Finies les surprises ? A Wimbledon, d'une semaine à l'autre, ce sont souvent deux tournois très différents...

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Même si on a atteint cette année des proportions record, il est fréquent que la première semaine de Wimbledon soit marquée par une farandole de surprises. Très souvent, les choses se calment en deuxième semaine où le Grand Chelem londonien devient, chez les hommes du moins, l'un des tournois les plus respectueux de la hiérarchie. Presque comme si un nouveau tournoi débutait, en somme…

Les “surprises” ont-elles tué l’intérêt de Wimbledon ?

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Amateurs de sensations fortes, de "feel good stories", de révolutions de palais ou de révélations en tout genre, on espère que vous en avez pris plein les papilles lors d'une première semaine de Wimbledon marquée par un désordre à ne plus y retrouver ses propres enfants. Il se pourrait bien que vous ayez mangé votre pain blanc et que vos festivités soient désormais terminées : car quand la deuxième semaine commence à Londres, généralement, c'est aussi le moment où les élèves turbulents rentrent dans le rang. Et où l'ordre commence à régner.
On en a eu un avant-goût hier, déjà, lors d'un samedi marqué par une journée très tranquille pour les favoris, Jannik Sinner et Novak Djokovic en tête. On ne dit pas qu'on ne vivra pas encore quelques dingueries d'ici la fin de la quinzaine. L'agencement du tableau, d'ailleurs, est tel qu'on a la garantie d'avoir au moins deux quarts de finaliste qui n'étaient pas attendus à ce stade, chez les hommes (Cameron Norrie ou Nicolas Jarry, Marin Cilic ou Flavio Cobolli) comme chez les femmes (Solanna Sierra ou Laura Siegemund, Sonay Kartal ou Anastasia Pavlyuchenkova). Mais si le début du voyage a été pour le moins agité, il y a toutes les chances pour qu'au final, le train finisse par arriver à l'heure.
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De grosses têtes de série déjà dehors : "Au fond, est-ce vraiment une surprise ?"

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C'est en tout cas une tendance que l'on constate régulièrement à Wimbledon, un tournoi finalement assez paradoxal qui est à la fois celui de toutes les folies possibles et imaginables, et qui est pourtant aussi celui, au bout du compte, le plus respectueux de la hiérarchie. Le constat est moins vrai chez les femmes, où les éditions récentes ont débouché sur pas mal de gagnantes inattendues, notamment ces trois dernières années (Elena Rybakina en 2022, Marketa Vondrousova en 2023, Barbora Krejcikova l'an dernier, et l'on pourrait aussi bien sûr citer Marion Bartoli en 2013).
Chez les hommes en revanche, le palmarès de Wimbledon est probablement le plus prestigieux des quatre Grands Chelems. Pour trouver trace d'un vainqueur qui n'a pas été numéro un mondial, il faut remonter à l'édition 2001. Il s'agissait alors de Goran Ivanisevic, un cas un peu à part. Auparavant, Arthur Ashe (1975), Pat Cash (1987), Michael Stich (1991) et Richard Krajicek (1996) avaient été les seuls rois "sans couronne" au All England Club. Autrement dit, à la question de savoir si Wimbledon est un tournoi qui fait régner l'ordre ou au contraire génère le chaos, on serait bien en peine de répondre. Et on aurait plutôt envie de dire : les deux mon capitaine…
Wimbledon, un tournoi "schizo" ? Shocking ! C'est pourtant, encore une fois, un constat assez récurrent à Londres. Et ce depuis toujours, que l'on parle du gazon d'autrefois, qui favorisait les serveurs-volleyeurs et les puristes chevronnés, ou du gazon d'aujourd'hui (depuis 2002), plus lent, ou plus exactement doté d'un rebond plus haut, en tout cas plus polyvalent. Bref, que l'on parle du Wimbledon ancien ou du Wimbledon moderne, on a souvent assisté à la même chose : une forte houle en première semaine, une mer d'huile en deuxième semaine.
Il n'y a qu'à regarder les éditions les plus récentes : l'an dernier, il y avait tout de même la moitié du top 10 "out" avant les quarts de finale et un lucky-loser (Giovanni Mpetshi Perricard) en deuxième semaine. Au bout du compte, on a eu droit à la finale attendue entre Carlos Alcaraz et Novak Djokovic. En 2023, c'était "pire". Cinq non têtes de série en deuxième semaine dont les improbables Chris Eubanks et Roman Safiullin en quarts. Et à l'arrivée ? Finale entre le numéro 1 mondial, Carlos Alcaraz, et le numéro 2, Novak Djokovic.
Wimbledon est le tournoi le plus dangereux du monde lors des premiers tours, parce que vous débarquez sur une surface où vous n'avez pas le temps de contrôler le match.
On ne va pas remonter toutes les éditions jusqu'à la nuit des temps, rassurez-vous. Mais on a en tête également l'édition 2008, marquée elle aussi par une vague invraisemblable de surprises aussi bien chez les hommes que chez les femmes, d'ailleurs, avec la présence de la wild-card Jie Zheng en demies ou ce quart de finale entre Arnaud Clément et Rainer Schüttler. Qui s'en souvient, puisque c'était l'année de la mythique finale Federer-Nadal, qui a écrasé tous nos souvenirs ? De même, qui se souvient qu'en 1980, l'année de la non moins célèbre finale Borg-McEnroe, il y avait huit (!) non têtes de série dont deux qualifiés en huitièmes ?
Cette sorte de dichotomie entre la première et la deuxième semaine de Wimbledon n'est pas complètement rationnelle, peut-être. Mais il y a tout de même des facteurs favorisants, à commencer par la nature changeante du gazon, surface vivante par excellence qui évolue au fil des jours et des matches, passant progressivement d'un tapis immaculé un brin glissant à un champ de patates moins esthétique, peut-être, mais aussi plus terre-à-terre, sans doute.
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Pourquoi Wimbledon reste le plus grand tournoi du monde

