Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

Wimbledon
"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après
14/07/2020 À 09:36

11. Novak Djokovic - Rafael Nadal

Edition : 2018
Demi-finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 6-4, 3-6, 7-6(9), 3-6, 10-8

C'était "seulement" une demi-finale, donc pas tout à fait empreinte du prestige et de la solennité d'une finale. Mais en valeur tennistique pure, deux jours après un Del Potro-Nadal qui avait valu aussi son pesant d'or, cela reste possiblement le plus beau match jamais vu dans l'histoire de Wimbledon.

Un match qui commence un vendredi 13 pour se finir un 14 juillet, de toute façon, ça ne peut être qu'un match spécial. Celui-ci se déroule déjà dans un contexte bien particulier, juste après la première demi-finale Anderson-Isner qui a battu le record de la plus longue demi-finale de Grand Chelem de l'histoire (6h36). Djokovic et Nadal vont, eux, s'établir en deuxième position de ce classement. Quelle journée !

Quelle journée ou plutôt quel week-end puisque, lorsque les deux hommes prennent possession du Centre Court, sous un toit fermé, le vendredi peu après 20h, on pressent bien qu'ils n'iront pas au bout, le couvre-feu en vigueur à Wimbledon imposant l'arrêt du jeu à 23h. De fait, le match est arrêté à 2 sets à 1 pour le Serbe qui vire en tête à l'issue d'un tie break exceptionnel. Nadal y compte 3 balles de sets à 5-6, 7-6 et 7-8, toutes parfaitement sauvées par son rival.

Le lendemain, le soleil brille mais le match reprend sous un toit resté fermé, pour conserver les mêmes conditions que la veille. Pour l’ouvrir, il aurait fallu que les deux joueurs soient d’accord mais Djoko ne l’était pas. C'est de bonne guerre. Mais cela n'empêche pas Nadal de revenir rapidement à 2 sets partout.

On en est donc quitte pour un nouveau 5e set de légende entre les deux cadors, qui vont une nouvelle fois se départager quasiment au chifoumi, sur trois fois rien. Djokovic marche sur un fil et sauve brillamment trois balles de break, deux d'affilée à 4-4 et une à 7-7. Nadal, lui, écarte une première balle de match à 7-8, d'une amortie de revers d'une audace folle. Mais il finit par craquer deux jeux plus tard, sur un break encaissé blanc.

Djokovic remporte donc en 5h15 un match fantastique qui signe définitivement son retour en grâce, après deux ans de doute et de blessures. Le lendemain, il transformera l'essai en dominant Kevin Anderson.

12. Arthur Ashe - Jimmy Connors

Edition : 1975
Finale
Vainqueur : Arthur Ashe (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 6-1, 6-1, 5-7, 6-4

C'est le match d'une vie, le match de rêve, exécuté le jour J. Arthur Ashe n'a battu qu'une fois Jimmy Connors, son cadet de 9 ans, qu'il n'apprécie que modérément, et c'est tombé pile le jour où il fallait absolument le faire. Et de quelle manière, en plus !

En cette année 1975, Ashe, à 32 ans, nourrit encore l'espoir fou de triompher à Wimbledon. Il a même fait l'impasse sur Roland Garros pour cela. Le fait d'atteindre la finale pour la première fois, en sortant notamment Borg en quart de finale, est déjà une performance. Mais là, ça s'annonce compliqué face à Jimmy Connors, n°1 mondial, auteur un an avant du petit Chelem qui aurait pu se transformer en Grand s'il n'avait été suspendu de Roland Garros à cause de sa participation aux Intervilles américains.

Pour arriver en finale, "Jimbo" n'a pas perdu un set. Il est en pleine bourre et il le sait. Non seulement personne ne croit à une victoire de Ashe, mais beaucoup craignent une humiliation. "J'étais mort de trouille à l'idée qu'Arthur soit ridiculisé tant Connors était fort", avouera le fameux journaliste Bud Collins, proche de Ashe. Mais l'excès de confiance de Connors va lui coûter cher...

