Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

Wimbledon
"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après
14/07/2020 À 09:36

70. John McEnroe - Phil Dent

Edition : 1977
Quart de finale
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Phil Dent (Australie)
Score : 6-4, 8-9, 4-6, 6-3, 6-4

En cet été 1977, Wimbledon découvre un gamin de 18 ans venu des Etats-Unis, au jeu reconnaissable entre mille et au caractère lui aussi unique. Il s'appelle John McEnroe et va devenir un des personnages centraux du tournoi dans les années à venir.

En atteignant les quarts de finale, le môme de New York a réussi un premier exploit. Il y retrouve Phil Dent, qui l'a dominé au 2e tour à Roland-Garros quelques semaines plus tôt. Au cours de ce match, McEnroe a découvert l'imparfaite humanité des juges de ligne : "Dès le début du match, leurs annonces ont été catastrophiques. Certaines balles de Dent étaient 20 centimètres à l'intérieur du court et ils les annonçaient dehors."

Mac, sympathique et fair-play, intervient même auprès de l'arbitre pour souligner des erreurs à son avantage. Il tente ensuite d'échanger avec son adversaire et lui dit qu'il est désolé. Dent l'emporte de justesse en cinq sets. A la fin du match, il glisse à son jeune adversaire un conseil qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd : "Fils, tu es chez les pros maintenant. Si tu as quelque chose à dire sur l'arbitrage, tu le dis aux arbitres, pas à ton adversaire."

Lors de leurs retrouvailles londoniennes, McEnroe ne va s'occuper que de lui. C'est ce 28 juin 1977 que le grand public découvre pour de bon l'aspect génial de son jeu et le côté insupportable de son caractère. Lorsque Dent gagne le tie-break du 2e set pour égaliser à une manche partout, l'Américain fond un fusible. Il pulvérise sa raquette et balance les restes sur sa chaise. Wimbledon, qui n'a jamais vu un truc pareil, se met à le siffler. Cela lui vaudra après le match une convocation chez le juge-arbitre pour une remontrance. McEnroe promet de mieux se comporter à l'avenir. Rires rétrospectifs.

Bouffé par sa colère, il perd encore le 3e set. Mais là, il affiche un caractère de champion phénoménal pour son jeune âge, empochant les deux derniers sets, 6-3, 6-4. John McEnroe, 233e au classement mondial, devient le premier joueur à atteindre les demi-finales de Wimbledon en sortant des qualifications. Il va céder contre Jimmy Connors, non sans lui prendre un set. Mais qu'il aime ou déteste ce personnage et ce joueur pas comme les autres, chacun a compris que ce (sale) gosse allait marquer durablement l'histoire du tournoi et celle du tennis.

Wimbledon 1978 : John McEnroe, 18 ans, vient de battre Phil Dent pour se hisser en demi-finales.

Crédit: Getty Images

69. Rod Laver - Arthur Ashe

Edition : 1969
Demi-finale
Vainqueur : Rod Laver (Australie)
Adversaire : Arthur Ashe (Etats-Unis)
Score : 2-6, 6-2, 9-7, 6-0

"Je n'ai jamais vu quelqu'un jouer au tennis comme ça." En route vers le 2e Grand Chelem calendaire de sa carrière, le dernier à ce jour dans le tennis masculin, Rod Laver a dû surmonter en demi-finale l'état de grâce d'Arthur Ashe. Remake de la demi-finale de 1968, expédiée en trois sets par Laver, ce duel-là est resté fameux pour son premier set. Le plus beau de toute la carrière de Ashe. De son propre aveu, Laver y joue pourtant du grand tennis, ce que confirment les statistiques : en huit jeux, les deux hommes combinent... 25 coups gagnants. 13 pour Ashe, 12 pour Laver.

