Wimbledon 2026 | Finale dames - Muchova et Noskova après Krejcikova et Vondrousova : c'est quoi, le secret tchèque ? Ne cherchez pas, personne ne sait
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 11/07/2026 à 10:55 GMT+2
Linda Noskova et Karolina Muchova vont disputer ce samedi à Wimbledon la première finale de Grand Chelem 100% tchèque de l'histoire. La gagnante succèdera à Barbora Krejcikova, gagnante en 2024, Marketa Vondrousova (2023) mais aussi à Petra Kvitova (2011, 2014), Jana Novotna (1998) et bien sûr Martina Navratilova (1978, 1979). Une formidable tradition dont le secret est difficile à percer.
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Avant même d'être jouée, cette finale dames de Wimbledon entre Linda Noskova (N.9) et Karolina Muchova (N.10) a quelque chose d'intrigant, et même d'historique. Pour beaucoup de raisons. Ce sera une finale entre deux joueuses en pleine confiance, qui ont toutes deux gagné un titre sur gazon avant Wimbledon (Berlin pour Noskova, Bad Hombourg pour Muchova), et qui ont toutes deux sauvé une balle de match sur leur route (au troisième tour face à Sorana Cirstea pour Noskova, en demie contre Coco Gauff pour Muchova). Une rareté, puisqu'on n'avait pas vu deux miraculées en finale d'un Grand Chelem depuis Caroline Wozniacki et Simona Halep à l'Open d'Australie 2018.
Ce sera, surtout, la première finale majeure entre deux compatriotes depuis celle de l'US Open 2017 entre Sloane Stephens et Madison Keys. Un scénario courant dans les années 70 et 80, lorsque les Américaines régnaient sur le circuit. Aujourd'hui, ça aussi, c'est devenu une rareté. La République tchèque est devenue seulement la sixième nation de l'ère Open à monopoliser les deux strapontins d'une finale dames en Grand Chelem, après les Etats-Unis (35), l'Australie (8), la Russie (3), la Belgique (3) et l'Italie (1).
Bienvenue, donc, dans le cercle très fermé des immenses nations de ce sport. A vrai dire, la République tchèque y appartenait déjà depuis longtemps. Il y a quarante ans, en 1986, la finale dames de Wimbledon opposait déjà deux joueuses issues de son école, Martina Navratilova à Hana Mandlikova. Mais la première représentait alors officiellement les Etats-Unis, ce qui n'était pas le cas lors de ses deux premiers succès à Wimbledon en 1978 et 1979 (Ndlr : certaines sources la considéraient néanmoins déjà Américaine, puisqu'elle avait abandonné la bannière tchécoslovaque).
Quoi qu'il en soit, Navratilova a ouvert une brèche dans laquelle ses héritières ne cessent de s'engouffrer. Particulièrement à Wimbledon. Car depuis, quatre joueuses tchèques (et bientôt cinq) se sont imposées dans le Temple, dont (bientôt) trois sur les quatre dernières éditions. Il faut se rappeler au bon souvenir de la délicieuse et regrettée Jana Novotna, qui fut l'une des premiers entraîneurs de Muchova, ce qui se reflète dans son style. Et il y a eu bien sûr Petra Kvitova, double gagnante en 2011 et 2014, puis plus récemment Marketa Vondrousova (2023) et Barbora Krejcikova (2024).
Honnêtement, c'est fatigant, on me pose la question tous les deux jours. Je n'ai pas d'explications.
Une série folle qui ne saurait être le fruit du hasard. Voilà un moment que le monde du tennis tente de percer les mystères du tennis féminin tchèque, comme il s'interroge sur le modèle du tennis masculin italien. A Wimbledon, la question est devenue obsessionnelle. Ne vous avisez d'ailleurs plus de la poser aux deux finalistes : elles en ont marre d'y répondre !
"Honnêtement, c'est fatigant, on me pose la question tous les deux jours, soupirait ainsi Karolina Muchova après sa qualification pour la finale. C'est vrai que c'est incroyable d'avoir produit autant de grandes joueuses pour un petit pays comme le nôtre. Maintenant, pourquoi ? Je n'ai pas vraiment d'explication. On me le demande sans cesse. J'essaie d'apporter une réponse à chaque fois, mais je ne sais plus quoi dire."