Ashe, aperçu dans un casino londonien la nuit précédant la finale, a besoin de faire tomber la pression. Sa cote auprès des bookmakers est de 40 contre 1. En revanche, sa cote de popularité est au zénith. Tout le monde semble souhaiter la victoire du gentleman contre le jeune freluquet qui s'est déjà forgé une réputation de bad-boy. L'opposition est réelle, dans le style comme dans la personnalité, d'autant plus qu'Arthur n'est autre que le président de l'ATP, avec laquelle Connors... est en procès.

Quoi qu'il en soit, Ashe fait le match de sa vie. Du moins, pendant deux sets et demi, le temps de mener 6-1, 6-1, 3-2 (break), balle de 4-2. Concentré à l'extrême, faisant de la méditation aux changements de côtés, il laisse ensuite parler sa classe naturelle et son intelligence tactique, variant le jeu à merveille et usant de balles cotonneuses, le plus basses possible, qui gênent considérablement son compatriote.

Mais Connors, évidemment, ne va pas lâcher comme ça le beefsteak. Il met sa vie dans la bagarre pour arracher le 3e set et se détache 3-0 au 4e. Jusqu'alors sur son nuage, la véritable performance d'Ashe est de trouver la force mentale de se ressaisir quand ce nuage commence à devenir chargé d'orage. Dans un ultime coup de rein, il termine au sprint pour s'adjuger la victoire après 2h10 de jeu. C'est son 3eme et dernier Grand Chelem. Après quoi, il ne retrouvera jamais vraiment pareille flamme. Mais qu'importe : son rêve est exaucé.

13. Roger Federer - Rafael Nadal

Edition : 2007
Finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 7-6(7), 4-6, 7-6(3), 2-6, 6-2

Les grands champions aiment la pression. Et celle du regard d’acier de Björn Borg, impassible en Royal Box, n’a pas perturbé Roger Federer dans le théâtre d’un Centre Court ouvert aux quatre vents en attendant l’installation de son toit rétractable, finalement opérationnel en 2009. Bien trop occupé à batailler contre un rival de plus en plus pressant, le Suisse, quadruple tenant du titre, n’a pas vraiment eu le temps de réfléchir à son rendez-vous avec l’Histoire en ce dimanche de finale.

Pour réaliser le cinq à la suite sur le gazon du All England Club, comme son illustre aîné suédois, Federer était condamné à l’excellence car face à lui, Rafael Nadal, a pris une nouvelle dimension. Solide dauphin du Suisse, il l’a frustré une nouvelle fois sur la terre battue parisienne un mois plus tôt où il règne en maître incontesté depuis trois ans. Et sur l’herbe anglaise, le Majorquin progresse à pas de géants. S’il avait déjà subtilisé un set au roi Roger en 2006, le voilà désormais prêt à commettre un crime de lèse-majesté.

Le Bâlois en est conscient et démarre tambour battant comme l’année précédente. Une course effrénée vers l’avant pour aller glisser un passing de revers monstrueux et c’est le break d’entrée. Mais Nadal a mûri, il ne panique pas et revient à hauteur à coups de passings dévastateurs. Les deux rivaux se tiennent jusqu’à un tie-break tendu que Federer vient arracher au filet 9 points à 7. Comme l’indique le score, la marge est infime : c’est le début d’une course-poursuite haletante.

Wimbledon 2007 : 3h45 de jeu et Roger Federer vient à bout de Rafael Nadal.

Crédit: Getty Images

Après la perte du deuxième set, le Suisse est mené 5-4 dans le troisième acte. Un smash de revers et une volée acrobatique ahurissante lui permettent de tenir le choc. Il croit avoir fait le plus dur en s’adjugeant un nouveau jeu décisif, mais Nadal ne lâche rien et réalise le double break d’entrée de 4e manche. "Ça me tue. Mais bon sang, comment cette balle peut-elle être jugée bonne ?", s’insurge un Federer frustré et pas fan du hawk-eye après un point litigieux. Nadal n’en a cure et recolle totalement.

Sur un fil, le quadruple tenant du titre sauve quatre balles de break dans ses deux premiers jeux de service du 5e set, avant de repartir à l’abordage. A 3-2, il fait la différence fatidique avec maestria : l’échange est intense avant qu’il ne glisse un slice de revers croisé vénéneux. Un décalage de coup droit sur la ligne en guise banderille mortelle le libère. Vainqueur des quatre derniers jeux, il peut s’effondrer de bonheur et de soulagement. "Je suis content de chaque trophée que je peux gagner avant que Rafa ne les prenne tous", plaisante le désormais quintuple vainqueur. Il ne croyait alors sûrement pas si bien dire.

