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Vingt minutes en apnée

Vingt minutes en apnée

Le 12/07/2019 à 22:45Mis à jour Le 12/07/2019 à 23:20

WIMBLEDON - Un excellent Roger Federer a pris la mesure d’un bon Rafael Nadal, vendredi, en demi-finale, lors de leurs vertes retrouvailles. De très haute tenue, leur 40e duel aura surtout valu pour son dénouement, à travers deux derniers jeux d’anthologie. Vingt minutes irrespirables.

Onze années d'attente. Mais ça valait le coup de patienter, non ? Si les retrouvailles parisiennes de Rafael Nadal et Roger Federer avaient surtout valu pour l'avant-match et le plaisir teinté de nostalgie de les imaginer fouler en même temps la terre du Chatrier, il était écrit que celles sur le gazon de Wimbledon vaudraient aussi le détour pendant, et pas seulement avant.

Ce 40e "Fedal" a été d'une excellente tenue, sans atteindre toutefois les cimes, il est vrai extravagantes, de leurs joutes les plus mémorables. Wimbledon 2019 n'a pas égalé Wimbledon 2008, ni même Wimbledon 2007, Rome 2006 ou Melbourne 2017. Des retrouvailles, déjà. La faute en incombe surtout à Nadal, pas tout à fait à la hauteur de ce qu'il avait proposé depuis le début de la quinzaine. Il ne s'en est d'ailleurs pas caché, jugeant à sa sortie du court avoir beaucoup moins bien joué que lors des tours précédents. "Sans doute aussi parce qu'il (Federer) a fait beaucoup de très bonnes choses."

Vrai. A l'inverse, Federer est clairement monté en gamme vendredi. Comme sur dur en 2017, il a tenu sans trop de souci la fameuse diagonale qui l'a mis au supplice des années durant et dont il parait avoir pris la mesure. Il fallait le voir enquiller les échanges de dix, douze, quinze frappes de balle, la plupart sur son revers pris à hauteur de bassin et non d'épaules comme jadis, sans donner l'impression de sourciller. Ce problème autrefois insoluble n'en est plus un pour lui, sauf sur terre. D'où la parenthèse de Roland le mois dernier. Il reste à démontrer qu'elle puisse n'être autre chose qu'une parenthèse. Car pour l'heure, Federer a tout de même remporté leurs six derniers duels en dehors de l'ocre.

Roger Federer

Roger Federer Getty Images

Si personne n'écrira a priori de livre sur cette demi-finale comme on a pu le faire de la mythique finale de 2008, cette remarque en dit plus long sur l'excellence de leur rivalité que sur la rencontre de vendredi qui, une fois encore, n'a pas déçu du point de vue qualitatif. Mais pour lui rendre pleinement justice, il faut d'ailleurs en isoler les vingt dernières minutes. Vingt minutes pour deux jeux. Dix minutes chacun. Là, la partie a intégré une autre dimension et s'est parée du souffle épique qui lui avait peut-être fait défaut jusqu'alors. Le match n'était plus seulement un match, mais un véritable combat.

Vingt minutes en apnée, irrespirables, dont la saveur a tenu en un paradoxe : la fin était là, toute proche et chacun sentait pourtant qu'il suffisait d'un rien pour que l'on en reprenne pour une heure ou une heure et demie. Le public l'a senti, vous aussi sans doute devant votre télé. Et les joueurs tout autant. "L'ambiance était complètement folle à la fin, dans les derniers jeux", a savouré Federer.

Nadal y a joué sa survie sur un fil, écartant quatre balles de match, deux sur son service via deux grosses premières, et deux sur celui de Federer un peu plus tard, sur deux points titanesques. Mais Federer, sous pression, a aussi dû se muer en équilibriste. Il n'a pas toujours opéré les meilleurs choix, comme sur ce smash complètement raté pour offrir une balle de débreak à Nadal à 5-4, smash précédé d'un coup droit trop tendre. Mais globalement, les deux joueurs ont, en dépit de l'extrême tension du moment, livré le meilleur d'eux-mêmes dans cet épilogue. C'est en cela qu'ils sont si spéciaux.

Dans dix ou quinze ans (en admettant qu'ils soient alors à la retraite, après tout, on ne sait jamais...), ce ne sera pas forcément le Federer-Nadal que vous aurez spontanément envie de revoir en premier, mais se repasser en boucle les deux derniers jeux aura valeur de petite douceur.

Le plus savoureux est de penser qu'une autre sucrerie nous attend dimanche. Savoureux pour nous, en tout cas. Pour Federer, c'est à voir. Pour décrocher son 21e Majeur, le Suisse va devoir accomplir un exploit inédit pour lui : battre Nadal et Djokovic sur la route d'une victoire en Grand Chelem. Mais ça, c'est une autre histoire.

Rafael Nadal et Roger Federer après leur duel à Wimbledon en 2019.

Rafael Nadal et Roger Federer après leur duel à Wimbledon en 2019.Getty Images

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