Wimbledon 2026 | Finale messieurs | La soutenable légèreté de l'être : Cette fois, Zverev ne joue pas sa carrière
Par Laurent Vergne
Publié 11/07/2026 à 23:31 GMT+2
Alexander Zverev va disputer deux finales de Grand Chelem d'affilée pour la première fois de sa carrière. Après son titre à Roland-Garros en juin, le voici à un match du sacre à Wimbledon. C'est peu dire qu'il va aborder son duel contre Jannik Sinner avec le cœur et l'esprit plus légers que celui face à Flavio Cobolli à Paris. Ce sera même le jour et la nuit, tant l'enjeu est différent pour lui.
Zverev enfin délivré ? Il va vouloir aller chercher d'autres titres majeurs face aux meilleurs"
Video credit: Eurosport
Du déjà-vu. Du déjà vécu. Alexander Zverev est un vieux routier des finales de Grand Chelem désormais. L'Allemand va jouer le dernier dimanche d'un Majeur pour la cinquième fois de sa vie, la troisième en un an et demi, près de six ans après sa première. Il sait donc où il met les pieds, même si, à Wimbledon, il s'agira d'une nouveauté pour lui. Mais en dépit de cette quasi-routine, dans l'approche, il est difficile de faire plus opposées que ses deux finales de Roland-Garros il y a cinq semaines et de celle du vénérable tournoi londonien ce 12 juillet. C'est même le jour et la nuit.
Lorsqu'il a pénétré sur le court Philippe-Chatrier le 8 juin dernier pour affronter Flavio Cobolli, l'Allemand jouait quasiment sa carrière à quitte ou double. Ni plus ni moins. En cas de défaite, qui aurait donc été la quatrième pour lui dans une grande finale, le constat d'échec aurait été terrible et, peut-être, définitif. Nous ne saurons évidemment jamais si, en cas de nouvelle défaite, il aurait fini par mettre dans le mille un jour ou l'autre. Mais le contexte lui avait été si favorable, avec l'absence de Carlos Alcaraz et les éliminations précoces de Jannik Sinner et Novak Djokovic, que l'occasion était gigantesque pour lui. C’était le Roland de l’immanquable. Comme s’il s'offrait à lui.
Bien sûr, rien n'est jamais aussi simpliste. Surtout avant une finale, qui ne ressemble à aucun autre match. Alors, Zverev, qui avait tout maitrisé jusque-là au cours de la quinzaine parisienne, semblant presque hermétique à la pression, a vu une chape de plomb se déverser sur lui le dernier jour sur le Chatrier. Dans sa carrière, il avait vécu des tournois du Grand Chelem où il pouvait gagner. Cette fois, il n'avait pas le droit de perdre. Ce n'est pas une nuance qui distinguait ces deux postulats. Un monde les séparait.
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Alexander Zverev
Crédit: Getty Images
Conséquence, sa prochaine finale peut difficilement être plus éloignée de la précédente. Contre Jannik Sinner, sur le Centre Court, il ne jouera pas sa carrière. Quoi qu'il arrive, il est un vainqueur en Grand Chelem et plus rien ni personne ne pourra y changer quoi que ce soit. Son tournoi est en prime déjà réussi. Évidemment, s'il devait totalement se noyer et prendre 6-1, 6-2, 6-0 en une heure et quart, les séquelles ne seraient pas neutres, mais elles n'ôteront pas pour autant son nom au palmarès de Roland-Garros. C'est son luxe, sa tranquillité d'esprit. Rien ne sera comparable avec la claque reçue en finale de l'Open d'Australie en janvier 2025, dont il a mis des mois à se relever. On ne peut plus faire mal à Zverev. Plus comme ça.
Sa présence en finale à Wimbledon, où il n'avait encore jamais dépassé les huitièmes de finale, a presque valeur de bonus estival pour Alexander Zverev. À Roland-Garros, c'était le titre ou l'échec absolu. Rien de tel cette fois. C'est d'autant plus vrai face à Jannik Sinner. L'Italien est tenant du titre ici. Il est numéro un mondial. Et il reste sur neuf victoires contre l'Allemand, qui ne lui a pris que deux sets en trois ans. Qu'il perde dimanche et personne n'y verra rien d'autre que la logique. Cela n'exclut ni l'envie ni l'ambition. Mais celles-ci ne sont plus polluées par ce sentiment inhibant, quand il ne devient pas destructeur, qu'est l'injonction à la réussite et à la victoire.
Avant sa demi-finale contre Arthur Fery, le natif de Hambourg confiait que le plus grand acquis dans sa longue quête vers un titre majeur résidait dans une forme d'approche plus philosophique. "J'ai appris qu'un match de tennis n'était rien de plus qu'un match de tennis. Personne ne va mourir pour un match et la vie ne va pas changer drastiquement", a-t-il évoqué. Il l'a dit, après son titre à Roland-Garros, le lendemain, il s'est levé, le soleil aussi et après deux ou trois jours d'obligation et de célébrations, il s'est remis au travail. Zverev ne fait rien de plus ni de moins que ce qu'il fait depuis une bonne dizaine d'années maintenant sur le circuit.
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Un titre au rabais pour Zverev ? "Il n'a pas choisi ses adversaires..."
Video credit: Eurosport
Pour autant, il n'ignore pas qu'il fait tout ça avec une légèreté nouvelle. Il a raison. Personne ne mourra dimanche sur le court, quelle que soit l'issue de la finale. Mais si sa vie reste la même, sa carrière et le regard que chacun, lui comme nous, porte sur elle, n'est plus le même depuis le 8 juin 2026. Ce sera encore le cas dimanche soir s'il l'emporte. Non seulement il doublera sa mise en Grand Chelem, mais il l'aura fait en battant Jannik Sinner, le meilleur joueur du monde. Plus personne ne pourra lever le doigt en chipotant sur son tableau et son parcours. Mais ce n'est pas son problème. Si c'en est un, c'est le vôtre, certainement pas le sien.
Dans l'interprétation qui pourrait être faite des conséquences de la finale de Wimbledon, il y aura une différence de degré, pas de nature. En réalité, de Paris à Londres, d'une finale à l'autre, d'un Italien à l'autre, Alexander Zverev a autant à gagner contre Sinner à Londres qu'il avait à perdre contre Cobolli à Paris.
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