14. Boris Becker - Kevin Curren

Edition : 1985
Finale
Vainqueur : Boris Becker (Allemagne)
Adversaire : Kevin Curren (Etats-Unis)
Score : 6-3, 6-7(4), 7-6(3), 6-4

Aucun record n'est éternel, mais disons que celui-ci a de bonnes chances de tenir encore longtemps. Très longtemps. Il y a tout juste 35 ans, Boris Becker devenait à 17 ans et 9 mois le plus jeune vainqueur de l'histoire de Wimbledon. Le tennis étant ce qu'il est aujourd'hui, on voit mal comment, à court ou moyen terme, un adolescent pourrait s'imposer à cet âge dans un tournoi du Grand Chelem. Boris peut dormir tranquillement, il va demeurer le lauréat le plus précoce encore quelque temps.

C'est toute sa campagne 1985 qui reste ancrée dans la légende. Avec son service dévastateur, révolutionnaire à l'époque, le jeune Allemand offre un nouveau style de jeu. En ce sens, ce Wimbledon 1985 marque un tournant dans l'histoire du tournoi puisque cette finale est la première sans au moins Borg, Connors ou McEnroe depuis 1973. Ils avaient remporté à eux trois les neuf dernières éditions. Becker impose la puissance comme arme fatale et, sur ce plan, il n'y aura plus de retour en arrière.

Finale Wimbledon 1985 : Kevin Curren et Boris Becker.

Crédit: Getty Images

En finale, pour parachever sa conquête, Boum Boum affronte Kevin Curren, qui vient de coller deux dérouillées à McEnroe et Connors en quart puis en demie. Leur duel a tout pour faire des étincelles. Ce sera le cas, entre féroce bataille de serveurs et moments de tensions. La veille de la finale, pour se détendre, Curren assiste à un concert de Bruce Springsteen. Mais malgré son expérience supérieure (il a déjà joué une finale en Australie en 1984, perdue contre Mats Wilander), le plus tendu des deux en début de match, c'est lui.

Pourtant, quand Curren remporte le 2e set au tie-break (où il a été mené 3-0) avant de breaker en début de 3e manche, il semble tenir le bon bout. Mais Becker, ce n'est pas qu'une machine à cogner. C'est aussi un caractère de champion. Tout au long du tournoi, il a surmonté des situations difficiles, parfois compromises. "C'était ma marque de fabrique", dit-il. Il revient, donc, domine le tie-break suivant et s'impose en quatre sets. Sur un dernier service gagnant, évidemment. Lorsqu'il arrive en conférence de presse, Becker est spontanément applaudi par les journalistes, tous conscients de la potée du moment.

La révolution Becker s'opère sur bien des plans. Outre sa jeunesse, il est aussi le premier à triompher au All England Club sans avoir été tête de série. Il entraîne aussi derrière lui l'explosion du tennis en Allemagne, sport marginal jusqu'alors dans ce pays. Devenu une immense star, il lui faudra, non sans mal, gérer ce statut qui confinera parfois au délire.

15. Andy Murray - Novak Djokovic

Edition : 2013
Finale
Vainqueur : Andy Murray (Grande-Bretagne)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 6-4, 7-5, 6-4

Pas la plus grande des finales (même s'il faudra tout de même 3h10 pour boucler ces trois sets), mais une page d'histoire. A l'instar du sacre de Yannick Noah à Roland-Garros trente ans plus tôt, la victoire d'Andy Murray vient mettre fin à une interminable période de disette pour le tennis britannique. Si la France avait attendu trente-sept ans entre Marcel Bernard et Noah, Wimbledon guettait le triomphe d'un des siens dans le tournoi masculin depuis 1936 et la victoire de Fred Perry. 77 ans. Murray réussit là où Tim Henman avait échoué. Un long chemin pour lui aussi, après une défaite en finale en 2012 et trois échecs en demie les trois années précédentes.

