Wimbledon 2026 | Finale messieurs | Pour Alexander Zverev, l'appétit vient en gagnant : "J'en veux plus"
Par Laurent Vergne
Mis à jour 12/07/2026 à 10:27 GMT+2
Son titre à Roland-Garros n'a visiblement pas rassasié Alexander Zverev. Au contraire, il semble avoir débloqué quelque chose chez l'Allemand et ce n'est pas un hasard si, dans la foulée, il vient de se hisser en finale de Wimbledon, un tournoi qui ne lui avait encore jamais souri. Dimanche, il affrontera Jannik Sinner pour un "Channel Slam" d'anthologie. Comme quoi, la roue tourne vite...
Alexander Zverev à Wimbledon
Crédit: Getty Images
De la consécration d'Alexander Zverev à Roland-Garros le mois dernier découlait une question : et maintenant ? L'histoire du tennis nous l'a appris, l'accession à la caste des vainqueurs en Grand Chelem peut avoir deux effets sur les nouveaux riches du palmarès. Elle peut constituer un tremplin ou un mur. Le premier vous propulse vers d'autres succès, parfois vers de nouveaux sommets. Le second vous stoppe net. Sans vous l'avouer initialement, votre tête n'y est plus. C'est d'ailleurs vrai d'un premier titre majeur ou d'un accomplissement longtemps recherché.
Ainsi, Mats Wilander l'avait vécu à propos de la quête de la place de numéro un mondial. Parce qu'il a longtemps été bloqué par John McEnroe puis, surtout, par son grand rival Ivan Lendl, le Suédois a glané ses six premiers titres du Grand Chelem sans jamais être numéro un mondial. Une particularité. C'était alors devenu sa quête, presque son obsession. Puis, quand il a enfin décroché sa lune, son septième titre majeur, le premier à l'US Open, lui ayant permis en prime de prendre le pouvoir au classement et de devenir officiellement LE meilleur joueur du monde, ce fut la fin des haricots. Il n'a plus jamais remporté de Grand Chelem, n'a même plus joué la moindre finale et, un an après, il sortait du Top 10.
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Video credit: Eurosport
L'anti-Thiem
Il était légitime de s'interroger au sujet d'Alexander Zverev. Un tel accomplissement personnel, cela vous change un joueur, un homme, une carrière et une vie. L'Allemand, lui, a toujours été convaincu que le jour où il y arriverait, ce sacre constituerait plus un début qu'une fin en soi. Tout l'inverse, par exemple, d'un Dominic Thiem. L'Autrichien est resté l'homme d'un titre, à l'US Open en 2020, où il avait d'ailleurs battu un certain Zverev en finale. Derrière, il a glissé. La faute à des problèmes physiques, bien sûr, mais la dimension mentale a joué, elle aussi, ainsi que l'intéressé l'a d’ailleurs admis.
"Je pense que c'est très personnel et que ça dépend des gens, estime Sascha Zverev à ce propos. Dominic Thiem, par exemple, avait mis toute son âme et toute sa vie en jeu pour remporter ce tournoi du Grand Chelem. Il a en plus réussi à renverser une situation où il était mené deux sets à zéro face à moi lors de cette finale de l'US Open. Je crois que ce soulagement a été tel qu'il a peut-être entraîné un relâchement mental excessif."
Ces choses-là se jugent sur la durée, il convient donc de rester prudent. Mais vu la manière dont le natif de Hambourg a enchaîné à Wimbledon, où il n'avait jamais brillé jusqu'ici, il est raisonnable de penser qu'il n'intègrera pas le même club. "De mon côté, je reste concentré, a-t-il confirmé après sa victoire en demi-finale contre le Britannique Arthur Fery, vendredi. Je garde la même soif de victoire. J'en veux plus. Je veux continuer à jouer au plus haut niveau et à gagner. J'espère y parvenir ; dimanche, j'aurai une nouvelle grande opportunité."
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Video credit: Eurosport
Sinner : "Il est très détendu sur le court"
La dimension psychologique de ce sport est tellement prépondérante. Oui, Zverev s'est montré plus agressif ces derniers mois, mais globalement, il est toujours le même joueur. Une évolution, peut-être. Une révolution, non. Ce qui a changé, c'est cette étiquette dans son dos. Il a jeté à la poubelle celle où il était inscrit "Meilleur joueur à ne jamais avoir gagné un Grand Chelem" pour la remplacer par celle de "Vainqueur en Grand Chelem". Vous pourrez y mettre tous les "oui mais" du monde, souligner qu'il n'a battu aucun membre du Top 10 pour y parvenir et encore moins Sinner, Alcaraz ou Djokovic, peu importe. Dans son esprit, au fond de lui, cette libération absolue s'accompagne d'une forme de métamorphose.
Pourtant, celui qui redeviendra numéro 2 mondial lundi refuse de mettre de côté les progrès qui ont été les siens. C'est un gros travailleur, à qui on a parfois pu reprocher de miser sur la quantité que sur la qualité et la précision de son travail, mais il bosse et veut croire que c'est cela qui l'a enfin amené à franchir la dernière marche. "On peut parler d'aspects mentaux, de situations particulières, de changements d'entraîneur ou de tout le reste. Mais si l'on progresse en tant que joueur et que l'on décide de s'améliorer, on obtient de meilleurs résultats dans les tournois", dit-il.
Pour autant, il finit par l'admettre, oui, sa victoire à Roland-Garros a eu un effet libérateur qu'il ne peut nier. "C'est certain, une fois qu'on a remporté un tournoi du Grand Chelem, on sait comment s'y prendre et on a le sentiment d'être capable de le refaire. On ressent cela au fond de soi", explique-t-il. "Sascha l'était déjà un adversaire redoutable, mais il l'est encore plus aujourd'hui grâce à la confiance qui l'anime, pointe d'ailleurs Jannik Sinner. J'ai suivi un peu son parcours ces deux dernières semaines, sans toutefois tout voir. J'ai regardé la demi-finale, car il jouait juste avant moi. Il se montre très, très agressif en ce moment. Il est en pleine confiance. Il est très détendu sur le court et ça se sent." La victoire, la vraie, a des vertus insoupçonnées.
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