Peut-être parce qu'il n'y a rien à dire ? Le tennis tchèque a une tradition pratiquement aussi longue que l'histoire de ce sport, il est bien structuré et il possède incontestablement une formidable école technique, quand on voit la qualité de main et de frappe de toutes les joueuses tchèques, sans exception. Maintenant, ce n'est pas le seul pays à posséder ces atouts (suivez notre regard). Alors, pourquoi ici et pas ailleurs ? Au-delà de l'héritage et de l'émulation collective, il y a une part de mystère. Qui n'est pas évidente à percer.
Le sujet est forcément revenu sur la table avec Linda Noskova, dont la réaction a peu ou prou été la même : "J'essaie à chaque fois de trouver quelque chose de nouveau et d'intéressant à dire, mais c'est toujours la même question et toujours la même réponse, a répondu (en souriant) celle qui jouera sa première finale de Grand Chelem. Franchement, je ne sais pas trop les raisons d'un tel succès. Nous avons beaucoup d'école de tennis en République tchèque, beaucoup de bons coaches qui travaillent avec des joueurs de classe mondiale. Mais j'imagine que c'est le cas dans tous les autres pays."
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Mais tous les autres pays n'ont pas cet invraisemblable succès sur le gazon londonien, où la République tchèque va devenir, de facto, la deuxième nation la plus titrée de l'ère Open, derrière les intouchables Etats-Unis (27), et à égalité avec l'Allemagne (huit, dont sept pour Steffi Graf). Un paradoxe dans un pays où l'on grandit pourtant essentiellement sur terre battue.
"Je ne pensais pas connaître un tel succès sur gazon car, quand j'étais petite, je jouais la plupart du temps sur terre battue, expliquait Muchova qui restait d'ailleurs sur quatre éliminations successives au premier tour à Wimbledon, seul Grand Chelem où elle n'avait pas encore atteint le dernier carré. Ensuite, quand on arrive sur le circuit, on joue essentiellement sur dur. En fait, jusqu'à cette année, je n'avais pas joué énormément de matches sur herbe. Mais je suis quelqu'un qui sait s'adapter."
Nous sommes toutes formées plus ou moins de la même manière, mais quelque part, nous sommes toutes très différentes.
Le mariage du tennis "mandlikovesque" de Muchova avec le gazon anglais semblait pourtant une évidence. Ça l'était moins concernant Linda Noskova, qui a mis longtemps elle aussi à apprécier la surface, avant de s'y révéler cette année. C'est d'ailleurs quelque chose qui frappe également chez les championnes tchèques. Si la production semble se faire à la chaîne, le processus de fabrication est loin d'être standardisé. De Muchova à Noskova en passant par Krejcikova ou les jeunes Bejlek ou Bartunkova, pour ne citer que la moitié des dix joueuses tchèques figurant dans le top 100, on a là des profils très variés.
"Nous sommes toutes formées plus ou moins de la même manière, mais quelque part, nous sommes toutes très différentes, estimait ainsi Noskova, victorieuse de Roland-Garros juniors en 2021. Avant tout, nous sommes des joueuses très créatives. Et le gazon nous permet d'exprimer toutes les facettes de notre tennis. A une époque, c'était service-volée. Aujourd'hui, c'est plutôt le slice et les montées au filet. Nous avons cette palette à disposition, et le gazon nous offre la possibilité de l'utiliser."
Linda Noskova et Karolina Muchova, qui ont obtenu ensemble la médaille en chocolat lors des JO de Paris 2024, incarnent bien cette diversité. Si Noskova l'emporte, elle deviendra la plus jeune championne de Wimbledon (21 ans, 237 jours) depuis Petra Kvitova en 2010. Ce serait, pour elle, un tremplin vers un avenir doré. Et pour Muchova, l'accomplissement d'une vie. A 29 ans, elle est la joueuse la plus âgée à atteindre sa première finale à Londres depuis 1998 et Nathalie Tauziat, alors battue par Jana Novotna : à Wimbledon, il y a décidément toujours une joueuse tchèque quelque part au bout de l'histoire. Et cela reste assez énigmatique.
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