Mais en cet été 2013, Murray est fin prêt. Désormais chaperonné par Ivan Lendl, il s'est dépucelé en Grand Chelem en gagnant l'US Open 2012 et avait conquis juste avant l'or olympique... à Wimbledon. Puis les circonstances sont favorables. Rafael Nadal et Roger Federer, vainqueurs à eux deux de neuf des dix dernières éditions, disparaissent rapidement. Reste Novak Djokovic, son presque jumeau tennistique. C'est lui que Murray affronte sur la dernière marche, lors d'une finale ensoleillée et brûlante qui fera date.

Djokovic et Murray, Wimbledon 2013

Crédit: Getty Images

De cette finale, il suffit de retenir un jeu, un seul. Le tout dernier. Un des plus formidables jamais vus, qui va s'étaler sur douze minutes étouffantes. Murray mène 6-4, 7-5, 5-4, service à suivre. 15-0, 30-0, 40-0. Le voilà avec trois balles de victoire, de titre, de gloire absolue, de légende, tout ce que vous voudrez. Mais Djokovic, même dominé, possède un formidable instinct de survie et de champion. Il efface ces trois balles de match. Mieux, il prend ensuite l'avantage. Murray paraît soudainement si loin de la victoire. Après avoir eu trois balles de match, l'Ecossais doit écarter à son tour trois balles de débreak. Le Centre Court n'en peut plus. Murray pas davantage.

Il finit par obtenir une nouvelle balle de titre. Il prend tout son temps, lâche une grosse première. Sur son deuxième coup de raquette, Djokovic commet la faute en revers, libérant non seulement son rival mais aussi tout un pays. "Je ne sais plus ce qu'il s'est passé, désolé, souffle Andy à propos de ce dernier jeu, le plus important de toute sa carrière. C'était long, tellement long." A l'image de cette quête entamée depuis bien des années.

16. Pete Sampras - Patrick Rafter

Edition : 2000
Finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Patrick Rafter (Australie)
Score : 6-7(10), 7-6(5), 6-4, 6-2

Les yeux embués, il les cherche du regard. Car devant eux, il vient d’accomplir son vœu le plus cher : battre le record de titres en Grand Chelem de Roy Emerson. Il est 20h57, heure de Londres, ce 9 juillet 2000 et, alors que l’obscurité menace d’envahir totalement le Centre Court, Pete Sampras trône désormais seul avec 13 Majeurs dont 7 Wimbledon au compteur. Mais à cet instant, une seule chose l’obsède, célébrer avec ses parents Georgia et Sam l’apogée de sa carrière de champion.

Sur son insistance, ils ont fait le voyage pour la première fois en Angleterre pour le soutenir. "Je voulais les remercier de m’avoir donné la chance de jouer au tennis et la possibilité de battre ce record. Je voulais qu’ils fassent partie de ce moment", confie Pistol Pete lors de la cérémonie de remise des trophées.

Triple tenant du titre, le Californien n’était pourtant pas aussi sûr de lui que cela avant cette finale. Souffrant d’une tendinite tibiale, il n’était pas à 100 % de ses moyens. Un handicap potentiellement rédhibitoire face à un Patrick Rafter en feu, vainqueur magnifique d’Andre Agassi en demi-finale. Et un autre adversaire se dresse entre lui et son ambition ultime : la pluie. Décalée d’une heure, la finale a à peine démarré depuis 25 minutes qu’elle est interrompue, avant de reprendre pour deux jeux. A nouveau arrêtées, les hostilités ne sont relancées que deux heures et demie plus tard alors que le score était de 5-4 pour l’Australien. Déjà tendu par l’enjeu, Sampras a eu le temps de se faire des films et craque en fin de tie-break en servant deux doubles fautes d’affilée.

Mené au score, le Californien tient grâce à son service. Rafter a le vent en poupe, et dans le jeu décisif du deuxième acte, il mène 4 points à 1, le double mini-break en poche. Mais au moment critique, l’Aussie stresse à son tour. "Je n’ai pas su maîtriser mes nerfs", avouera-t-il d’ailleurs lui-même. Sampras saisit la perche tendue et ne lâchera plus les rênes. Entre ces deux serveurs-volleyeurs d’exception, l’Américain fait tout un petit peu mieux que l’Australien.