"Il a rapidement mené 5-0 alors que je jouais très bien, raconte Laver. Il tapait des coups gagnants dans tous les sens. Aces, retours, coups droits revers... Je ne l'avais jamais vu jouer comme ça et je n'avais jamais vu quelqu'un jouer au tennis comme ça. Il n'a pas fait une faute. J'essayais de me dire 'il ne peut pas maintenir ce niveau-là tout le match. Sinon, je suis foutu.'"

Laver aura raison. Ashe ne tiendra pas la distance. L'Australien laisse passer l'orage et après le gain du 3e set au finish (9-7), le tenant du titre termine au sprint, sur un 6-0. La tortue avait dompté le lièvre. Mais aucun témoin n'a oublié le tennis prodigieux de Ashe pendant un set, préfiguration de son futur triomphe historique en 1975. Auteur du livre Les plus grands matches de l'histoire du tennis, Steve Flink a écrit à propos de cette demi-finale :

"Avec la fierté et la perspicacité qui le caractérisent, Laver a survécu à cette avalanche et fait tourner le match pour s'imposer en quatre manches. Mais pendant un set, joué face à un joueur lancé vers son deuxième Grand Chelem, Ashe a flirté avec l'invincibilité. Même le grand Laver était réduit au rôle de spectateur de l'autre côté du filet."

68. Lukas Rosol - Rafael Nadal

Edition : 2012
2e tour
Vainqueur : Lukas Rosol (République tchèque)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 6-7(9), 6-4, 6-4, 2-6, 6-4

Un coup de tonnerre, ou plutôt un coup de massue comme le 22e et dernier ace de Lukas Rosol. Le Tchèque, alors 100e joueur mondial, plantait ainsi, après 3h18 de combat, le dernier clou dans le cercueil de Rafael Nadal, laissant le Centre Court en état de choc. Car lors des cinq précédentes éditions du tournoi, le Taureau de Manacor s’était abonné au dernier dimanche de la quinzaine, deux fois vainqueur et trois fois battu en finale.

Le voir disparaître dès le début de la première semaine avait donc quelque chose d’incongru, surtout quand on connaît la régularité au plus haut niveau de l’animal. Nadal a banalisé l'exceptionnel, rendant sa défaite précoce quelque peu surréaliste. Mais c’est oublier bien vite que le Majorquin a souvent été vulnérable en début de tournoi sur un gazon glissant qui l’empêche d’ancrer ses appuis puissants au sol. Déjà face aux modestes Robert Kendrick (237e à l’ATP) en 2006, ou encore Robin Haase (151e) et Philipp Petzschner (41e) en 2010, il avait évité d’un rien des sorties prématurées.

La différence, c’est que cette fois, il a fini par baisser la tête au bout de l’ultime acte. Mené deux sets à un, il avait semblé reprendre son destin en main en s’adjugeant largement le quatrième set, mais un événement en cours de cinquième manche fait à nouveau basculer la dynamique. "C'est sûr que prendre la décision de mettre le toit n'a pas été la meilleure pour moi. Cette interruption ne m'a pas aidé du tout. Mais c'est comme ça, je dois l'accepter. Je dois accepter aussi le fait qu'il est bien revenu et a joué de manière vraiment incroyable", commente un Nadal visiblement préoccupé.

Intouchable sur sa première balle en fin de match (95 % de réussite derrière), Rosol frappe sur tout ce qui bouge avec beaucoup de réussite, ne donnant pas le moindre rythme au Majorquin. Vaincu, ce dernier quitte le Centre Court tête basse. Il vient de vivre, sans le savoir, le dernier match de sa saison. Victime d’une déchirure du tendon rotulien du genou gauche couplée à un syndrome de Hoffa, il ne retrouvera les courts que sept mois plus tard.

67. John McEnroe - Tom Gullikson

Edition : 1981
1er tour
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Tom Gullikson (Etats-Unis)
Score : 7-6(5), 7-5, 6-3

Le match qui a été le théâtre de la plus fameuse tirade de l'histoire du tennis... Ce 22 juin 1981, il fait beau sur Wimbledon, et chaud dans le crâne de John McEnroe. Un an après sa mythique finale perdue contre Björn Borg, le génial gaucher peine à faire la différence face à son "modeste" compatriote (40e mondial). Et il s'en agace.

