Wimbledon 2026 | Finale messieurs | Jannik Sinner, l'homme qui passait toujours à autre chose

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Jannik Sinner jouait gros à Wimbledon, le dernier tournoi du Grand Chelem dont il détenait encore la couronne. Après neuf mois exceptionnels en termes de résultats… sauf en Grand Chelem, il avait besoin de renouer avec la victoire dans un tournoi majeur. Voilà pour la vision extérieure. La sienne était très différente. Et c'est sans doute pour cela qu'il a surmonté ce contexte particulier.

Jannik Sinner.

Crédit: Getty Images

Comme toutes les comparaisons, celle-ci a sans aucun doute ses limites, convenons-en. Mais il y a dans la saison de Jannik Sinner un petit parfum de… Roger Federer. Celui de 2005. Cette année-là, le Suisse était l'incontestable numéro un mondial et il avait survolé le premier semestre dans d'impressionnantes proportions. Pourtant, en débarquant à Wimbledon au début de l'été, il n'avait toujours aucun titre du Grand Chelem dans la besace. S'il n'avait perdu que trois matches en six mois, deux de ses revers étaient survenus à l'Open d'Australie puis à Roland-Garros, à chaque fois en demi-finale. Il était donc paradoxalement bredouille sur les plus grandes scènes, en contradiction avec son écrasante domination.
Jannik Sinner a vécu un peu la même chose. Lui aussi n'a concédé que trois petites défaites en 2026. Mais lui aussi s'est retrouvé, pour la première fois depuis trois ans, dépourvu d'un titre majuscule au moment de défendre son titre à Wimbledon. Comme Federer, l'Australie et Roland-Garros l'ont vu rester à quai. Une demi-finale perdue contre Novak Djokovic sur la Rod Laver Arena, alors qu'il avait eu toutes les cartes en main pour s'imposer, puis cet incroyable effondrement physique à Paris face à Juan Manuel Cerundolo après avoir mené deux sets zéro et 5-1 dans le troisième.
À y regarder de près, la dernière fois que l'Italien avait été tennistiquement battu et dominé, c'était à Doha contre Jakub Mensik au mois de février. Avant Wimbledon, s'il n'avait pas autant gagné que Federer en 2005 (il affichait 37 victoires en 40 matches), la pression sur ses épaules était donc énorme. Il avait grandement besoin de renouer avec un grand titre pour ne pas risquer de se retrouver dans l'incontournable position du roi totalement nu. En élargissant un peu le spectre, le paradoxe de sa situation apparaissait même encore plus incroyable : depuis l'US Open 2025, Sinner déployait un bilan ahurissant de 58 victoires pour 4 défaites, dont un abandon à Shanghai.
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Quelle est la finale la plus mythique de Wimbledon ?

Video credit: Eurosport

Jannik peut se prendre un coup dans les tripes comme ça, et se remettre au boulot presque tout de suite
Mine de rien, compte tenu de la prépondérance du Grand Chelem dans le calendrier, cela devait commencer à gentiment le travailler. "Vous avez raison, il s'est passé quelques petites choses au cours des six derniers mois, notamment en Australie, une situation qu'il a, à mon avis, remarquablement bien gérée, estime l'Australien Darren Cahill, un de ses deux entraîneurs. Ce qui s'est passé à Paris, c'est juste une de ces choses qui arrivent parfois sans que l'on puisse mettre exactement le doigt sur le pourquoi du comment."
Jannik Sinner l'assure, il a vite tourné la page parisienne, aussi brutale la déception fut-elle. "Pour moi, ça a été une épreuve très difficile, mais l'année dernière avait aussi été éprouvante, évoque-t-il à propos de la fameuse finale perdue en 2025 contre Carlos Alcaraz. Mais en venant ici à Londres, j'ai tout fait pour me placer dans les meilleures conditions possibles afin d'être aussi compétitif que possible." Cette capacité à laisser le passé ne pas envahir son présent, c'est une des très grandes forces de l'Italien. "Jannik a une incroyable maturité sur ce plan. Il peut se prendre un coup dans les tripes comme ça, se remettre au boulot presque tout de suite, et se démener pour atteindre son prochain objectif", souligne Cahill.
Sinner a raison, dans un registre différent : tourner la page de Roland-Garros en 2025 avait été tout sauf simple. Avec une différence de taille, tout de même. À l'époque, il sortait de deux sacres à l'US Open puis en Australie. Cette année, ce n'était pas le cas. S'il n'avait pas soulevé le trophée dimanche sur le Centre Court en battant Alexander Zverev, il n'aurait plus détenu le moindre titre du Grand Chelem pour la première fois depuis qu'il est devenu ce qu'il est devenu, début 2024. Ç'eut été une forme de retour en arrière pour lui.
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Sinner, un génie beaucoup trop banalisé

Video credit: Eurosport

Je ne dirais pas qu'il s'agit de soulagement
Mais cela n'a jamais été sa façon de voir les choses et c'est peut-être pour cela qu'il a si bien appréhendé la délicate situation. "Je pense que chaque tournoi du Grand Chelem est différent, vous savez, a-t-il jugé à ce propos. Une histoire différente, un environnement différent, des sensations différentes avant le tournoi." Alors, il s'est remis au boulot, comme si de rien n'était. Comme toujours. "Nous sommes arrivés ici avec 12 jours d'avance pour lui permettre de se préparer, sans jouer de tournoi de préparation. Jannik se concentre simplement sur sa tâche et se met au travail. Il a encore fait preuve d'une excellente attitude tout au long du tournoi", résume Darren Cahill.
Il y a dans la façon de fonctionner du numéro un mondial un certain détachement, presque une froideur. Une approche salvatrice pour lui. Ou, pour le dire de manière plus positive, une incroyable faculté à toujours prendre du recul. "Pour être honnête, a soufflé l'intéressé après avoir doublé la mise à Wimbledon, je ne dirais pas qu'il s'agit de soulagement. Parfois, un tournoi se solde par une réussite, et parfois non. C'est une chose sur laquelle on n'a pas vraiment de prise. Ne pas remporter de Grand Chelem ne constitue pas un échec. Ce sont des moments très, très rares. J'en compte cinq à mon actif à ce jour. On parle de cinq titres du Grand Chelem, mais en fin de compte, il ne s'agit que de cinq jours parmi tant d'autres."
Comme Roger Federer en 2005, Jannik Sinner a donc remis les pendules à l'heure à Wimbledon. Pour la troisième année consécutive, il aura remporté au moins un titre majeur. Et comme après chaque titre ou chaque échec, il semble déjà sur le point de passer à autre chose. "Il va connaître une longue et brillante carrière, souligne son coach. Il va se donner les moyens de remporter d'autres tournois du Grand Chelem. Je ne pense pas que celui-ci ait été plus important que les autres auxquels il a participé, mais il avait une saveur vraiment particulière, c'est certain."
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