Triomphant, il se retourne sur le chemin parcouru. "Le temps dira si mon record sera battu. Ça pourrait être difficile, étant donné le jeu moderne. Mais qui sait ? L’heureux élu a peut-être huit ans et frappe la balle dans un parc en ce moment." Il en avait en fait 18, et le Californien ferait sa connaissance dans des circonstances exceptionnelles l’année suivante.

17. John McEnroe - Jimmy Connors

Edition : 1984
Finale
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 6-1, 6-1, 6-2

"C'est le meilleur tennis de toute ma vie." Et il l'a produit dans le match le plus important qui puisse exister, en finale de Wimbledon. John McEnroe a sans doute raison. Cette finale 1984 marque l'apogée de sa carrière, de sa domination et de l'expression de son génie tennistique. Un an plus tôt, il avait conquis son 2e titre à Londres en maltraitant le novice Chris Lewis. Mais cette fois, c'est Connors, se dit-on. Son éternal rival américain, qui l'a battu ici-même en finale en 1982.

Sauf que McEnroe a remporté leurs cinq derniers duels, sans perdre le moindre set. Sauf que 1984, ce n'est plus 1982. Big Mac est inabordable. Quand il rentre sur le Centre Court pour cette finale, il a remporté 50 des 51 matches joués depuis le début de la saison. Son seul échec ? En finale de Roland-Garros, contre Ivan Lendl. Match imperdable et pourtant perdu, qui laissera une plaie éternellement ouverte dans son esprit et sur son palmarès. Mais il a vite digéré Paris et rapidement, tout le monde comprend que Connors, tout Jimbo qu'il est, n'a rien à opposer à ce McEnroe-là.

6-1, 6-1, 6-2. 80 minutes. Une boucherie au tableau d'affichage, mais une boucherie d'une exquise finesse. John McEnroe flirte avec la perfection du premier au dernier point. Il va boucler ce match avec trois fautes directes. Un coup droit, un revers, une volée de coup droit. Trois fautes directes dans une finale de Grand Chelem... Sa démonstration au service relève du chef-d'œuvre : il ne perd que 11 points au total sur sa mise en jeu. Jamais Connors ne va inscrire plus de deux points en retour sur un même jeu. McEnroe termine avec 10 aces et aucune double faute.

Jamais on ne l'a vu s'énerver une seule fois. Parce qu'il n'en a eu ni le temps ni l'occasion, certes, mais rarement il est apparu aussi serein sur un court de tennis. "Contre Lendl (à Roland-Garros, NDLR), j'ai passé trop de temps à m'énerver, à être en colère et j'y ai perdu trop d'énergie. Je voulais rester concentré sur mon jeu cette fois", explique Mac. Il a bien eu raison. Pour Connors, cette finale est le négatif de celle qu'il avait gagnée dix ans plus tôt contre un Ken Rosewall vieillissant. Il n'avait laissé que six jeux à l'Australien. McEnroe aura été encore moins charitable avec lui pour ce qui restera sa dernière finale de Grand Chelem.

18. Novak Djokovic - Roger Federer

Edition : 2014
Finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 6-7(7), 6-4, 7-6(4), 5-7, 6-4

L'espace d’un instant, fugace, une larme coule discrètement sur la joue de Roger Federer. Il a longtemps cru à ce pied de nez magnifique. Douze mois après sa sortie en catimini au 2e tour face à Sergiy Stakhovsky, qui marquait pour bien des observateurs la fin d’une époque, le Suisse est passé près d’un retour fracassant au premier plan sur la scène de son premier exploit. Il lui aura manqué un set précisément pour retrouver le goût d’un triomphe majeur qui lui échappe alors depuis deux ans.

Si près… et si loin à la fois dans une finale où il n’aura été finalement aux commandes que l’espace de quelques minutes, après avoir arraché 9 points à 7 le tie-break du premier set. Car peu à peu, c’est bien Novak Djokovic qui dicte le tempo dans ce choc de titans, sorte de mise en abyme d’une autre rivalité légendaire, celle entre Stefan Edberg et Boris Becker, leurs coachs respectifs depuis quelques mois. Pour se relancer et se réinventer, le Suisse et le Serbe sont allés chercher l’inspiration auprès de leurs aînés qui vivent par procuration les hostilités dans les tribunes du Centre Court.