Alors qu'il sert à 4-5 dans le 2e set, McEnroe passe un ace au centre, annoncé faute. Il se tourne alors vers l'arbitre, Edward James, et se lance dans ce légendaire monologue : "You cant' be serious man, you CAN NOT be serious ! Cette balle est sur la ligne. La craie a volé. Elle est clairement bonne. Tout le monde l'a vu, le stade entier, et vous, vous l'annoncez faute ? Mais comment est-ce possible ?" Flegmatique, l'arbitre le laisse finir sa complainte sans broncher...

L'histoire va retenir ce passage qui n'est pourtant pas le principal incident du match. A 1-1, 0-30 dans le 3e set, McEnroe perd un point et avant de revenir sur le service de Gullikson, qu'il estimait trop long. Il passe une nouvelle fois ses nerfs sur le corps arbitral qu'il traite de "poubelle du monde", ce qui lui vaut un point de pénalité.

"Big Mac" convoque alors le juge-arbitre, Fred Hoyles, qui ne peut évidemment rien faire. McEnroe a beau lui expliquer que l'arbitre est "incompétent et idiot", il n'obtient pas gain de cause. Il conclut son cirque d'un "merde" qui lui coûte un nouveau point de pénalité.

Après avoir finalement vaincu et reconnu ses torts, John McEnroe écopera d'une amende de 1 500 £ (1 660 €) assez historique. Beaucoup estiment qu'il aurait mérité la disqualification. Au lieu de quoi, l'Américain va se tenir (relativement) à carreau pour gagner le premier de ses 3 Wimbledon. Mais les instances outragées dérogeront à leur tradition en ne le nommant pas "Member du All England Club"...

66. Andre Agassi - Todd Martin

Edition : 2000
2e tour
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Adversaire : Todd Martin (Etats-Unis)
Score : 6-4, 2-6, 7-6(3), 2-6, 10-8

Cinq sets, quatre heures, deux jours. Andre Agassi a dû s'arracher dans ce 2e tour contre cette vieille connaissance qu'est Todd Martin. Moins d'un an auparavant, ces deux-là avaient déjà livré une bataille épique à Flushing. Mais c'était en finale. A Wimbledon, à l'été 2000, Martin n'est plus tête de série et c'est dès le 2e tour qu'il hérite d'Agassi.

Ce dernier souffre face au revers slicé dont use et abuse avec habileté son compatriote. Il réussit quand même à mener deux manches à une, avant de flancher. Martin a alors toutes les cartes en main. Il mène 5-2 dans le 5e, avec un double break en poche. Vu la qualité de son service, il ne peut plus perdre. Sauf qu'il a déjà connu une mésaventure de ce genre sur ce même Centre Court, quatre ans plus tôt, lors d'une demi-finale cruelle pour lui contre Malivai Washington. Il avait alors mené 5-1 dans la dernière manche. "Je savais que ça lui était déjà arrivé, avouera Agassi, mais ce n'est pas pour autant que je m'attendais à ce que ça se reproduise." Et pourtant...

Ces deux jeux de service pour plier l'affaire, Todd Martin, trop tendu, les négocie de façon catastrophique. C'est paradoxalement sur la mise en jeu d'Agassi, à 5-3, qu'il bénéficie de deux balles de match. Sur la première, il vendange un retour de revers sur seconde balle. L'autre est sauvée au filet par Agassi. Une fois Dédé revenu à 5-5, tout le monde a compris que l'histoire ne pouvait s'achever que d'une seule manière. Même Todd Martin l'a compris. Surtout Todd Martin. A 9-8 contre lui, il concède un dernier break, fatal.

Miraculé, Agassi se tourne vers son clan et lève le poing mais n'en rajoute pas. Une part de lui compatit avec ce si gentil garçon, joueur remarquable, à qui il aura toutefois trop souvent manqué une âme de tueur pour achever ses proies et transformer une très belle trajectoire en immense carrière.

