Wimbledon 2026 | Simple messieurs | Jan-Lennard Struff, la renaissance de "l'ours en peluche géant"
Par Laurent Vergne
Publié 06/07/2026 à 23:58 GMT+2
Jan-Lennard Struff est l'invité surprise des quarts de finale de Wimbledon. À 36 ans, c'est même la première fois que l'Allemand se hisse à un tel niveau en Grand Chelem, après un parcours énorme en première semaine. D'autant plus remarquable qu'il y a tout juste un an, on se demandait s'il n'était pas dans une impasse et proche de la retraite. Le voilà maintenant face à Jannik Sinner.
Jan-Lennard Struff.
Crédit: Getty Images
Avant le coup d'envoi de ce Wimbledon, nos confrères d'Eurosport Allemagne s'étaient penchés sur le cas paradoxal d'un tennis allemand au sommet avec le sacre d'Alexander Zverev à Roland-Garros, mais bien dépeuplé derrière son chef de file. "C'est toujours la même question, s'interrogeait Boris Becker. Vaut-il mieux avoir un leader et le désert derrière ou un grand nombre de bons joueurs sans grand champion ?" C'est vrai, Zverev semblait bien seul. Aucun autre joueur dans le Top 50, et seulement trois autres dans les… 200 premiers. Faible, très faible, même.
Mais dans ce trio se trouve un certain Jan-Lennard Struff. Il n'incarne certes pas l'avenir, mais encore un bout de présent. Plus que jamais, même. Le grand escogriffe rhénan est un des tubes de la quinzaine à Wimbledon, où il s'apprête à disputer le tout premier quart de finale de Grand Chelem de sa carrière. C'est donc à sa 47e tentative qu'il a accédé au grand huit final d'un Majeur. À Londres, il n'avait même encore jamais atteint les huitièmes de finale, contrairement à Roland-Garros (deux fois) et à l'US Open.
"C'est un énorme accomplissement pour moi. Mon premier quart de finale à 36 ans, c'est dingue", a-t-il savouré dimanche, presque incrédule. Sur le court, il avait contenu son émotion, par la force des choses, ayant validé sa qualification quand son adversaire, Hubert Hurkacz, a été contraint d'abandonner dans le cinquième set. "C'était compliqué d'être démonstratif sur le court parce que j'étais évidemment désolé pour lui. En plus, Hubi est un des mecs les plus sympas sur le circuit".
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Quel est le plus grand tennisman sans titre du Grand Chelem ?
Video credit: Eurosport
La résurgence de l'été 2025
Mine de rien, c'est une petite page d'histoire que vient d'écrire Jan-Lennard Struff. Il devient le plus vieux débutant en quarts de finale d'un Grand Chelem. Jamais quelqu'un n'avait découvert ce stade de la compétition à un âge aussi avancé. "C'est vrai que c'est incroyable, mais c'est la preuve qu'il ne faut jamais renoncer", a résumé l'Allemand. Il n'a en tout cas pas volé sa place. Pour arriver là, il a sorti successivement Sebastian Baez (7-5 au 5e set), puis Brandon Nakashima (7-6 au 5e…), Daniil Medvedev en trois manches après avoir été breaké dans chacune d'entre elle et enfin Hubert Hurkacz, donc, là aussi en cinq manches. Un vrai parcours du combattant.
Soudain, Sascha Zverev se sent moins seul. Il suit ses aventures de son compatriote au All England Club et il savoure. "J'adore Struffi, a-t-il confié samedi. Il est sensationnel." Il salue notamment son côté increvable. "Au moment même où l'on croit qu'il est sur le point de prendre sa retraite, il surgit dans un tournoi et parvient à se qualifier pour le top 100 pour toute l'année suivante", souligne le numéro 3 mondial. Il y a un an, à la même époque, Struff avait plongé au classement ATP après avoir perdu 15 de ses 16 derniers matches. À 35 ans, il devenait difficile de lui imaginer un avenir.
Puis il a rallié le troisième tour à Wimbledon en sortant Félix Auger-Aliassime avant de prendre un set à Carlos Alcaraz. Surtout, il avait atteint les huitièmes à l'US Open en sortant des qualifications. L'Allemand avait alors scalpé en route Holger Rune (11e mondial) et Frances Tiafoe (17e). Puis il avait bouclé sa saison sur un titre en challenger à l'automne pour retrouver sa place dans le Top 100, lui qui, au cours de l'été précédent, avait glissé jusqu'au 145e rang. La semaine prochaine, dans le pire des cas, il se calera à nouveau dans les 50 premiers.
Il peut perdre 37 fois de suite au premier tour puis, soudainement, il joue un quart de finale en Grand Chelem
On le sait intrinsèquement dangereux. Gros serveur, gros frappeur… Personne n'est ravi de tomber sur Jan-Lennard Struff, encore moins sur surface rapide. "C'est ça que j'aime chez Struffi, glisse encore Alexander Zverev. Il peut perdre 37 fois de suite au premier tour puis, soudainement, il joue un quart de finale en Grand Chelem. Je suis vraiment très, très content pour lui et très impressionné des matches qu'il a remportés. Je pense qu'il est dans une forme fantastique, c'est incroyable ce qui lui arrive. Je lui souhaite le meilleur du fond du cœur."
Ils seront donc deux Allemands en quart de finale. L'un et l'autre sont encore loin de pouvoir envisager de succéder à Michael Stich, le dernier vainqueur allemand de Wimbledon. Mais cette renaissance de Jan-Lennard Struff ravit vraiment Zverev, pour le joueur et plus encore pour l'homme. "Struffi, c'est un ours en peluche géant, dit-il. Il n'y a pas une once de méchanceté en lui. Je ne sais même pas comment c'est possible." "Il a dit ça ?, s'amuse l'intéressé en faisant mine d'être surpris. Je ne sais pas d'où il sort ça. Pour moi, Alexander est plutôt un lion. A cause de sa coupe de cheveux."
Le gros nounours est maintenant face au défi le plus excitant de sa carrière, mais pas le plus simple. Mardi, pour son premier quart de finale majuscule, il trouvera de l'autre côté du court le numéro un mondial et tenant du titre, Jannik Sinner. Personne n'a passé plus de temps que Struffi sur le court. Il a fait durer le plaisir. "On va voir dans quel état je suis au réveil, avait-il évoqué dimanche. Je vais essayer de bien récupérer et de bien en profiter."
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