Wimbledon 2026 | Finale dames - L'antisèche : Noskova a gagné la guerre des nerfs, avec une arme à la Sinner
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 12/07/2026 à 11:08 GMT+2
Un drôle de scénario, vraiment. Rocambolesque, même. Partie pour une victoire expéditive alors qu'elle menait 6-2, 5-2 en à peine plus d'une heure, Linda Noskova s'est finalement laissée embringuer dans un troisième set de tous les dangers après avoir manqué cinq balles de match. Elle s'est finalement sortie du bourbier en s'imposant 6-2, 5-7, 6-3. Sa victoire n'en est que plus forte.
Linda Noskova au service lors de la finale dames de Wimbledon 2026.
Crédit: Getty Images
Le pourquoi du comment
Tout était quasiment écrit. Les articles étaient brodés, il n'y avait plus qu'à les fignoler. Les "tweets" étaient préparés, il n'y avait plus qu'à les envoyer. Linda Noskova menait 6-2, 5-2 en déroulant une véritable masterclass tennistique, face à une adversaire il est vrai un peu émoussée. Il n'y avait plus qu'à conclure. Son premier titre du Grand Chelem était là, au bout de la raquette.
Et puis, finalement... Cette première finale de Grand Chelem 100% tchèque de l'histoire, la première entre deux compatriotes "non Américaines" depuis celle de l'US Open 2015 entre les Italiennes Flavia Pennetta et Roberta Vinci, ne pouvait décidément pas se finir comme ça, sur un scénario aussi lisse, sans une ultime pirouette.
Ce fut un peu plus qu'une pirouette. Ce fut, soudain, un complet revirement. Noskova a laissé échapper trois premières balles de match à 5-2, service adverse (deux fautes en revers et un coup droit gagnant). Passe encore. Puis une quatrième à 5-3, cette fois sur son service (et sur une double faute !). Là, c'était plus inquiétant de la part d'une joueuse qui n'avait pas eu à sauver la moindre balle de break jusque-là. Puis une cinquième balle de match à 5-4 (nouveau coup droit gagnant). Là, c'était carrément grave !
Il y avait le feu dans la maison Noskova, jusqu'à présent si solide, et soudainement en train de s'effondrer. La Tchèque vacillait à la conclusion, jusqu'à la caricature. Et cela se reflétait surtout dans son coup droit, probablement son coup le moins stable des deux. Elle partait un peu en arrière, dévissait plus souvent qu'à son tour, bref était clairement prise par le vertige des sommets. Après la perte du deuxième set, il lui a fallu revoir ses plans. Et nous, nos articles.
Le moment-clé
Certainement le premier jeu du troisième set. A ce moment-là, nous étions nombreux à avoir une pensée pour une autre joueuse tchèque, la sublime et regrettée Jana Novotna, victime de la (peut-être) plus célèbre défaillance de l'histoire des finales dames à Wimbledon, en 1993. Finale qu'elle avait perdue 6-4 au troisième set contre Steffi Graf après avoir mené 4-1, balle de 5-1. Lors de la remise des prix, elle s'était écroulée, en larmes, dans les bras de la Duchesse de Kent, dans une entorse au protocole qui avait bien plus ému que choqué le monde entier.
Mais Noskova a choisi de ne pas faire une Novotna. Beaucoup, à sa place, se seraient liquéfiés après la perte du deuxième set. Pas elle. On l'a vu s'enfouir sous sa serviette pour évacuer tout ça, puis repartir au combat comme si de rien n'était, ou presque. Dans le "momentum", elle a dû encore sauver trois balles de break dans ce premier jeu du troisième set. Elle l'a fait, notamment, en décochant deux coups droits gagnants. Derrière, elle a tenu son service et a breaké dans la foulée. Cette fois, elle n'a plus jamais lâché son avantage.
Mentalement, c'est très fort. Et si ce premier jeu de la dernière manche ne restera pas comme un sommet du match, en tout cas pas le moment dont on reverra les images en boucle, c'est peut-être bien là que Linda Noskova a bâti son succès. Un succès qui, de chef d'œuvre tennistique, s'est progressivement transformé en gigantesque performance sur le plan mental. Et l'on parle d'une joueuse qui, quelques minutes plus tôt, était au bord de l'apoplexie…
La stat'
Peut-être le nombre de balles de break sauvées par Linda Noskova : 13/15 sur l'ensemble du match, dont… 0 dans la première manche, puis 9/11 dans la deuxième et (surtout) 4/4 dans la dernière.
Le service de Linda Noskova a été un peu à l'image de son match : globalement monstrueux (10 aces et 74% de points gagnés derrière sa première), puis un peu défaillant au moment de conclure (à l'image de cette double faute sur sa quatrième balle de match), et à nouveau très solide quand il a fallu s'appuyer dessus.
Tout au long de sa campagne, la jeune Tchèque de 21 ans a impressionné par son tennis parfaitement adapté au gazon moderne, avec ses frappes très fusantes d'une pureté exceptionnelle, en revers notamment, avec lequel on l'a souvent vu utiliser le slice court à bon escient en finale. Mais s'il y a un coup qu'il fallait ressortir de son arsenal, c'est peut-être celui-là : son service. Une arme létale qui l'a portée vers son premier sacre en Grand Chelem, comme elle a porté Jannik Sinner en finale chez les messieurs cette année. Comme quoi, bien servir sur gazon, ça n'a rien de démodé.
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Une nouvelle vainqueur à Wimbledon ! "Les meilleures joueuses tirent les outsiders vers le haut"
Video credit: Eurosport
La décla
"J'ai une pensée pour ma maman, sans laquelle je ne serai pas là aujourd'hui…"
Et soudain, à la fin de son discours protocolaire, Linda Noskova a fondu en larmes. C'est peut-être, au bout du compte, le seul moment de la finale où elle a (vraiment) craqué. Et nous avec.
La question : Muchova a-t-elle (encore) craqué mentalement ?
Quand on dit que la vie est un éternel recommencement… Souvenez-vous de la première finale de Grand Chelem qu'avait perdue Karolina Muchova, à Roland-Garros 2023, contre Iga Swiatek. C'était pratiquement le même score (6-2, 5-7, 6-4), et pratiquement le même scénario. La Tchèque perdait 6-2, 3-0 avant de mettre enfin en place les morceaux de son sublime tennis. Elle avait ensuite compté (à deux reprises) un break d'avance au troisième et l'on avait pu alors la soupçonner de s'être un peu délitée, mentalement, face à la pression exercée par la patronne des lieux.
Cette fois, c'est un peu différent. Muchova a d'abord paru émoussée physiquement, après son long combat en demies face à Coco Gauff. Elle a constamment couru après le score et n'a jamais eu l'occasion de prendre les devants, hormis ces trois balles de break d'entrée de troisième set. Face à une Noskova qui a été longtemps supérieure dans beaucoup de compartiments, c'est une défaite tennistique avant d'être une défaite mentale. Mais c'est vrai que si l'on peut faire un petit reproche à Karolina Muchova, qui a elle aussi fini son discours en larmes, c'est sur cette tendance à sortir son meilleur tennis quand elle est dos au mur, et d'être plus fébrile quand il s'agit d'enfoncer le clou.
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