevic, il ne tient qu'à lui de compléter ce dernier carré idéal avec les quatre premières têtes de série. L'Allemand survole son match sur le court numéro 1. Pioline n'existe pas pendant deux sets. A 6-3, 6-1 Becker, il aurait fallu être devin ou au moins très audacieux pour prétendre que ce quart de finale allait s'achever trois heures plus tard après un combat d'anthologie.

Cette dimension, ce match va l'acquérir progressivement, à partir du tie-break du 3e set, que Pioline arrache à sa 7e balle de set. Victime de crampes abdominales, il a décidé à compter de cette manche de ne plus suivre systématiquement son service au filet. Changement de tactique payant, qui va perturber Becker. Il rend désormais coup pour coup à son illustre adversaire et ce match va culminer dans un nouveau tie-break, celui du 4e set. Un grand moment de tennis, où Pioline va sauver une balle de match à 10-9, avant de conclure à sa... 6e balle de set. Après avoir mené 6-4, puis 7-6, 8-7 et 9-8, il s'impose finalement 12 points à 10.

Mieux, le finaliste de l'US Open 1993 va breaker en début de 5e manche pour mener 3-1. Malheureusement, comme souvent à l'époque, il ne va pas parvenir à enfoncer le clou. "Il a vraiment élevé son tennis à un très, très haut niveau, saluera Becker. Mais je n'ai rien lâché. Même à 3-1 dans le 5e set, je pensais : 'si ce gars veut gagner, il va devoir continuer à jouer à ce niveau-là encore un bon quart d'heure'". Le triple vainqueur du tournoi va revenir, avant d'achever Pioline d'un break fatal dans le 15e jeu. C'était vraiment le temps des regrets pour Pioline.

55. Björn Borg - Roscoe Tanner

Edition : 1979
Finale
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Adversaire : Roscoe Tanner (Etats-Unis)
Score : 6-7, 6-1, 3-6, 6-3, 6-4

Roscoe Tanner, c'est un peu Andy Roddick avant l'heure. Le gaucher américain, au service nucléaire avant-gardiste (il fut mesuré à... 246 km/h en 1978), a été un formidable second rôle à Wimbledon, où il a laissé quelques regrets en route. Il a certes remporté l'Open d'Australie en 1977, mais le Majeur des Antipodes était alors délaissé par le gratin du circuit. En revanche, s'immiscer au milieu de Borg, McEnroe ou Connors au palmarès de Wimbledon, voilà qui aurait bouleversé le regard sur sa carrière.

Si elle n'aura pas le souffle épique de celle face à John McEnroe un an plus tard au même endroit, cette finale 79 demeure une des plus mémorables du quinquennat de Björn Borg. Le Suédois, même favori, se méfie alors de Tanner, qui l'a battu à Philadelphie l'année précédente et dont le jeu le met mal à l'aise, en tout cas sur une surface aussi rapide. Mené un set à rien puis deux manches à une, Borg rame. Tout se joue finalement au 5e set.

Breaké dès le 1er jeu, "Scoe" mène ensuite une épuisante course-poursuite. L'Américain obtient trois premières balles de débreak à 1-0. Puis, à 4-3, il mène à nouveau 15-40 sur le service de Borg. Là, il sort un excellent retour de revers dans les pieds du Suédois, lequel dépose sa volée au milieu du court. Tanner a tout le temps d'ajuster son passing de coup droit. Il fixe le Suédois. Borg est battu mais la balle s'échappe d'un rien dans le couloir. Tanner en met un genou à terre de déception.

Le numéro un mondial sauve sa mise en jeu, mais tremble jusqu'au bout. Au moment de servir pour le titre à 5-4, Tanner écarte trois balles de match à 40-0. "S'il avait gagné ce jeu, c'était fini", jugera Borg, avouant ne jamais avoir été aussi nerveux de sa vie sur un court : "Je pouvais à peine tenir ma raquette."

Cette finale reste aussi dans l'histoire de façon plus anecdotique mais savoureuse. C'est la toute première diffusée en direct sur NBC. Pour des raisons pratiques dans sa grille, le network américain avait demandé que le match soit décalé de quelques minutes. Requête rejetée par les organisateurs. NBC, via Donald Tell, consultant sur la chaine et agent de Tanner, en appelle alors au finaliste américain. Ce dernier refuse dans un premier temps, puis trouve un stratagème. Avant l'entrée sur le court, prétextant des maux d'estomac, il demande à aller aux toilettes. Il va y rester enfermé... huit minutes, avec l'intendant du vestiaire, Leo Turner, tambourinant à la porte en panique.