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Rafael Nadal le disait souvent : "Wimbledon est le tournoi le plus dangereux du monde lors des premiers tours, parce que vous débarquez sur une surface où vous n'avez pas le temps de contrôler le match et où celui-ci n'est donc pas entièrement entre vos mains." L'Espagnol, qui se sentait lui-même beaucoup plus dangereux une fois qu'il avait survécu aux premiers tours, avait l'impression de connaître, d'une semaine à l'autre, deux tournois différents. Et ses résultats l'illustraient. A Wimbledon, il perdait souvent soit très tôt, soit très tard (ou il ne perdait pas du tout, d'ailleurs). Mais rarement entre les deux. Il n'y a, par exemple, jamais perdu en quarts de finale.
Herbivore plus naturel, Roger Federer, invité à commenter les propos de son rival, avait abondé dans son sens : "Je pense que Rafa est en effet plus vulnérable lors des premiers tours pour différentes raisons, avait expliqué l'octuple vainqueur du tournoi (record). Quand on arrive à Wimbledon, on n'est pas forcément habitué à cette herbe fraîche et luxuriante. Plus on avance dans le tournoi, mieux on se déplace. A partir du troisième tour, on sent que le sol accroche mieux, c'est moins glissant. Et le rebond est un peu plus haut."
Même si le gazon a changé, cela reste une surface très spécifique, où les joueurs agressifs sont plus dangereux.
"Il est possible en effet que les conditions soient plus lentes en deuxième semaine qu'en première semaine, confirme notre consultant Nicolas Escudé, qui a connu les joies de la "second week" londonienne en 2001, battu en quart de finale par Andre Agassi après avoir notamment terrassé Sébastien Grosjean et Lleyton Hewitt. Mais au-delà de ça, ces surprises plus nombreuses en début de quinzaine s'expliquent peut-être parce qu'est une surface sur laquelle les joueurs ont moins de repères. Et puis, même si le gazon a changé, cela reste une surface très spécifique, où les joueurs agressifs sont plus dangereux."
Il y a sans doute un peu de tout cela pour expliquer la foultitude de têtes série éliminées en première semaine. Reste que celle-ci est désormais terminée. À partir de ce dimanche, on bascule dans la deuxième semaine et on a presque l'impression que les compteurs sont remis à zéro. Rien n'est encore sûr évidemment : mais si l'on se retrouve le week-end prochain avec une nouvelle finale Sinner-Alcaraz ou Djokovic-Alcaraz, on ne trouvera tout même pas grand-monde pour tomber de l'armoire. Et on oubliera tout le reste, au moins jusqu'à l'année prochaine…
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