Wimbledon 2026 | Finale messieurs - Sinner, le pire adversaire pour Zverev ? Oubliez le passé, Sascha n'est plus le même joueur
Par Rémi Bourrieres
Publié 12/07/2026 à 11:18 GMT+2
Pour sa première finale à Wimbledon, Alexander Zverev devra renverser une montagne face à Jannik Sinner qui vient de lui infliger neuf défaites d'affilée, dont quatre très violentes en 2026. A priori, le n°1 mondial est son pire adversaire possible. Sauf que depuis Roland-Garros, l'Allemand donne l'impression d'être transfiguré. Et d'avoir la furieuse envie de faire table rase du passé.
Quelle est la finale la plus mythique de Wimbledon ?
Video credit: Eurosport
"You wait for ages for a bus and then two come along together". Parfois, vous attendez un bus pendant une éternité, et puis il y en a deux qui arrivent d'un coup. Ce vieux dicton anglais ne saurait mieux résumer la trajectoire d'Alexander Zverev, qui a attendu d'avoir 29 ans pour décrocher son premier Grand Chelem, à sa 41e tentative, le mois dernier à Roland-Garros. Et voilà qu'une possibilité de doubler la mise s'offre immédiatement à lui à Wimbledon, où il jouera sa première finale face à Jannik Sinner, ce dimanche. La vie prend quand même parfois de drôles de chemins de traverse. Surtout en ce qui concerne Zverev, qui n'a jamais été le joueur le plus simple à suivre.
Ce n'est pas un simple bus qui s'avance à nouveau vers lui à Londres. C'est un bus à impériale, évidemment. S'il remporte cette finale, l'Allemand signera un exploit qu'aucun autre joueur n'a accompli dans l'ère Open : faire suivre un premier titre en Grand Chelem par un deuxième titre en Grand Chelem, dans la foulée. Ni le Big Three, ni des monstres sacrés tels Björn Borg, Andre Agassi ou Pete Sampras, ni le duo Sinner-Alcaraz n'ont réussi pareil enchaînement. Cela dit sans doute pas mal de la difficulté qu'il y a à digérer, mentalement, cet accomplissement d'une vie.
Seulement voilà. Alexander Zverev, qui pourrait aussi devenir le septième joueur de l'ère Open à faire le doublé Roland-Garros/Wimbledon, a beau être au pied d'une magnifique montagne, le sommet en est particulièrement difficile d'accès. Face à Jannik Sinner, il reste sur neuf défaites consécutives – série entamée à Cincinnati en 2024 -, dont six lors de ces neuf derniers mois, sur des scores frôlant la correctionnelle. En cumulant la demi-finale du Rolex Paris Masters 2025, un match de poule au Masters, puis les demi-finales d'Indian Wells, Miami, Monte Carlo et la finale de Madrid en 2026, il n'a arraché que 31 jeux à son bourreau italien. Soit à peine cinq jeux par match.
31 jeux marqués au total des six derniers matches...
Entre les deux hommes, on ne peut pas (ou plus) parler de rivalité. C'est un duel à sens unique, au point qu'on peut même se demander si, à force d'être martyrisé par la force de frappe du numéro 1 mondial, qui l'a outrageusement dominé du fond de court lors de tous ces derniers duels, l'Allemand n'a pas fini par se résigner, comme s'il acceptait une forme de domination, voire de soumission.
"Je ne sais pas si on peut parler de résignation, objecte notre consultant Nicolas Escudé, qui était aux commentaires lors de la dernière "boucherie" madrilène entre les deux hommes (6-1, 6-2, pour Sinner). Parce que Zverev, ces derniers temps, a fait beaucoup évoluer son jeu vers plus d'agressivité et lors de ces dernières confrontations, il n'était pas dans sa zone de confort. On l'a vu commettre énormément de fautes, mais en prenant beaucoup de risques. Plutôt que de résignation, j'ai plutôt le sentiment qu'il essayait de mettre des choses en place qu'il ne maîtrisait pas encore. Mais c'est cette évolution qui lui a permis de gagner son premier Grand Chelem. Et le fait d'avoir gagné ce premier Grand Chelem, on voit à quel point ça l'a libéré. Sinner part évidemment favori, mais ça change un peu la donne…"
Le gazon peut effectivement changer un peu les choses sur leur "match-up", dans le sens où il y aura moins de rallyes.
Il y a une autre donne qui change. Au total, Sinner et Zverev se sont affrontés à 14 reprises, mais encore jamais sur gazon. Ils vont d'ailleurs devenir la 50e paire de joueurs, dans l'histoire, à s'être désormais affrontés dans les quatre tournois du Grand Chelem. Et dans ces grands rendez-vous, c'est plus équilibré : deux victoires pour l'Allemand (huitièmes de finale à l'US Open en 2021 et 2023), deux victoires pour l'Italien (huitièmes de finale à Roland-Garros en 2020, finale de l'Open d'Australie 2025). La longueur du format ne semble pas être au désavantage de Zverev. Et la surface ?