65. Roger Federer - Novak Djokovic

Edition : 2012
Demi-finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 6-3, 3-6, 6-4, 6-3

Le chiffre 8 a toujours exercé une fascination particulière chez Roger Federer. Alors le Bâlois ne pouvait décemment pas se permettre de s’incliner pour ce qui constituait alors sa huitième demi-finale sur le gazon du All England Club. D’autant qu’il n’avait alors jamais perdu une demi-finale à Wimbledon, une statistique qu’il a mis un point d’honneur à confirmer ce 6 juillet 2012.

Le défi était pourtant de taille : en face de lui se dressait le numéro 1 mondial et tenant du titre Novak Djokovic. Celui-là même qui l’avait sèchement battu un mois plus tôt en demi-finale de Roland-Garros. Sur herbe, les deux rivaux ne s’étaient à l'époque jamais affrontés. Difficile de prédire l’issue d’un tel choc même si Federer avait déjà eu son lot d’émotions dans cette quinzaine. Passé tout près de la sortie face à Julien Benneteau au 3e tour, le Bâlois s’était ensuite bloqué le dos en huitième de finale mais avait réussi à surmonter la douleur pour poursuivre sa route.

De nouveau à 100 % de ses moyens sous le toit du Centre Court, il livre un petit récital, malgré une légère baisse de régime dans le deuxième acte. La troisième manche constitue l’apogée et le tournant de l’affrontement. Après avoir manqué plusieurs occasions de faire le break à 3-2 en sa faveur, le Suisse part à l’abordage à 5-4, prend le filet d’assaut et claque un smash en reculant pour virer en tête. Le poing serré, le sourcil froncé, il rejoint sa chaise sous les acclamations. Sonné, Djokovic lâche son engagement d’entrée de quatrième manche et y laisse ses dernières illusions.

"Le 3e set a été la clé. J'ai élevé mon niveau de jeu, j'ai eu un peu de chance aussi", analyse le Bâlois, extatique et impérial au service (64 % de premières, 12 aces pour aucune double faute) dans cette partie. Une sacrée performance qui constitue, à ce jour, la dernière victoire de Federer sur Djokovic en Grand Chelem.

64. Björn Borg - Victor Amaya

Edition : 1978
1er tour
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Adversaire : Victor Amaya (Etats-Unis)
Score : 8-9, 6-1, 1-6, 6-3, 6-3

Pour cette 101e édition, Wimbledon est en effervescence. Björn Borg, maître des lieux, tente de devenir le premier homme à triompher trois années de suite depuis Fred Perry dans les années trente. On parle de la "malédiction du triplé" mais c'est tout autre chose qui tracasse le Suédois avant son 1er tour, où Borg doit se coltiner le géant américain Victor Amaya. Du haut de ses 201 centimètres, gabarit totalement hors normes à l'époque sur le circuit, ce joueur formé à l'université du Michigan est le prototype de tout ce que Borg n'aime pas.

Il n'ignore pas qu'au Queen's, deux semaines plus tôt, Amaya a battu Raul Ramirez et Tom Okker. "J'étais très inquiet avant ce match", avouera Borg. Une nervosité symbolisée par sa double faute qui offre le 1er set à Amaya dans le tie-break. Mené deux manches à une après avoir pris un cinglant 6-1 en 20 minutes dans le 3e acte, le double tenant du titre se retrouve ensuite au bord du précipice : Amaya mène 3-1, 30-40 sur le service de Borg dans le 4e set.