54. Goran Ivanisevic - Richard Krajicek

Edition : 1998
Demi-finale
Vainqueur : Goran Ivanisevic (Croatie)
Adversaire : Richard Krajicek (Pays-Bas)
Score : 6-3, 6-4, 5-7, 6-7(5), 15-13

Comment passer tout près de perdre un match qu'on avait (presque) déjà gagné ? Il faut s'appeler Goran Ivanisevic, seul joueur de l'histoire de Wimbledon capable d'y produire de telles montagnes russes émotionnelles.

Cette demi-finale de 1998, Ivanisevic la gagne donc (quasiment) une première fois, et proprement. Il mène 2 sets à 1, 5-4, 40-15 sur son service. Il sert alors (évidemment) un ace. Krajicek commence même à marcher vers le filet pour lui serrer la main. Mais le "bip" électronique du filet retentit. Let. Premier service. Krajicek en sourit, Ivanisevic aussi. Pas pour longtemps...

Car le Néerlandais, avec la foi du ressuscité, sauve magnifiquement cette première balle de match. Et Goran commet une double faute sur la deuxième. Soudainement rattrapé par la tension, il finit par perdre son service, puis le set, avant de se faire à nouveau breaker au début du 5e set.

Mais l'inénarrable Goran reconnecte d'un coup les fils de son cerveau et débreake aussitôt pour revenir à 3-3. Plus aucune balle de break n'est recensée jusqu'à 13-14, moment choisi par le Croate pour affûter ses retours et conclure. Incroyable !

L'avantage au moins, c'est que cette victoire lui procure une joie bien plus grande que s'il avait conclu 31 jeux plus tôt. Ivanisevic s'agenouille sur le court, balance sa raquette et à peu près tout le contenu de son sac au public, comme s'il avait gagné le tournoi. Sauf qu'il lui reste encore un match. Une finale - sa 3e à Londres - qu'il perdra en 5 sets face à Sampras. A cause d'un soupçon de fraîcheur abandonné dans ces heures supp' ?

53. Pete Sampras - Jim Courier

Edition : 1993
Finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 7-6, 7-6, 3-6, 6-3

En rentrant dans la salle de conférence de presse, Jim Courier s'est cogné la tête dans l'embrasure de la porte. "Ce n'est pas mon jour, on dirait", a-t-il souri. L'humour a toujours été un des atouts majeurs de la panoplie du bûcheron américain, dont la finesse d'esprit tranche avec la rudesse de son expression tennistique. Ce n'était pas son jour, non. Ni sa fête, en ce 4 juillet, jour de l'Independance Day. Wimbledon avait bien fait les choses avec, pour l'occasion, la première finale 100% américaine depuis neuf ans : Jim Courier face à Pete Sampras.

Sampras commence, tout doucement, à trouver le temps long. Plus jeune vainqueur de l'US Open en 1990, il n'a toujours pas remis dans le mille en Grand Chelem depuis. Son statut de numéro un mondial apparaît même comme une forme d'usurpation. Courier, lui, possède déjà quatre couronnes majeures. Mais il vient de s'incliner en finale de Roland-Garros contre Bruguera et ce nouvel échec, à Wimbledon, sera celui de trop. On ne le reverra plus en finale d'un grand tournoi, alors que Sampras entame ce jour-là un long règne londonien et, au-delà, sur le tennis mondial.

Courier ne démérite pourtant pas dans cette finale un peu injustement oubliée tant elle fut intense, d'une grande qualité et, ce qui ne gâte rien, baignée par un grand soleil et un mercure en feu. Ce match se résume à une poignée de points, dans les deux tie-breaks des deux premiers sets, notamment, que Sampras gère mieux. Curieusement, le premier break du match est à mettre au crédit de Courier, dans le 3e set. Mais le meilleur (joueur, et surtout serveur) fait prévaloir la logique. "Je n'ai jamais eu l'impression d'avoir la maîtrise du match", admet le rouquin. Pour les deux hommes, c'est vraiment le match de la bascule. Pas du bon côté pour Jim Courier.