"Je pense que le gazon peut effectivement changer un peu les choses sur leur 'match-up', dans le sens où il y aura moins de rallyes, poursuit Escudé. Zverev sert vraiment très, très bien et s'il sert aussi bien en finale, en face, tout Sinner qu'il soit, ça va quand même être compliqué pour lui de retourner. Et vu que Sinner sert lui aussi extrêmement bien, la finale va se jouer sur les entames de point, dans le secteur service-retour. A partir de là, on peut estimer que le match sera plus serré que les précédents. En tout cas, la surface rééquilibre un peu les choses."
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"Même sur parquet, pas sûr que Zverev gagne face à Alcaraz et Sinner"
Video credit: Eurosport
A priori, pourtant, le gazon devrait être largement à l'avantage du tenant du titre, alors que Zverev nous expliquait il y a encore quelques semaines à quel point il était allergique à la surface, au sens premier du terme. Mais ça, c'était avant. Bien avant. Depuis, on nous l'a changé, le Sascha. Le joueur "chouinard" et volontiers enclin à se trouver des excuses est devenu, à son tour, une remarquable machine à s'adapter, et à progresser jour après jour.
Le coup droit, baromètre ultime du jeu de Zverev
Et c'est ce qu'il a fait cette année sur gazon, en procédant à quelques adaptations techniques notamment au niveau de son positionnement sur le court, plus avancée. Particulièrement en retour de service, pour boucher les angles. Tout cela n'est possible qu'avec un parfait relâchement et une totale confiance en soi, qui a transpiré chez Zverev tout au long de son parcours. Certes face à des adversaires à sa main. Face à son tyran tyrolien, c'est une autre paire de manches. Le révélateur ultime pour l'Allemand, pour étalonner ses véritables progrès sur les plans tennistique et mental.
Il y a de toute façon un moyen très simple de voir si Alexander Zverev est bien. Il suffit d'observer son coup droit, baromètre ultra-fiable de son jeu. Dans ses mauvais jours, c'est une machine à faire des fautes. Dans ses bons jours, c'est une machine à faire des points. Une quasi schizophrénie dont l'intéressé est pleinement conscient "Mon coup droit est l'élément essentiel de mon jeu, confirme celui qui repassera quoi qu'il arrive numéro 2 mondial lundi. Quand il fonctionne bien, je joue un excellent tennis. Quand il est moins performant, je deviens beaucoup plus vulnérable." Et à Wimbledon, jusqu'à présent, il fonctionne mieux que jamais.
Ce qui s'est passé entre nous par le passé appartient au passé. Entre-temps, Sascha a remporté Roland-Garros...
Tout cela, Jannik Sinner l'a en tête, bien entendu. Et l'on peut lui faire confiance pour ne pas se reposer sur les lauriers de ses face-à-face, sans bien sûr en occulter le côté positif. L'Italien a bien vu, sur ce Wimbledon, ce que tout le monde a vu. Sauf nouvelle rechute, c'est un Zverev transfiguré qu'il aura de l'autre côté du filet. "Ce qui s'est passé entre nous par le passé appartient au passé, a-t-il résumé. Entre-temps, Sascha a remporté Roland-Garros, ce qui lui a apporté énormément de confiance. Il évolue ici à un très haut niveau. J'ai regardé sa demi-finale, parce qu'il jouait avant la mienne : on voit bien à quel point il est agressif, relax et en pleine confiance."
Suffisamment confiant pour faire table rase du passé et effacer complètement de son disque dur interne les gifles répétées qu'a pu lui infliger Sinner ? "C'est dur de faire complètement table rase, parce que dans un sens comme dans l'autre, on se sert toujours de ce qui a pu se passer dans les matches précédents, en positif comme en négatif, conclut Nicolas Escudé. Sinner est favori, répétons-le et si je devais me mouiller, je miserais sur lui. Mais c'est lui qui a la pression car c'est lui qui a le plus à perdre. Il est tenant du titre, il sort d'une demi-finale lors de laquelle il a marché sur Djokovic et les seules finales de Grand Chelem qu'il a perdues, c'est contre Alcaraz. Donc quelque part, entre guillemets, il n'a pas le droit de perdre celle-là."
Zverev, lui, s'est donné le droit de la perdre. Ça ne veut pas dire qu'il va la gagner. Parce qu'en face, c'est Sinner. Mais ça change quand même beaucoup de choses dans son approche du match. Oubliez le passé. Sinner est peut-être le pire adversaire possible pour Zverev mais, dans le contexte actuel, la réciproque est certainement vraie.
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