Ce point est peut-être un des plus sous-estimés de toute la carrière du Scandinave. Sur sa 2e balle, Borg prend tous les risques. Une "deuxième-première" qui accroche la ligne et lui permet de sauver cette balle de double break. "Il a suffi d'un coup pour que le match bascule", juge Amaya. "S'il gagne ce point, c'est fini, il ne perd pas le match", confirmera Borg. Au lieu de quoi l'icône suédoise va s'en sortir, ne perdant plus un jeu dans ce 4e set. Victor Amaya aura une dernière opportunité dans le set décisif, sous la forme de deux balles de break à 3-2. Mais là encore, Borg aura le dernier mot. Comme toujours à cette époque dans le jardin anglais.

63. Patrick Rafter - Andre Agassi

Edition : 2001
Demi-finale
Vainqueur : Patrick Rafter (Australie)
Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis)
Score : 2-6, 6-3, 3-6, 6-2, 8-6

La belle d'un triptyque haletant sur le gazon du All England Club. Pour la troisième année consécutive, Patrick Rafter et Andre Agassi se retrouvent face-à-face en demi-finale. Vainqueur confortable en 1999, le Kid de Las Vegas avait dû s’incliner lors de la revanche au bout de cinq sets magnifiques.

Et pour leurs retrouvailles, les deux hommes se départagent encore au bout du suspense. L'Américain démarre pied au plancher, transperce de ses passings millimétrés et de ses retours supersoniques un Rafter pas encore en jambes (4/17 au filet dans le premier set). Mais l’Australien trouve peu à peu son rythme, bien que faisant tout le temps la course derrière. Mené deux manches à une, il refait une nouvelle fois son retard, breakant dans le quatrième set après une balle litigieuse qui fait perdre son sang-froid à Agassi, furax contre une juge de ligne.

Le numéro 2 mondial se reprend ensuite en s’emparant du service adverse à l'entrée de l’ultime acte. Il passe même très près du double break, mais Rafter y échappe d’une volée réflexe sur un passing pourtant très appuyé. A 5-4, Agassi sert pour la finale mais se fait rejoindre. Déjà frustré, il perd ses moyens deux jeux plus tard. A égalité sur le service adverse, il manque d’un rien un retour dans le couloir et peste assez discrètement. Le juron, capté par la juge de ligne, est rapporté à l'arbitre de chaise Mike Morrissey qui avertit Agassi pour obscénité.

"C’est assez navrant et ça manque de classe de courir dénoncer ça sur le Centre Court. Mon erreur m’a contrarié et je pensais que personne ne pouvait m’entendre", expliquera après les débats l'Américain. A la suite de l'incident, il perd sa concentration quelques instants, assez pour voir l’affaire lui échapper. Mystifié sur un dernier passing de revers, il balance (sans violence) une balle en direction de celle qui l’avait dénoncé, prétextant ensuite avoir visé le filet. Rafter, lui, ne s’en soucie guère, tout heureux de se qualifier pour une deuxième finale consécutive à Wimbledon. La dernière. Quelques mois plus tard, l’Aussie prendra une pause de six mois prévue de longue date... dont il ne reviendra en fait jamais.

62. Alexander Mronz - Jeff Tarango

Edition : 1995
3e tour
Vainqueur : Alexander Mronz (Allemagne)
Adversaire : Jeff Tarango (Etats-Unis)
Score : 7-6(6), 3-1 def.

Ce 1er juillet 1995, Jeff Tarango, 80e mondial, est un peu nerveux. Lui qui n'avait jamais gagné un match à Wimbledon a une occasion unique de rallier la deuxième semaine. Il vient d'éliminer Medvedev et part favori face à un adversaire classé 117e et surtout connu pour être l'ex de Steffi Graf.

Mais Jeff, crispé, perd le 1er set. Il est mené 2-1, 15-30 dans le 2e. Là, le gaucher de 26 ans sert un ace extérieur, annoncé faute. L'arbitre français, Bruno Rebeuh, overrule mais ne lui accorde pas l'ace. Il fait rejouer le point, à la grande fureur du joueur qui, en plus, le perd.