Malgré une belle résistance, le septuple vainqueur du tournoi est neutralisé en fond de court. Et son excellente qualité de service (71 % de premières balles et 29 aces) ne suffit pas pour empêcher Nole de prendre un avantage logique, deux manches à une. Le coup est rude pour Federer qui perd son service – et ses dernières illusions semble-t-il – en début de 4e set. Mais piqué au vif, il passe la surmultipliée pour faire un premier débreak avant de céder à nouveau. A 5-2, cette fois, c’est plié. A moins que… l’orgueil ne parle encore. Soutenu comme jamais, il refait encore son retard, écarte une balle de match d’un ace et aligne cinq jeux. Deux sets partout, balle au centre.

Incrédule, le "Djoker" sort du court, rapidement suivi par son adversaire. Comment encaisser un tel retournement de situation alors qu’un deuxième sacre à Wimbledon lui tendait les bras quelques minutes plus tôt ? En prise avec ses démons intérieurs, le spectre d’une immense désillusion se profile, d’autant que Federer se fait pressant à la relance, obtenant une opportunité à 3-3. Mais le Serbe peut compter sur sa première balle et retrouve peu à peu son sang-froid.

Le Maestro a beau faire des miracles pour sauver trois balles de break à son tour à 4-3, ce n’est que partie remise deux jeux plus tard. Fixé sur son revers, il finit par craquer, expédiant une ultime balle dans le filet. Passé par toutes les émotions, Djokovic fait coup double, s’adjugeant son 7e titre du Grand Chelem – un de plus que son heureux nouveau coach – et récupérant la place de numéro 1 mondial qu’il conservera jusqu’à la fin de la saison malgré la pression constante de… Federer.

19. Pancho Gonzalez - Charlie Pasarell

Edition : 1969
1er tour
Vainqueur : Pancho Gonzalez (Etats-Unis)
Adversaire : Charlie Pasarell (Etats-Unis)
Score : 22-24, 1-6, 16-14, 6-3, 11-9

Dans l'histoire du tennis, il y a les affiches dont on pressent qu'elles ont tout pour entrer dans la légende. Toutes ne répondent pas à ces attentes, à l'image de certaines grandes finales, mais l'attente est là. Puis il y a celles qu'on ne voit pas venir et qui s'imposent pourtant, avec le recul du temps, comme incontournables. C'est le cas de ce 1er tour de Wimbledon entre Pancho Gonzalez et Charlie Pasarell. Un duel épique, interminable et dont l'influence sur le jeu lui-même s'est avérée tout sauf anodine.

Nous sommes donc en 1969. Ricardo Gonzalez, Pancho pour les intimes comme le grand public, a 41 ans. Immense champion, considéré par certains comme un des plus grands joueurs de tous les temps si ce n'est le plus grand, il est passé pro à 21 et en a 40 quand l'ère Open redémarre, d'où la maigreur de son palmarès en Grand Chelem (deux US Open et c'est tout). Mais l'Américain d'origine portoricaine a de beaux restes. Il a aussi beaucoup de fans. Parmi eux, Charlie Pasarell, 25, dont il a toujours été l'idole. Ce match contre le maître est donc spécial pour "Carlito". Il l'était avant, il sera pendant, et après.

A l'époque, le tie-break n'existe pas en compétition officielle. Alors on joue autant que nécessaire, dans chaque set. Charlie Pasarell empoche le 1er 24-22, en sauvant douze balles de set. Pancho, caractériel, imprévisible, parfois ingérable, manque d'assommer un juge de ligne en balançant sa raquette. Il se disperse, et lâche la 2e manche beaucoup plus vite que la première : 6-1. Il est à peine 19 heures, mais Gonzalez demande à l'arbitre Mike Gibson d'arrêter les frais, au prétexte qu'il n'y voit plus rien. Demande... accordée !

Le mercredi, les deux joueurs sont de retour et Pancho, qui a pourtant passé une partie de la nuit à cloper et à jouer aux cartes et au backgammon, se refait la cerise. Il arrache la 3e manche... 16-14, puis recolle à deux sets partout. Là, il agonise au fil des jeux. Le vieillard à l'hygiène pas toujours recommandable a le dos courbé et peine de plus en plus à se déplacer. L'impensable se produit alors : Pasarell obtient trois balles de match à 5-4, 0-40. Gonzalez les sauve. A 6-5, rebelote. Trois nouvelles balles de match à 0-40. En vain, encore. A 8-7, Charlie bénéficie d'une dernière balle de match. Encore raté.

