C'est une habitude pour lui, une exception pour la plupart des joueurs du circuit. Pour la 69e fois (un record évidemment) de son immense carrière, Roger Federer jouera un huitième de finale de Grand Chelem lundi. Et ce privilège, il l’a conquis en prenant le dessus samedi sur Cameron Norrie, le Britannique en forme du moment, en quatre sets (6-4, 6-4, 5-7, 6-4) et malgré quelques soubresauts en fin de match. Les bras levés, le poing rageur, on avait rarement vu le Suisse aussi expressif après une victoire au 3e tour d’un Majeur, car quelque chose de "spécial" s'est passé, comme l'a dit l’intéressé lui-même dans son interview sur le Centre Court.
Certes, Federer a été moins brillant, moins fulgurant, moins aérien que lors de son 2e tour face à Richard Gasquet. Mais il y avait des raisons à cela. D’abord, il connaissait moins son adversaire dont le jeu de gaucher et le revers fusant à plat avaient tout pour le faire dérailler, comme Adrian Mannarino. Surtout, Norrie sortait d'une finale au Queen’s et avait toutes les raisons de croire en sa bonne étoile. "Il fait une super saison, il a gagné beaucoup de matches (31 victoires, 12e mondial à la Race, NDLR). C'est une victoire référence. C'est très positif pour moi d'être capable de battre un joueur comme ça, en forme, qui a beaucoup de matches dans les jambes, devant son public. Je sais qui j'ai battu", a ainsi fait remarquer le Bâlois.

Roger Federer à Wimbledon en 2021

Crédit: Getty Images

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C'est peut-être l'une des premières fois où je me suis senti en paix sur le court
D’ailleurs, il aurait pu faire passer cette victoire pour une formalité, si Federer avait pu (su ?) faire le break à 5-5 dans le troisième set d’un passing de revers croisé qui a finalement échoué dans le couloir. Au lieu de cela, il s'est compliqué la tâche, passant à côté de son jeu de service suivant pour permettre à son rival britannique de revenir dans le match et d’enflammer le Centre Court. Le Suisse a alors passé des minutes difficiles, pas loin de se faire breaker d’entrée de quatrième, comme enfermé dans un faux rythme.
Le doute aurait même pu totalement le submerger quand il a gâché un break d’avance dans ce quatrième acte. Et pourtant, il est resté impassible, et s'est même donné un coup de fouet pour retrouver de l’agressivité à la relance, à l'image de ces deux retours en décalage coup droit qui lui ont permis de faire la différence décisive à 4 partout. "J'ai trouvé mon rythme. Je n'ai pas toujours eu un timing parfait à la frappe, mais j'ai presque tout le temps essayé de jouer en avançant. Quand tu fais ça, comme je l'ai fait contre Gasquet, tu vas toujours rater de temps en temps. L'essentiel, c'est d'accepter ces quelques erreurs et d'avancer", a-t-il confirmé.
Ce premier gros test, Federer l'a donc passé avec succès tennistiquement, tactiquement, mais aussi dans la tête. Alors que la tempête aurait pu gronder sous son crâne, il a gardé les idées claires. Que son 2e tour à Halle contre Félix Auger-Aliassime lors duquel il avait clairement lâché l’affaire en fin de match semble loin désormais… "Je pense que j'ai vraiment eu une bonne attitude sur le court. C'était peut-être l'une des premières fois (depuis son retour à la compétition, NDLR) où je me suis senti en paix, vraiment calme, avec une forme de tranquillité dans ce que je faisais, où je voulais servir, comment je voulais gagner mes jeux de services, comment j'ai accueilli mes fautes et mes mauvais choix. Ce qui compte, c’est d'avoir du recul. Aux changements de côté, j'étais juste assis, relâché. C'est comme ça que je voulais être."

Plus les matches passent, plus il croit en lui

Peu à peu, Federer est donc en train de se reconstruire une carapace qui le rend moins perméable aux événements extérieurs. Cette fameuse "poker face", ce visage illisible qui a déstabilisé tant d’adversaires par le passé. Cela ne signifie pas pour autant que le Suisse ne ressent rien, bien au contraire : il a d'ailleurs montré ses émotions, son soulagement comme sa rage de vaincre après la balle de match. Mais plus il enchaîne les parties et les victoires, mieux il contrôle ce qui se passe de son côté du filet. Avec 48 coups gagnants pour "seulement" 33 fautes directes contre un joueur aussi accrocheur et régulier que Norrie, Federer a confirmé qu'il trouvait peu à peu son équilibre.
De quoi croire en sa bonne étoile et à un 9e titre à Wimbledon qui serait un exploit monumental ? Peut-être pas encore (surtout vu le niveau de jeu et de confiance de Novak Djokovic notamment), mais peu à peu, les doutes s'estompent côté suisse. "A chaque match, je crois davantage en mes chances. Vous ne pouvez pas gagner Wimbledon la première semaine, mais vous pouvez le perdre. C'est pourquoi je suis heureux, je m'en suis si bien sorti. Je me sens bien physiquement et mentalement." Si Federer est encore loin d'avoir réussi son pari fou, il ne l'a pas encore perdu à mi-tournoi.
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