15-40, donc. Balle de break. Tarango fulmine. Quelques spectateurs le chatouillent. Il se tourne vers eux et leur hurle un "shut up" ("taisez-vous") qui lui vaut un avertissement. Cette fois, la moutarde lui monte au nez. Il réclame la venue de Gilbert Ysern, superviseur, français lui aussi, en qui il a confiance. Mais c'est le Suédois Stefan Fransson qui débarque et lui intime l'ordre de jouer.

Tarango s'y résout, non sans traiter Rebeuh d'arbitre "le plus corrompu du circuit". Ce qui lui vaut un point de pénalité, synonyme de jeu et donc de break. C'en est trop pour le bouillant Californien qui prend ses affaires et s'en va sans demander la note. A la stupeur générale, il devient le premier joueur à s'auto-disqualifier d'un Grand Chelem.

Mais l'affaire n'en reste pas là. En sortant du court, Bruno Rebeuh se fait gifler par l'épouse (française...) de Tarango. Cette dernière vient ensuite justifier son geste lors d'une conférence de presse surréaliste au cours de laquelle son époux est en train de vider son sac. Tarango accuse l'officiel français de favoriser ouvertement certains joueurs dont il est proche – il cite notamment Marc Rosset - et explique en avoir déjà été victime par le passé.

Mais ses explications ne seront pas retenues. Il écopera d'une lourde amende (plus de 60 000 $), plus une suspension de deux Grands Chelems, finalement réduite à un seul après avoir formulé des excuses écrites à Bruno Rebeuh. Ce dernier, lui, sera blanchi. Mais il ne se remettra jamais vraiment de cet épisode...

61. Pat Cash - Ivan Lendl

Edition : 1987
Finale
Vainqueur : Pat Cash (Australie)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 7-6, 6-2, 7-5

Borg. McEnroe. Connors. Becker. Edberg. De 1976 à 1990, ils ont raflé 14 titres sur 15. Dans leur carrière, tous ont triomphé au moins deux fois au All England Club. C'est dire si les "one shot" étaient rares à l'époque. Pour se faire une place, il fallait forcer le passage. Un homme a su le faire. Il s'appelle Pat Cash. Demi-finaliste à Wimbledon et à l'US Open à 19 ans, le jeune Australien a du talent, on le sait. Il gagnera des grands titres, et vite. Mais il va ensuite perdre deux années à cause de pépins de santé. Des problèmes aux vertèbres, et une opération de l'appendicite à trois semaines de Wimbledon en 1986.

En 1987, Cash pète la forme. C'est un Wimbledon à saisir. Nouveau maître des lieux, Boris Becker a disparu dès le 2e tour, face à Peter Doohan. Un Australien, lui aussi. Pat Cash traverse la quinzaine comme une furie, ne perdant qu'un seul set. En finale, il donne une leçon de tennis sur gazon à Ivan Lendl. Ce dernier, impérial contre Leconte et Edberg en quart puis en demie, semblait pourtant enfin prêt à triompher à Londres. Avec son vécu, ses certitudes, c'était, pensait-on, son heure. Mais le travailleur acharné va buter sur le joueur naturel de gazon qu'est Cash.

Prodigieux au filet et impérial au service (il ne perd que huit points sur sa mise en jeu lors des deux premiers sets), il signe le chef-d'œuvre de sa carrière. Lendl se révolte un temps dans le 3e acte en menant 5-2. Sans vraiment y croire. Il a raison. L'Australien débreake et aligne cinq jeux pour triompher, comme une évidence, sur une dernière volée gagnante.

Pat Cash brise alors la bienséance du protocole en grimpant dans les tribunes pour aller rejoindre sa famille, sa petite amie et son coach, Ian Barclay. Séquence devenue mythique, qui collait bien avec l'image "rock 'n roll" du jeune Cash. Il fera école sur ce point. Mais il reste à jamais le premier à avoir osé cette escalade. Son bandeau à damiers, lui aussi, compte parmi les objets iconiques de Wimbledon. Cash, c'était une gueule, un style, et d'abord un tournoi, cette édition 1987 en forme de plénitude.

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