Wimbledon 2026 | Jannik Sinner vs Alexander Zverev | Pourquoi j'ai (beaucoup) aimé cette finale
Par Laurent Vergne
Mis à jour 13/07/2026 à 16:36 GMT+2
Elle n'aura certainement pas le caractère légendaire de celle de Roland-Garros l'an dernier, ou de Wimbledon en 2008 entre Rafael Nadal et Roger Federer. Mais le duel de ce dimanche entre Jannik Sinner et Alexander Zverev, remporté en quatre sets par l'Italien (6-7, 7-6, 6-3, 6-4) n'a manqué ni de caractère ni d'intensité. Ce fut notamment un incroyable duel de serveurs, sans se cantonner à cela.
Une finale ennuyeuse ? "Non, c’était du vrai Wimbledon"
Video credit: Eurosport
Je n'irai pas jusqu’à dire, comme le fait mon camarade Rémi Bourrières en plaisantant (plus ou moins, avec lui, on ne sait jamais !), que je n'avais pas pris autant de plaisir devant un match à Wimbledon depuis la demi-finale entre Kevin Anderson et John Isner en 2018, mais oui, j'ai beaucoup aimé cette finale 2026 entre Jannik Sinner et Alexander Zverev. Je ne doute pas qu'il ne manquera pas de réfractaires, voire de pissefroids pour les plus mal intentionnés, pour trouver que ce match aura été trop ceci ou pas assez cela. Tous les avis sont respectables, le vôtre certainement pas moins que le mien, mais je me demande si ceux qui vont faire la fine bouche après ce dimanche ne le feront pas en partie pour de mauvaises raisons. Pour une sorte de délit de sale gueule, disons.
- Sinner, l'homme qui passait toujours à autre chose
- Jannik redevient Winner
- Cyclisme : Suivez le Tour de France sur Eurosport et HBO MAX
C’est vrai, Jannik Sinner et Alexander Zverev n'ont pas la grâce d'un Roger Federer, l'animalité d'un Rafael Nadal, le charisme singulier et puissant d'un Novak Djokovic, ou la virtuosité du jeu d'un Carlos Alcaraz. Ni leur tennis ni leurs personnes ne sont des invitations criardes et évidentes à la passion, même s'il est évidemment tout à fait possible et légitime de se passionner pour eux. Ils trainent aussi chacun quelques casseroles, dans des registres différents, ce qui n'a pas manqué de troubler leur image et n’aide certainement pas à apprécier pleinement les situations ou les choses.
Un duel de serveur
Ceci étant posé, cette finale de Wimbledon fut supérieure, qualitativement comme en termes d'intérêts, à celle remportée il y a un an par Jannik Sinner contre Carlos Alcaraz au même endroit. Ce que j'y ai trouvé le plus formidable, c'est peut-être précisément ce qui aura invité certains à l'ennui : son duel de serveurs. Pas un seul break pendant deux sets et demi et un minimum d'opportunités de menacer l'autre sur son engagement. Au total, il y aura eu seulement 6 balles de break en trois heures quarante-cinq. Six sur… 43 jeux de service. Une tous les sept jeux en moyenne.
Or, quand une balle de break surgit à intervalles aussi lointaines, sa soudaine présence décuple la tension et l’enjeu, contribuant à la dramaturgie. Faire face à la menace de perdre son service quand vous savez que ces moments, en votre faveur ou votre défaveur d’ailleurs, seront rarissimes, ce n'est pas la même chose que d'y être confronté dans un match où les breaks pullulent. Le sentiment d'urgence, chez les joueurs et même au sein du public, donne une autre ampleur au match.
La rareté fait la valeur des choses. J'aime l'idée qu'une balle de break soit une denrée exceptionnelle, un évènement et pour le break, quasiment un exploit décisif. Surtout à Wimbledon. Parce que telle fut longtemps l'identité du lieu. Prendre le service d'un Boris Becker du temps de sa splendeur dans les années 80, d'un Pete Sampras dans la décennie suivante, c'était une forme de défi ultime. Avant que la norme ne devienne d'empiler les points à 25 ou 30 frappes de balles même sur le gazon anglais, Wimb' avait un côté pim – pam - poum qui faisait son charme. Voir ça toute l'année eut été insupportable. Mais le temps d'une quinzaine estivale, c'était une manière de trancher avec les autres et d'affirmer son identité.
"Seulement" 32 aces
Grâce à Jannik Sinner et Alexander Zverev, nous avons retrouvé ça. Qu'ils en soient remerciés. Si j'ai un regret, ce n'est pas qu'il n'y ait pas eu de plus de breaks, mais qu'il n'y en ait pas eu moins. Je n'aurais pas été fâché que les troisième et quatrième sets ressemblent aux deux premiers et qu'ils nous offrent quatre et pourquoi pas même cinq sets sans breaks et avec quatre ou cinq jeux décisifs. C'est cruel, Wimbledon, ou du moins, ça l'était. On peut parfois y perdre une demie sans jamais être breaké, comme Stefan Edberg contre Michael Stich en 1991. Ou même, plus près de nous, y perdre une finale en ne perdant qu'une seule fois sa mise en jeu, tel Andy Roddick face à Roger Federer en 2009.
S'il est possible d'apprécier le titanesque affrontement de serveurs que nous ont offert l'Italien et l'Allemand, c'est aussi parce qu'ils sont évidemment bien plus que cela. Ce n'est justement pas du Anderson - Isner dans sa dimension parfois un peu caricaturale. Il n'y a d'ailleurs eu "qu'une" trentaine d'aces (32, exactement, presque équitablement répartis entre eux). La panoplie de Sinner et Zverev est autrement plus étoffée. Ce match restera ainsi à mes yeux un excellent équilibre de ce que peut et doit offrir le jeu sur herbe, à l'image de ce fantastique dernier jeu, sans doute le plus beau, formidable cerise sur un gâteau tout sauf indigeste.
Publicité
Publicité