52. John Newcombe - Ken Rosewall

Edition : 1970
Finale
Vainqueur : John Newcombe (Australie)
Adversaire : Ken Rosewall (Australie)
Score : 5-7, 6-3, 6-2, 3-6, 6-1

"Quelqu'un a une cigarette ?" Scène anachronique dans la grande salle d'interview du All England Club de Wimbledon, où John Newcombe vient de décrocher le 2e de ses 3 titres. Le champion australien, tel un amant éreinté des vieux films à papa, n'a qu'une hâte : s'en griller une pour se remettre de ses émotions.

Il est vrai que Newcombe n'a pas ménagé ses efforts tout au long de sa quinzaine et particulièrement lors de cette finale 100% australienne, la première en 5 sets à Wimbledon depuis le succès en 1949 de Ted Schroeder sur Jaroslav Drobny.

Tout en tirant de longues taffes, le champion de Sydney refait le match. Un match qu'il pensait bien gagner plus vite, après s'être détaché 2 sets à 1, 3-1 au 4e set. A ce moment-là, Rosewall, 35 ans, paraissait cuit. Aux changements de côté, il prenait 30 secondes de repos (shocking !) en s'asseyant sous l'ombrage de la chaise d'arbitre.

Mais petit à petit, le petit Australien était ainsi parvenu à se refaire la cerise. Et, aidé peut-être par un relâchement de Newcombe, il jaillit de sa boîte une dernière fois pour aligner 4 jeux consécutifs et pousser son rival à un 5e set. Dans lequel, en revanche, il s'écroula pour de bon.

Alors que Rod Laver s'était, contre toute attente, incliné en huitièmes, Rosewall, vaincu aussi par son manque de réalisme (3/16 balles de break concrétisées) venait de laisser filer sa meilleure chance de remporter enfin Wimbledon. Il y jouera une 4e et dernière finale en 1974, à 39 ans. Mais jamais il ne passa aussi près qu'en cette année 1970.

51. Kevin Curren - John McEnroe

Edition : 1985
Quart de finale
Vainqueur : Kevin Curren (Etats-Unis)
Adversaire : John McEnroe (Etats-Unis)
Score : 6-2, 6-2, 6-4

Après son historique campagne 1984, John McEnroe, double tenant du titre, apparaît encore comme le grandissime favori de Wimbledon. En quarts de finale, le numéro un mondial affronte Kevin Curren. Naturalisé américain trois mois plus tôt, le Sud-Africain d'origine est tête de série numéro 6. Il est dangereux, avec son service illisible (Curren a la particularité de frapper la balle dans la phase ascendante du lancer), mais parce que Big Mac est Big Mac, et parce qu'il a toujours dominé Curren en sept confrontations, personne n'imagine qu'il puisse être battu.

Une grosse heure et demie plus tard, McEnroe est éliminé. Il n'a pas été éliminé mais pulvérisé par Curren, à qui il n'a pris que huit jeux. La plus lourde défaite de toute sa carrière en Grand Chelem (en dehors de celle contre Orantes à l'US Open 1977 en huitièmes de finale, mais c'était alors en deux sets gagnants). Le choc est immense. Injouable sur sa première balle, Curren a fait vivre un cauchemar à McEnroe, dont le principal fait d'armes dans ce match reste son embrouille avec l'arbitre, puis avec le juge-arbitre, en début de 2e set.

Cette défaite marque un tournant dans la carrière de McEnroe, comme ce tournoi va constituer une césure dans l'histoire de Wimbledon, dont le jeune et surpuissant Becker sortira vainqueur. "Cela fait plusieurs mois que je vois des gars très puissants arriver et ça devient un problème pour moi", avoue le gaucher du Queens en quittant le court. Il apparaît plus blasé que franchement abattu. "Je commence à comprendre ce que Borg ressentait, dit-il, laissant poindre sa lassitude. Je n'avais aucune fraîcheur aujourd'hui. J'ai 26 ans, ce n'est pas vieux, mais le poids des ans m'a rattrapé."

Il achèvera cette saison 1985, s'inclinant en finale de l'US Open puis en demie en Australie, avant de s'éloigner plusieurs mois du circuit. D'une certaine manière, la carrière de John McEnroe, sa partie glorieuse en tout cas, s'est achevée dans ce quart de finale en forme de boucherie face à Kevin Curren.

Wimbledon 1985 : Kevin Curren vient de balayer John McEnroe en quarts de finale.

Crédit: Getty Images

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