Gonzalez ne peut plus que servir et venir au filet pour abréger chaque point. Mais dans un dernier coup de collier venu d'on ne sait où, il remporte les 11 derniers points et s'impose 11-9. Hué la veille, il est maintenant acclamé comme jamais. 5h12 de match et 112 jeux, 16 de plus que le précédent record. "On se souvient plus de Pancho que de moi dans ce Wimbledon 1969", dira plus tard Rod Laver, pourtant grand triomphateur cette année-là.

Sans le savoir, Gonzalez et Pasarell ont surtout posé les bases de l'introduction du tie-break, afin de ne pas multiplier ce type de rencontres en passe de devenir anachroniques. Six mois plus tard, il sera testé en compétition. Dès l'US Open 1970, il sera introduit à l'US Open puis à Wimbledon l'année suivante. Pancho, lui, paraît avoir 70 ans au moment de serrer la main de Charlie Pasarell. Mais les deux sont entrés dans l'histoire ensemble.

20. Patrick Rafter - Andre Agassi

Edition : 2000
Demi-finale
Vainqueur : Patrick Rafter (Australie)
Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis)
Score : 7-5, 4-6, 7-5, 4-6, 6-3

A Wimbledon, on a vu des joueurs (Becker-Edberg, Federer-Nadal) s'affronter trois fois consécutivement en finale. Patrick Rafter et Andre Agassi, eux, ont bataillé trois fois consécutivement en demi-finales entre 1999 et 2001.

Agassi a remporté la première, Rafter les deux suivantes, à chaque fois en cinq sets. Plus bas dans notre classement, on a déjà parlé de son succès au finish en 2001. Celui de 2000 est mieux noté à nos yeux, non pas qu'il fût plus disputé, mais plutôt pour sa qualité générale et son issue plus surprenante. C'est, tout simplement, un immense match de tennis. "Le plus grand des vingt-cinq dernières années à Wimbledon", clamera sur le coup John McEnroe.

Retrouver Rafter en demi-finales de cet Open d'Australie 2000 est déjà une surprise en soi. Quelques mois plus tôt, l'Australien a subi une opération de l'épaule qui l'a contraint à mettre un terme prématuré à sa saison 1999. Depuis son retour en début d'année, il galère pas mal. Ce n'est qu'en entamant la saison sur gazon que le double vainqueur de l'US Open (1997-98) a retrouvé in extremis des couleurs, s'imposant à 's-Hertogenbosch. A Wimbledon, il connaît un parcours relativement tranquille jusque dans le dernier carré, bien aidé par un tableau dégagé après les défaites de Kafelnikov et Kuerten, qui n'étaient de toute façon pas les herbivores les plus fumants.

Mais ensuite, passer d'Alexander Popp, en quart de finale, à Andre Agassi, n°1 mondial, en demi-finales, c'est un peu comme passer brutalement des plaines de Beauce à l'Alpe-d'Huez . Pourtant, Rafter réussit le changement de braquet sans le moindre saut de chaîne. Pour un peu, quand il se détache 7-5, 2-0, on croit même un instant qu'il va s'imposer au sprint. C'est aller un peu vite en besogne.

Le Kid, c'est vrai, passe son temps à courir après le score. Là où il peut nourrir le plus de regrets, c'est peut-être sur le 3e set où, après être revenu de 5-3 à 5-5, il commet ensuite, à 5-6, deux doubles fautes consécutives qui précipitent sa perte dans ce 3e set, et peut-être dans ce match.

Celui-ci va se prolonger encore un long et bon moment. Comme souvent entre le flamboyant serveur-volleyeur australien et le puncheur américain, l'opposition de styles produit son lot de points spectaculaires. Mais globalement, Rafter mérite ce match et il va aller le chercher en disputant en 5e set conquérant, notamment au service. Saoulé de coups, Agassi encaisse un break fatal au 6e jeu et finit par céder après 3h17. A 27 ans, et à un an de sa fin de carrière précoce, Rafter se hisse vers la première de ses deux finales à Wimbledon.

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