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C'était "Ice Nole"

C'était "Ice Nole"

Le 14/07/2019 à 23:37Mis à jour Le 15/07/2019 à 10:27

WIMBLEDON - En cinq heures sur le court dimanche, Novak Djokovic a dû serrer quatre ou cinq fois le poing. Ce fut le paroxysme de l'extériorisation de ses sentiments. Même après avoir remporté ce combat titanesque, le numéro un mondial n'a rien manifesté. En mode Ice Borg toute l'après-midi, il avait décidé de prendre sur lui. Quoi qu'il arrive. Il s'y est tenu jusqu'au bout.

J'ai pensé à cela tout le match en observant Novak Djokovic. Si Roger Federer a toujours eu un langage corporel plutôt neutre (quand le Suisse serre le poing, il est au maximum de son extraversion), Djokovic, lui, a toujours été beaucoup plus communicatif. Il aime manifester. Son agacement comme sa joie. Pendant un match, on le voit souvent hurler à pleins poumons.

Il a besoin de temps à autre d'extérioriser ces sentiments pour libérer la cocotte-minute. Dimanche, il a servi le minimum syndical dans ce domaine. Ce fut vrai pendant la quasi-totalité de la rencontre, mais encore plus frappant dans le dernier set. Alors que la tension croissait, son calme, ou sa zénitude apparente en tout cas, s'accentuait. Il a manifesté quelques signes de frustration, sur les challenges gagnants de Federer et surtout en donnant un petit coup de raquette sur la chaise de l'arbitre, et il a serré le poing de temps à autre, mais jamais on ne l'avait vu intérioriser à ce point ses encouragements. Surtout sur cinq heures, dans un des matches les plus importants de sa carrière.

Lorsqu'il a sauvé ces deux balles de match à 8-7 avant de débreaker, rien. Quand il a gagné son jeu de service à 11-11 en écartant ses dernières balles de break de cette interminable après-midi, il a rejoint sa chaise tête baissé, sans rien dire ni montrer. Mais ce n'était rien à côté de la balle de match. Là, une fois libéré de tout, on aurait pu imaginer qu'il lâche prise. Mais non, rien encore.

Novak Djokovic

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C'est la première fois que je vois un joueur remporter un Grand Chelem sans s'écrouler par terre. Ou pleurer. Ou tomber à genoux. Ou hurler. Ou se prendre la tête entre les mains. Ou même simplement en levant les bras, ou simplement le poing. Rien. Rien. Rien. Juste un sourire. Même contre Kohlschreiber au premier tour, il s'était montré plus démonstratif.

Pourtant, Novak Djokovic ne venait pas de gagner n'importe quelle finale, mais la plus longue de l'histoire de Wimbledon, après un scénario délirant, 13-12 au cinquième (bizarre à écrire, au passage). Contre un de ses plus grands rivaux. Cette "célébration", c'était une façon pour lui d'assumer jusqu'au bout ce parti pris. Et cette image restera ancrée plus fortement et durablement que s'il avait arraché son t-shirt en mode gladiateur ou s'il avait fondu en larmes.

Lors de la conférence de presse d'après-match, il n'a pas fallu attendre plus loin que la première question pour qu'il soit interrogé sur ce mode "total contrôle". "Je m'étais fait la promesse en rentrant sur le court aujourd'hui (dimanche) de rester calme quoi qu'il arrive, parce que je savais que l'atmosphère serait comme ça", a-t-il dit. Il lui fallait se barricader dans sa propre tête pour demeurer hermétique au contexte, qu'il imaginait, sinon hostile, en tout cas pour le moins défavorable.

Il y a quatre ans, à New York, Djokovic avait dû évoluer en finale, contre Federer déjà, dans une ambiance comme il n'y en avait jamais eue dans une finale de Grand Chelem sans qu'un joueur local ne soit concerné. C'était de la Coupe Davis. Elle n'a pas atteint les mêmes extrémités ce dimanche, mais le numéro un mondial n'en a pas moins évolué en mode seul contre tous. Dans sa "non-célébration" et ce sourire sur la balle de match, il fallait donc voir une forme de réponse à ce contexte, autant qu'une manifestation de sa propre joie. Après tout, pour ce match extravagant dans son déroulement comme son dénouement, il fallait une réaction hors normes, elle aussi. Pas un mot, pas un cri. Mais il est des silences qui font beaucoup de bruit.

C'est donc le jour où, de son propre aveu, il a disputé la "finale la plus tendue" de toute sa carrière, celle qui lui a demandé, et même imposé, le plus gros effort mental sur lui-même, que Novak Djokovic sera resté le plus impassible. En ce jour où il a rejoint Björn Borg dans le gotha londonien avec ce 5e titre, le bouillant Djoker avait laissé place à Ice Nole. Dans son esprit, il doit avoir le sentiment d'avoir remporté une victoire majuscule sur Federer et son armée de fans, soit le reste du monde. Mais peut-être plus encore sur lui-même.

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